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PODCASTS

Reportages et entrevues
2 octobre 2007
Philippe Papineau

Ne vous inquiétez pas, Herri Kopter n’est pas mort, il n’est qu’en congé prolongé. Pendant ce temps, Jérôme Minière, sans masque et sans rôle, reprend les commandes de sa musique. Avec son septième album, intitulé Cœurs, Minière laisse donc de côté le cadre strict de son dernier concept pour plonger dans le personnel, le spontané, l’imprévu.

Avec son projet Herri Kopter, le natif d’Orléans, en France, s’était imposé toute une thématique, avec une compagnie bidon, une fausse campagne de communication et des textes qui allaient en conséquences. Le résultat, Chez Herri Kopter, abordait avec efficacité et sans leçon de morale le sujet de l’économie de marché et ce, bien avant L’échec du matériel de Daniel Bélanger. Quoique fier de l’aventure, Jérôme Minière avait envie, pour son plus récent disque, de laisser aller un peu la bride, de se laisser plus de liberté.

«J’ai pris le projet complètement à l’envers du précédent. Je suis vraiment parti de l’idée que je ne voulais pas refaire la même chose. J’ai essayé d’éviter le sujet comme la peste, explique le musicien de 35 ans. De toute façon, par respect pour le projet, c’était nécessaire de le laisser dormir un peu. Pour Cœurs, tout est arrivé par aventure, j’ai laissé les choses se passer simplement. C’était un peu moins dans la tête, un peu plus dans le cœur!»

Au moment d’écrire cet album, la tête de Minière était assez tourmentée par une série d’événements qui lui ont remis le compteur à zéro. D’un côté, son deuxième enfant naissait. De l’autre, sa grand-mère et un de ses oncles auquel il était particulièrement attaché mourraient. «Tout est arrivé en même temps, raconte le petit homme, grimaçant, balançant la tête de gauche à droite. En soi, c’est très banal, ça arrive dans toutes nos vies, des gens arrivent, d’autres s’en vont. Mais vu que ce projet était un retour sur moi-même, tout ce que j’ai vécu s’est retransmis sur le disque. C’est plus existentiel, c’est pour ça que c’est peut-être plus la suite de Petit cosmonaute.»

Cœurs est la suite de Petit cosmonaute, c’est clair comme de l’eau de roche. Minière retourne à une parole simple, sensible et surtout à une musique organique et douce, loin des sonorités bidouillées. Non, ici, on revient aux guitares, au piano, et on ajoute quelques très jolies teintes de cordes et de cuivres.

«La musique est la grosse différence avec tous les autres albums, lance Minière. Dans ce projet-là, c’est la première fois où je me sentais prêt à ouvrir mes portes aux autres. Je pense qu’avant, je n’avais pas assez confiance en moi et donc pas assez confiance dans les autres! Et donc, là, en ouvrant les portes, ç’a amené de l’air frais.» Parmi les bourrasques rafraîchissantes, notons la présence de Mélanie Auclair (Magnolia) et de Guido Del Fabbro (Pierre Lapointe) qui ont donné un coup de main avec les cordes. Son ami René Lussier, qui partage la même étiquette de disques, est aussi venu appuyer Minière à la guitare. «J’étais super intimidé, avoue Jérôme Minière, mentionnant entre autres le travail de Lussier sur Le trésor de la langue, véritable pierre angulaire de la musique expérimentale québécoise. Il est quand même très virtuose de son instrument et moi je ne suis pas virtuose de rien. Mais plus on s’est connus, plus on se trouvait de points en commun. Les deux, on est assez autodidactes, on aime déconstruire les choses, on a aussi pas mal de liberté. Et les deux, on travaille beaucoup!»

Sur la pochette de Cœurs, à travers 19 photos, on voit Jérôme Minière en train de bricoler, découpant dans du carton les lettres de son nom et du titre de son disque. L’auteur-compositeur-interprète en est bien content: cette pochette, c’est lui. «J’aime le fait que ça ne soit pas un seul cliché de moi, ça me correspond mieux. Je voulais être sur la pochette, mais je suis assez timide, fuyant, on ne me voit pas dans mes vidéos, je suis toujours un peu caché. Je trouve que ça va bien avec moi!» (Philippe Papineau)

www.jeromeminiere.ca

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