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Reportages et entrevues
Il y à 12 ans, je reçois un téléphone d’un certain Alex Bastide qui me demande quelques contacts pour avoir des disques de bands locaux pour son magasin. « Quel magasin? » Je lui demande « Underworld » « C’est où? » « Sur Millen à côté du métro Henri-Bourassa. » « Ok… » Dans ma tête je me disais que c’était loin de l’action et qu’il allait se pété la face dans pas long mais je lui donnais quand même ce que je pouvais et l’histoire a ensuite prouvé que je m’étais royalement trompé et pas lui. Aujourd’hui l’Underworld c’est 3 boutiques, 1 à Vancouver, 2 à Montréal, dont le fameux magasin sur Millen, la compétition de skate amateur AM Getting Paid et, le prétexte à cet article, la salle de show all-ages. Qui reviendra en fonction, dans le nouveau quartier général de la famille Underworld sur le point d’ouvrir au moment où vous lisez ces lignes, encore dans le même bloc que le magasin occupe sur Ste-Catherine depuis presque 10ans, mais cette fois dans un local immense, l’ex-Quincaillerie Caron. Et c’est pour longtemps, car l’Underworld s’est engagé dans un bail de 20 ans. Entrevue avec Alex Bastide, fondateur, propriétaire et âme de l’Underworld. « Je voulais me partir un magasin depuis que j’ai 13-14 ans. À l’époque, j’avais une amie dont son père avait pas mal d’argent et j’essayais de la convaincre qu’on ouvre une concession de Session. Mais ça n’a pas marché et de toute façon j’ai fini par changer d’idée, je trouvais que j’étais mieux de faire ma propre affaire. Je voulais une boutique qui mélange la musique et le skate. Et je ne voulais pas être redevable à quelqu’un d’autre. Fait que j’ai commencé à accumuler du stock dans mon sous-sol, en attendant d’ouvrir mon magasin, j’ai suivi un cours de marketing, j’allais dans les shows acheter du stock aux bands, je me montais un inventaire. À 17 ans j’étais prêt et j’ouvrais le magasin sur Millen. Venant de Laval et connaissant l’importance du terminus Laval dans le temps, c’était un bon spot et c’était accessible. C’est devenu assez vite un incontournable. Et la salle de show a fait le reste.» Espace inutilisé du local sur Millen, la salle était un cauchemar pour les pompiers de la ville de Montréal mais un rêve pour tout une génération de skaters et de punkers qui y a vécu des moments privilégiés. Contrairement aux salles de l’époque, celle de l’Underworld était petite, pas de toilettes, pas de kit d’éclairage, pas de kit de son en tant que tel mais aussi aucune règle et une liberté qui justifiait tout le reste. De Blink 182 à Cursed en passant par Naked’N’Happy, l’Underworld devient l’épicentre de la scène punk/ska/hardcore et voit passer entre ses murs des milliers de jeunes et moins jeunes, marquant les mémoires et façonnera la scène qui suivra. Mais être constamment dans le collimateur du service des incendies, même si on dispose de documents qui procurent un certain sursis, fini par tôt ou tard avoir des conséquences sur les activités. Au bout de multiples délais accordés, l’Underworld se voit obligé de cesser d’utiliser son local pour des spectacles. Coïncidant avec l’ouverture de la boutique du centre-ville et les débuts de L’X juste à côté, Alex y voit un bon timing pour délaisser la production de shows et donne tous ses contacts à certains promoteurs, à condition que l’Underworld demeure partenaire de ces shows. L’avènement des CD-R (et les faux-punks qui achètent une copie et en font 10 à leurs amis) viendra plomber le rendement de la section disques et l’ouverture du Soundcentral en haut de L’X donnera une bonne occasion de passer le flambeau du disquaire à d’autres et de se consacrer totalement au skate. Appliquant la formule de la tournée rock, Alex amènera les skaters sur la route et les présentera d’un océan à l’autre, tout comme un promoteur de concerts le ferait. « C’était un peu fou. On faisait un démo à tous les 2 jours, avec ben de la route entre et c’est quelque chose que les skaters n’étaient pas habitués à vivre. Ça m’a coûté super cher, je payais la bouffe, le logement, tout le kit mais ça a valu la peine. On a eu ben du fun et ça m’a fait découvrir d’autres horizons. » Et ça fonctionne. Tout comme la salle qui a fait sa renommée dans le milieu punk-rock, ses tournées de skate confirmeront sa place dans ce milieu assez fermé et la boutique de Vancouver, et le succès qu’elle connait, en sera la preuve. Mais loin de contenter son propriétaire, ces succès ne font que le motiver à faire plus. Et la nouvelle boutique, ainsi que la renaissance de la salle de spectacle s’inscrivent dans cette volonté. Il rêve tout haut d’ouvrir des boutiques à travers le monde et de redonner un peu aux jeunes de ce que la vie lui a donné. Et si on se fie à sa feuille de route, ça a de très bonnes chances d’arriver. Éduqué par le punk-rock, Alex Bastide en a appliqué les principes d’ouverture et d’entraide à sa façon de faire des affaires, le succès obtenu l’a conforté dans sa philosophie et a fait de l’univers Underworld un endroit authentique, franc et original, devenant une école pour plusieurs et un exemple pour les autres. Désireux de laisser une marque tangible dans son milieu, Alex a fait des choix que des hommes d’affaires dits raisonnables n’auraient jamais faits. Mais à long-terme, c’est encore lui qui a raison, ses détracteurs n’ont plus rien à dire et prennent plutôt des notes. On a pas fini d’entendre parler d’Alex du Underworld, de profiter de son énergie et de sa passion. Pour au moins 20 ans en tout cas.Et c’est tant mieux. (Patrice Caron) Ouverture du nouveau Underworld prévu début septembre et de la salle de spectacle fin septembre/début octobre.
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