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Le petit tavernier
Une fois passée la frontière, mon premier contact Espagnol est le suivant: une station-service où j’achète, pour 6,50 Euros, une bière en canette, un jus d’ananas en canette, un petit sac de grains de maïs grillés, et de la bouffe de camionneur en conserve. La boîte, de marque Litoral, contient des ingrédients dont nous découvrons la nature une fois le dictionnaire Français/Espagnol consulté (et une fois lesdits ingrédients froids assis au fond de mon estomac): tripes de vache, eau de porc (?), et sang de porc (boudin). «Litoral: Litoralement dégueulasse». Notre tournée nous mène donc à Gijon (prononcer «Herronn»), ville Atlantique. Notre spectacle est au Savoy Club, un superbe bar de sous-sol décoré un peu fifties. L’organisateur de la soirée, Silverio, nous offre un (vrai) repas au resto en face. Dans la même assiette: poitrine de poulet, 2 œufs miroir, frites huileuses, salade moche. Une junkie sort de la toilette, le nez coulant. Je replonge dans mon assiette. On joue dans 30 minutes, après le groupe endiablé d’Enrique Gouletto. Je vais vite commander un rhum Negrito sur glaçons (gratuit, un des avantages de jouer dans un groupe de rock’n’roll). Le bambarman Steve verse et verse à l’œil, sans trop regarder. C’est comme ça ici, pas de demi-mesure Nord-Américaine. Y’a à peine 40 personnes devant nous, mais l’ambiance est chaude. Le feu est là, pas de doute. Danse, claquements de mains, verres qui se renversent, tabac, joints, tolérés dans cette société qui aime la fête. Le bar se vide et ferme après notre prestation. On trouve notre hôtel après quelques tours de camion dans le quartier. Suzilito, Pico Pico et Luc Brigand choisissent de rester tranquilles, contrairement à Joe Pronto, Senor No, Ouggy, et moi, Paquito, perpétuellement hantés par des démons liquides et volatiles. On donne au chauffeur de taxi une adresse récoltée par Senor No pour poursuivre notre soirée, mais nos limites linguistiques nous déposent aussi peu loin qu’à un bar à putes, pis payer pour de la chair c’est pas dans nos habitudes. Une brigadière nocturne (qué?) nous indique un autre club, qui malheureusement ferme à notre arrivée (2am je pense). Des clients sympas qui étaient à notre spectacle tout-à-l’heure proposent de nous escorter ailleurs où ça ferme pas. On marche un bout de temps ensemble, avec Susanna, traductrice Espagnole qui habite au Yapon, accompagnée d’une amie au sourire chevalin. Notre destination: 2 grandes grilles à peine entrouvertes qui nous laissent pénétrer un bar à haut plafond, avec large balcon au 2ème étage. Joe Pronto jase avec nos amis spectateurs. Moi je trouve une table et vais commander une Mahou, bière populaire en bouteille (2 Euros!). Chevaline s’en prend une aussi, Susanna boit une vodka-limon dans un long verre où la barmaid a bien laissé couler l’alcool blanc (2,50 Euros! Vraiment pas cher). Une belle fille assise sur un tabouret me sourit avec ses dents gâtées, bientôt rejointe par une copine cokée affreuse qui parle et gesticule comme un gros nerf sautillant. Ark. Je prends une autre Mahou avant d’aller investir dans le pinball tout croche. Ouggy pendant ce temps s’endort presque sur sa chaise, après cette journée passée à nous conduire pendant un bon 8 heures, au total. Je fais vraiment pitié quand la belle rondelette tatouée et ses amis s’adressent à moi. J’aligne à peine quelques mini-phrases en Espagnol. Au moins mon accent est splendide. La prochaine fois j’apprendrai aussi à parler. Ici Paquito Duval qui vous recommande fortement de goûter la vache Espagnole en boîte.
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