RECHERCHER :

Reportages et entrevues
2 octobre 2007
Isabelle Ouimet

On la savait enragée, sombre et rugissante, véhémente voire violente… La voilà qui ressurgit déchaînée, terrible, sauvage. Opérée par la rage, alimentée par un rock noir comme le charbon, la machine Bionic semble inébranlable.

Repousser les limites de l’endurance, exploser les têtes, défoncer les tympans… Roulant à cent milles à l’heure au volant de son bolide blindé, un Charger seventies fait d’un heavy metal composite, c’est ce que Bionic fait de mieux. Maître montréalais des assauts scéniques, des déflagrations distorsionnées et de la mélodique lourde, après dix années passées à incendier les foules, le monstre à quatre têtes prend des allures de bête sanguinaire.

«Nous avons beaucoup tourné en Europe et ici avec des groupes heavy comme Nashville Pussy et C’mon et notre set était plus agressif… On s’est rendu compte que c’est là que le groupe était à son meilleur, explique le poilu bassiste Paul Julius dans un charmant français aux accents canadian. On savait que plus les chansons seraient intenses, mieux ce serait pour le live…» Aussi, sans réellement s’y attarder lorsque est venu le temps de mettre à jour son troisième effort, Bionic allait poursuivre plus loin encore sur la voie empruntée par son précédent Delivrance. Il allait lever les Marshal, Fender et Ampeg d’un cran, appuyer sur la Big Muff vintage et se donner jusqu’à la dernière goutte de sueur. «J’ai 38 ans et je joue plus fort que lorsque j’avais 15 ans, concède Julius avec un malin sourire dans la voix. Avec Bionic, il n’y a aucune limite.»

Témoignant de cet ardent désir de mettre le feu aux poudres, le nouvel album du mastodonte, Black Blood – paru le 25 septembre dernier sur l’étiquette Signed By Force, plus récent projet du tentaculaire Ramachandra Borcar (alias DJ Ram) – met de l’avant un alliage solide de six cordes, punk et rock 70s au son sale et à l’énergie brute… Un composé explosif qui, à mi-chemin entre la débilitante mixture des Norvégiens de Turbonegro, la lourdeur stoner psychédélique des Américains de Kyuss et la force mélodique du légendaire ZZ Top, n’en retient néanmoins que des éléments, traçant sa propre voie, en dehors des sentiers mille fois empruntés. «En studio, nous avons voulu intégrer de nouveaux éléments, travailler les orchestrations… donner plus que ce que l’on peut donner en live. Chacun des musiciens venus a apporté quelque chose», apprend Julius, citant des noms issus des Tricky Woo, The Besnard Lakes et Xavier Caféïne, soulignant la présence d’une fanfare et de meneuses de claques sur la vindicative Freedom Now Baby!, d’ailleurs amorcée par un brouhaha collégien nommé F-r-e-e-d-o-m.

«Jonathan [Cummings, ancien Doughboys et chroniqueur à l’hebdo culturel anglophone Mirror] a aussi beaucoup travaillé les textes… Et c’est la première fois qu’un livret de paroles est inséré dans un album de Bionic», précise le bassiste avec un enthousiasme non dissimulé. Un ajout aussi utile qu’agréable qui, en plus de donner profondeur à l’ensemble, souvent réduit sur les planches à une tonne cube de décibels, permettra enfin aux oreilles meurtries de discerner le discours de l’inimitable barbu chauve à lunettes… À moins que le sang qui s’en écoule ne coagule avant que ne prenne fin l’assaut des Fender Jazz et Gibson Les Paul.

www.bionicland.com

Pas encore de commentaire. Laisser un commentaire