C’était trop facile. Chocolat s’apprête à lancer son premier album complet Piano élégant sur l’étiquette Grosse Boîte. Grosse Boîte… Chocolat. Vous me voyez venir. Dans les boîtes de chocolat de grandes marques, on trouve toujours un petit guide décrivant les saveurs de chaque morceau. Jimmy Hunt (chanteur, guitariste) et Ysael Pépin (basse) décrivent leur album, morceau par morceau.
Piano élégant
À l’ouverture de la boîte, on sent que Chocolat veut nous emmener vers d’autres goûts que sur son premier EP. Vos papilles sont maintenant gâtées de rock élégant. Mais pourquoi élégant?
Jimmy Hunt: À cause de Dale (guitariste de Chocolat), y porte toujours des vestons, col boutonné, des chemises, y’é toujours impeccable. Y’é tout le temps élégant. Il impose l’élégance. Mais ça faisait aussi un beau contraste avec la construction de l’album… Y’a des trucs un peu pompeux [sur l’album], mais ça reste aussi un band rock avec toutes ses imperfections. C’est comme une élégance trafiquée. Imposteur. Vive Dale!
Petite Fille
Votre morceau préféré, celui qui a tout pour vous plaire. Juste assez sucré, juste assez trash. Sera-ce un hit?
JH: On le sait pas, y’a des tounes que nous on aime mais qui vont peut-être moins passer. C’est dur à dire les hits. On prédit rien. Y’en aura peut-être pas. Peut-être qu’on va vendre quatre albums, faire faillite, se taper une déprime pis… prendre d’la drogue!
Albertine
Légère et mystérieuse, Albertine flotte en bouche.
Quand j’ai écrit ça, j’avais envie de faire du bateau. Mon grand-père faisait des bateaux. Quand j’étais petit, ma famille pis moi, on faisait du bateau souvent, sur le fleuve. Ça me tentait ben gros d’avoir un bateau. Faque j’me suis imaginé un personnage des années 30 avec ben de l’argent qui se promène dans le monde avec son yacht. Tsé, dans les années 20-30, les riches, y’avaient tous un bateau. Y s’improvisaient capitaines, y se prenaient pour les grands explorateurs. Y rêvaient de trouver une île que personne avait trouvée encore, avec des belles femmes dessus. Dans la toune, le gars, y’é mort avant de trouver Albertine… C’est comme une quête éternelle. C’est du grand romantisme!
Comme un chien
Sur des accords de guitare beatlesques, Jimi ouvre la chanson ainsi: «C’est une bonne fille qui a une jolie peau / Du punch au fruit dans ses pupilles, les mains de Juliette Gréco»
Ysael Pépin: Ouin, j’te l’ai jamais demandé, mais les mains de Juliette Gréco, sont-tu vraiment hot ou ben…?
JH: J’en ai aucune idée! C’est ça qui est le fun! Ç’a créé des images les mots ensemble. Le parfait sens ou l’origine, j’pense que c’est plus ou moins important. Tsé, je voyais un scénario là-dedans. J’vois ça comme ça des textes de chansons… Tsé, les mains de Juliette Gréco, c’est intrigant! J’ai l’impression qu’elles doivent être longues et osseuses…
T’aurais voulu
À quelque part entre le country de Loretta Lynn et le soul de Sam Cooke, il y a T’aurais voulu que Jimmy avoue avoir composé dans le but de chanter en duo avec Jenna, l’excellente chanteuse à la voix mielleuse des Sunday Sinners.
YP: Y’a une bonne histoire sur [l’enregistrement de] sa track de vocal… Elle est arrivée avec une bouteille de vodka. On était pas mal soûls quand on a tapé ça… On a bu la bouteille de vodka, mais vraiment au complet pis, d’ailleurs, Jenna, on lui a callé un taxi parce qu’elle était dans les toilettes pis…
JH: On l’a mise dans le taxi comme dans un corbillard… Elle était à demi consciente.
YP: Le lendemain, elle se souvenait quasiment même pu d’avoir enregistré ça. Elle se souvient qu’elle est venue, mais elle ne se souvient pas de comment elle a fini de l’enregistrer.
Jean Ferrat
Une chanson d’amour douce et sucrée accompagnée d’une section de cordes.
JH: Quand je suis tombé en amour, je suis retourné dans toutes mes petites tounes romantiques. C’est issu de toute une vague de textes très romantiques que j’avais faits pour ma blonde. J’étais tombé quelques jours avant sur de quoi de Jean Ferrat. Mais j’aime pas ça particulièrement, c’est pas nécessairement bon Jean Ferrat. En fait c’est pas très bon. J’ai mis ça juste parce que c’t’un rappel de la culture française de cette époque-là. C’est associé au romantisme Jean Ferrat. C’est ben fleur bleue.
Sois belle
Sois belle est à Chocolat ce que Métamorphoses exceptionnelles est à Antoine.
JH: Avant, le refrain au complet c’était «Sois belle, mais ne chante pas». J’ai enlevé ça, j’ai juste gardé «Sois belle». C’est comme un peu si quelqu’un exigeait d’une fille d’être ci et ça… C’est une énumération un peu too much. C’est un peu n’importe quoi tsé, sois belle, mais sans considération pour la personne. Plastique… une froideur plastique!
Moitié homme, moitié loup
C’est le morceau qui se rapproche le plus du premier EP de Chocolat. Enregistré complètement live et à l’improviste, Moitié homme, moitié loup, c’est du Chocolat 100% pur.
JH: Au moins le texte fitte avec la musique. Tu sens vraiment quelqu’un qui tombe amoureux avec une fille, mais qui tombe dans le pas gentil… méchamment jaloux. Le gars essaye d’expliquer: «J’aimerais ça être un bon gars, être super fin pis toute, mais… J’t’aime trop estie!»
Petits seins
Une ballade dramatique qui commence avec «Tes petits seins sous la pluie / C’était comme des petits fruits».
JH: J’adore les petits seins fermes. Y peuvent être ben p’tits… ça me dérange pas. Moi, la maladie occidentale des seins en silicone, des femmes avec des gros seins, ça me fait rusher. J’trouve ça complètement absurde. Y’a des gars qui aiment mieux les gros seins réconfortants, maternels. Pour moi, c’est trop maternel. Pour moi, des gros seins, c’est comme des tanks à lait.
Ton appartement
Un banjo honky tonk ponctue l’histoire d’un gars qui rentre dans l’appartement de son ex pour entre autres coucher avec le nouvel amant de la dame. Vicieux, cochon.
JH: J’ai déjà fait ça, rentrer dans l’appartement de mon ex. J’tais soûl un soir… J’avais un chien… J’ai décidé que j’allais aller promener l’chien à 4 heures du matin. Mais elle était là par exemple. Ça s’est pas passé comme dans la toune, mais elle a juste jumpé dans son lit! Elle a dit: «Calice, qu’est-cé que tu fais là?!». «J’m’en viens promener l’chien!» J’ai fumé une cigarette avec elle pis je suis rentré chez nous.
Chanson pour un malheureux
Sur un rythme militaire, Jimmy Hunt crache sur un gars trop parfait. Amer.
JH: C’est très cynique en fait. C’t’un gars un peu parfait qui joue du Philip Glass (pianiste extravagant)… C’est comme un summum de perfection d’un certain point de vue, mais pas pour moi. L’affaire, c’est qu’y’a pas le droit d’être malheureux. C’est pas une raison pour être malheureux… mais ça rend pas plus heureux.
Salive
Le morceau le plus doux, parfait pour finir l’album.
JH: «T’étrangler avec des gants blancs», ça fait une belle fermeture à Piano élégant. Ça fait une boucle… de façon élégante.
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