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Tacoma, dans l’État de Washington, sur la côte nord-ouest des États-Unis, 1960. Les frères Parypa, Larry (guitare) et Andy (basse), accompagnés de quelques autres cancres de leur école, fondent un groupe instrumental dont le répertoire visite les succès de l’époque. Cet orchestre se nomme The Sonics, qui deviendra éventuellement le groupe garage le plus sauvage de son coin et sûrement des USA. Les membres étaient de véritables punks des années 60 par leur énergie menaçante, leurs paroles dérangées et leur heavy r’n’b. Les 2 et 4 novembre dernier, The Sonics s’est produit en concert à New York après 35 ans d’absence. On aurait cru le revoir en 1966.

La région du nord-ouest des États-Unis a produit une quantité phénoménale de groupes garage d’une qualité exceptionnelle et d’un son rhythm and blues lourd et rapide caractéristique. C’est The Wailers (pas ceux de Bob Marley…) qui lance le bal dès la fin des années 50 notamment en fondant sa propre maison de disques, Etiquette Records. Comme partout ailleurs, ce sont les salles de danses pour adolescents qui accueillent aussi The Kingsmen, Paul Revere & The Raiders, The Frantics, The Artesians… et The Sonics.

Mais moi j’ai envie de crier…
Entre 1960 et 1963, de nombreux changements de personnel surviennent chez The Sonics jusqu’à ce que trois membres issus d’un groupe nommé The Searchers (pas ceux qui jouaient Needles & Pins…) se joignent aux frères Parypa: à la batterie Bob Bennett, au saxophone Rob Lind et, le plus important, à l’orgue Gerry Roslie. Par hasard, lors d’une pratique, Roslie s’essaie à la voix. Le résultat est phénoménal. Roslie est fortement inspiré de Little Richard, James Brown et l’ensemble du r’n’b noir américain. Il devient le premier blanc à littéralement crier dans ses chansons. Ses «wwwwwooouuuaaaawww!!!!» deviennent rapidement la marque de commerce des Sonics. De son côté, Larry Parypa, guitariste, modifie ses amplificateurs et perce ses haut-parleurs pour en retirer un son distortionné, saturé et inédit. Le batteur, Bob Bennett, frappe sur ses peaux comme un déchaîné.

Sur scène, The Sonics est littéralement sauvage. Les membres enflamment toutes les salles de danse où ils se produisent et connaissent un important succès local avec leur premier 45 tours lancé sur Etiquette Records, le simple The Witch. La chanson, qui devait à l’origine être une danse, se retrouve flanquée de paroles obscures, à la limite de la misogynie, ce qui l’empêche d’inonder les ondes radio. Par la suite, les succès déboulent: Psycho, Boss Hoss, The Hustler, Strychnine, Shot Down… Toutes plus énergiques, obscures et étranges les unes que les autres. The Sonics lance deux albums essentiels: Here Are The Sonics et Boom, toujours sur Etiquette Records, avant de diluer son travail chez Jerden Records à la fin de 1966. Aujourd’hui, tous ses albums essentiels sont disponibles en réédition chez Norton Records.

Du garage au grunge
Non seulement le bande de Gerry Roslie est-elle réputée comme «premier groupe punk», elle a aussi fortement contribué à lancer la scène rock de Seattle, qui a aussi vu naître Nirvana beaucoup plus tard, et qui vit encore depuis. On dit même que Jimi Hendrix, natif de la région de Seattle, se serait inspiré des Sonics. Les chansons des Sonics inspirent aussi des groupes tels que The Stooges et se retrouvent sur la compilation Nuggets de Lenny Kaye. Le culte des Sonics commence à ce moment et n’en finit plus depuis. Des Cramps qui reprennent Strychnine en 1978 sur leur album Songs the Lord Taught Us jusqu’à The Hives qui dérobe la musique des Sonics avec fierté, le groupe de Seattle a inspiré tout ce qui s’appelle garage rock et punk, ou presque.

The Sonics a toujours refusé de se réunir puisque Gerry Roslie craignait de ne pas être la hauteur des attentes des fans. Pourtant, à la suite de problèmes de santé qui lui ont fait frôler la mort, il décide de donner deux concerts à Brooklyn, New York, les 2 et 4 novembre 2007 dans le cadre du festival garage Cavestomp. Votre narrateur n’a pas manqué cette chance unique de voir la formation garage la plus mythique de l’histoire en concert… et laissez-moi vous dire que les craintes de Gerry Roslie n’étaient pas fondées. The Sonics a donné un concert sans faille, digne de l’ultime groupe garage culte qu’il était en 1966.

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