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Reportages et entrevues
11 avril 2007
Jean-Nicolas Labrie

Violoneux, accordéons, musique à bouche, tapage de cuillères? Passez go. Au sein des Charbonniers de l’enfer, on valorise le plus beau des instruments: la voix. Rencontre avec l’une des cinq belles voix du groupe, le vétéran Michel Bordeleau.

Quelle est la situation actuelle de la musique traditionnelle québécoise?
La musique traditionnelle est dans une très belle situation, belle comme elle l’a jamais été. Depuis 1976, avec l’arrivée du Parti québécois et la forte montée du nationalisme, il y a eu une recrudescence de la musique traditionnelle, tout le monde voulait se sentir Québécois jusqu’à la pointe des pieds. Après le référendum de 1980, toute la culture québécoise a pris le bord, pas juste en matière de musique traditionnelle, mais dans tout ce qui se faisait de culturel au Québec. L’une des conséquences, c’est que la musique traditionnelle a pu s’expatrier outre-mer, j’ai même joué aux États-Unis avec La Bottine. C’était rendu très difficile de travailler ici au Québec. C’était une grosse porte qui s’ouvrait presque par nécessité, ç’a bien servi la cause de la musique traditionnelle et la culture québécoise de se faire connaître à l’extérieur. Après une bonne décennie d’errance au début des années 90, il y a eu une nouvelle génération qui s’est mis à s’y intéresser.

Le trad n’est cependant pas aussi branché que le rock de Malajube ou l’univers de Pierre Lapointe…
Peut-être, mais il y a eu toute une évolution. Si on regarde par exemple un groupe comme La Bottine Souriante, elle a réussi à amener le style plus loin. Oui, la musique aurait pu rester dans un créneau passéiste pur et dur, mais il y a aussi toute une jeune génération qui a suivi le sillon laissé par la Bottine, comme d’incorporer différents éléments plus «modernes», de la guitare électrique… La nouvelle génération a réussi à métisser cette musique-là. Quand tu regardes l’émission Soirée Canadienne, ces gens-là aimaient la musique trad, ils l’ont rendu plus «populaire», mais malheureusement, on se rappelle seulement du côté quétaine de la chose. Ç’a laissé un mauvais goût, et heureusement, cette nouvelle génération-là, qui n’a pas connu cette époque moins intéressante, découvre cette musique-là, redécouvre l’évolution de cette musique avec la Bottine comme modèle et comprend maintenant la richesse de cette musique.

Aux dernières élections provinciales, les régions ont clairement exprimé un désir de retourner à des valeurs plus conservatrices. De plus, des artistes plus traditionnels comme Fred Pellerin, Mes Aïeux, Les Cowboys Fringants cartonnent. Va-t-on revivre un autre retour à la terre?
Je ne peux pas te dire, mais je ne voudrais pas revoir la politique venir se recoller à ce phénomène-là. La musique traditionnelle a déjà connu cette période-là dans les années 70 et elle a eu de la misère à se détacher de tout ça par elle-même. Elle avait tout ce qu’il fallait pour être capable de s’en sortir, c’est d’ailleurs ce qui explique son retour en force. Je n’ai rien contre le retour de certaines valeurs plus traditionnelles, mais j’ose espérer que les gens vont aller rechercher les valeurs qui sont enrichissantes, comme la famille par exemple. De là à replonger dans un mode de vie qui se passait dans les années 50 à l’époque de Duplessis, ça m’excite beaucoup moins…

Le nouvel album sort le 10 avril prochain…
Avec ce dernier disque, on est allés encore plus loin dans notre recherche de ce grand répertoire francophone. On a des complaintes, des sagas, des ballades, des trucs historiques à tomber sur le dos. On veut se distancer le plus possible de la chanson à répondre comme on est habitués d’entendre. Le groupe est soudé depuis 1992, on travaille mieux à cinq qu’avant. Cet été, on a des spectacles prévus au Pays de Galles et c’est assez particulier de faire des spectacles a capella francophones là-bas!

www.lescharbonniersdelenfer.com

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