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Reportages et entrevues
19 juin 2008
Dominic Tardif

Warrant
La vie après la mort

Le hair metal n’en avait plus pour bien longtemps en 1989, année de parution du premier album de Warrant, Dirty Rotten Filthy Stinking Rich. Le groupe issu de la notoire scène des clubs de Los Angeles n’aurait le temps de lancer qu’un autre album à succès, le très imagé (pour ne pas dire explicite) Cherry Pie.
Les cinq gars n’allaient pas pour autant se laisser mettre K.O. par la bande de grungeux en chemises à carreaux et jeans troués fraîchement sacrés sauveurs du rock, eux qui s’étaient fait un point d’honneur de s’exhiber, torse nu et pantalons de cuir, à la moindre occasion. Warrant a donc continué son chemin tout au long des années 90, passant du circuit des stades à celui plus modeste des salles de concert et des bars de l’Amérique profonde. Cinq autres albums suivirent et un nombre de changements de personnels digne de Spinal Tap. Le point culminant de cet étiolement : le départ du charismatique chanteur et leader Jani Lane en 2004. Il s’agissait alors de sa deuxième offense; il avait déjà momentanément claqué la porte en 1993 devant l’échec commercial de Dog Eat Dog (1992), troisième album de la formation arrivé que quelques minutes après la fin du party qu’avait été pour Def Leppard, Poison et Mötley Crue, les golden eighties.
Notoire, les tractations judiciaires entre Lane et les autres membres de Warrant, alors que le premier se voyait poursuivre par les autres pour avoir voulu utiliser le nom du groupe dans la promotion de sa tournée en solitaire, semblaient avoir réduit à néant les chances de voir la formation originale sur scène (eh oui! Certains entretenaient ce rêve). De sa maison en Californie, Lane explique comment ses vieux amis ont décidé de mettre les vieilles rancœurs de côté avec la même intensité avec que l’on raconte comment on a repris avec sa blonde après un break. « L’été dernier pendant ma tournée en solo, j’ai reçu un appel d’un des gars et j’ai failli ne pas répondre au téléphone, parce que je pensais qu’il allait vouloir me parler d’une autre poursuite, mais finalement ça a été un bon appel! » Les avocats allaient être renvoyés et les excuses rapidement formulées pour passer le plus rapidement possible à autre chose. « Au bout du compte les avocats essaient toujours d’entretenir les conflits» conclut Lane.
Bien qu’anodine et insignifiante aux yeux de plusieurs, la situation de Warrant est rarissime : peu de groupes de l’époque bénie (et pompeuse disons-le) du hair metal (années 80, début des années 90) présentent encore leur formation originale sur scène. On comprend évidemment que la présence (ou l’absence) du chanteur original joue un rôle capital dans la crédibilité d’un groupe, mais est-ce aussi crucial aux yeux des fans d’avoir devant eux le « vrai » batteur ou le « vrai » guitariste? Lane n’y va pas de main morte : « Je ne crois que les fans ne veulent pas entendre autre chose que la formation originale. Je ne crois pas que les fans veulent entendre des chansons interprétées par quelques gars qui montent sur scène comme si c’était une job. Ils veulent entendre les chansons jouées par ceux qui les ont créées et qui s’en soucient vraiment. »
Ceux qui ne seraient pas familiers avec ce qui est advenu des adonis/androgynes hair mettaleux une fois les premiers accords de Smells like teen spirit plaqués ne se doutent sans doute pas d’à quel point certains d’entre eux se sont disputés et se disputent encore pour un peu de popularité résiduelle. Pour la possibilité de continuer de gagner sa vie avec la musique aussi. Pas facile de passer du cul d’une mannequin au métro-boulot-dodo. En font foi les nombreuses disputes légales mettant aux prises différents membres d’un même groupe original. Ainsi, il est possible de voir sur diverses scènes d’établissements sans doute un peu crades, deux alignements totalement différents de Faster Pussycat et de L.A. Guns. « À la fin les fans vont toujours espérer que ces groupes-là trouvent une façon de revenir ensemble, mais parfois les querelles et les motivations derrière les séparations sont trop profondes », laisse tomber Lane, qui se soucie comme peu de rock stars déchues de l’opinion de ses fans. Pour éviter de se voir taxer d’opportunisme, le Warrant nouvellement réuni ne jouera d’ailleurs que des chansons issues de ses trois premiers albums enregistrés avec la formation d’origine. « On ne voulait pas faire de nouvel album avant la tournée, pour que les gens ne disent pas “super, ils vont jouer deux succès et dix nouvelles chansons”, parce que c’est quelque chose que je déteste. Quand je vais voir un groupe que j’aime depuis longtemps, je ne veux pas nécessairement entendre des heures de nouveau matériel, je veux entendre les chansons que j’aime. »
Signe que l’harmonie retrouvée de ce récent ralliement de troupes ne sera peut-être pas suffisante à Warrant pour regagner la scène, Cinderella (oui, oui, ils existent encore eux-aussi) annonçait qu’il devait annuler la tournée qu’ils devaient présenter conjointement cet été, compte tenu d’un problème aux cordes du chanteur permanenté Tom Keifer. Warrant sera tout de même du HEAVY MTL ce week-end. Mais sérieusement, Warrant n’est-il pas aussi heavy que Simple Plan est punk?. Réponse mitigé de Jani Lane : «J’ai grandi en écoutant Iron Maiden, en écoutant aussi [Judas] Priest et ce genre de groupes, je les adore. Je ne crois pas que Warrant ait jamais vraiment été accepté en tant que groupe heavy heavy [heavy heavy band], d’autant plus que ce sont essentiellement les chansons plus pop qui ont tourné à la radio et à MTV. Je crois que nous sommes davantage rock’n’roll que heavy metal. » Lane postule ainsi à demi-mot qu’il s’agit essentiellement d’une question de perception. « On a participé à la tournée Monsters of Rock dans les années 90 en Europe et on jouait avec des groupes très heavy comme Testament. C’était nos amis, mais les gens autour s’en étonnaient. »
Au grand dam des vrais métalleux, Cherry Pie sera donc probablement entonné ce dimanche au Parc Jean-Drapeau. Célèbre pour le truculent vidéoclip vaguement misogyne qui l’accompagnait et qui résumait en quelques trois minutes l’esprit consumériste et clinquant du hair metal, la pièce demeure le plus grand fait d’armes de la carrière de Lane. Le chanteur se fait aujourd’hui moins amer que lors d’une certaine entrevue où il avait déclaré détester la chanson. « J’ai été cité hors contexte. Ce n’est pas que je déteste la chanson Cherry Pie, c’est plutôt que je ne veux pas que ce soit la seule chanson à laquelle on m’associe ». On ne peut d’ailleurs s’empêcher de sourire quand Lane lance que la force de Warrant est la scène, et qu’il est facile de bien sonner sur disque, étant donné les rumeurs voulant que les deux guitaristes de la formation, Joey Allen et Erik Turner, n’aient pas jouer une seule note sur Cherry Pie, l’album.
Jani Lane serait-il donc de retour pour de bon avec Warrant? Le principal intéressé a au moins la candeur et l’autodérision nécessaire pour nous répondre : « Je suis de retour pour de bon jusqu’à ce que quelqu’un me fasse péter les plombs [pisses me off]. » Mais fidèle aux idéaux et aux valeurs du hair metal, Lane tranche, à la fois optimiste et pessimiste, à 44 ans : « La chose la plus importante est de laisser les petits problèmes de côté et de se concentrer à rocker sur scène pendant qu’on est encore relativement jeunes et qu’on est encore beaux. »
Le 22 juin, 15h, scène noire, au Parc Jean-Drapeau, dans le cadre du HEAVY MTL
www.myspace.com/warrantband

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