CHRONIQUES
L'abominable homme des cons
Simon Jodoin
Miss scène locale
Le petit tavernier
Sunny Duval
Cabaret Fun Spot / Cheval Blanc
Semi-automatique
André Péloquin
Haute fidélité?
Un pied dans bouche
Ed Hardcore
Satan en taxi
Foulosophie 101
Francois Gourd
Castor et Pollux
Télémathysme
Catherine Mathys
Belle bête
Du haut de la King
Dominic Tardif
Sherbrookoise chronique
Base art visuel
Julie Ledoux
«I have a dream that one day…»
Je zappe et je matte
Jean-Nicolas Labrie
Pour passer mon clip à MusiquePlus…
Ondes souterraines
Stéphane Martel
Le syndrome Club Price
L'abominable homme des cons
8 août 2007
Simon Jodoin

Comme vous le savez déjà, les nominations pour le GAMIQ sont désormais connues. Au terme d’un sondage qui a permis aux mélomanes, et à un jury de «l’industrie» (wouuuu), de choisir leurs préférés, on a obtenu une liste d’artistes en nomination dans une quinzaine de catégories. Ne reste plus qu’à choisir les «gagnants». Or, puisque cet événement compte le journal que vous lisez présentement comme partenaire, comme dans toute bonne convergence, vous devriez vous attendre à ce que je vous dise que c’est génial, un peu comme Jean-Luc Mongrain parle du Loft ou que Bande à Part parle du Fric Show…

Mais l’abominable monstre que je suis, guidé par ses couilles, ne réfléchit pas à la morale de son maître lorsqu’il donne des coups de gueule dans les vidanges qui jalonnent son chemin, quitte à recevoir un coup de laisse… Mais c’est peu cher payé pour quelques instants de liberté! Sachez que moi, en bon électron libre, j’entends vos pleurnicheries et vos jérémiades, à l’instar d’un Dieu au silence implacable devant la condition humaine. Alors tenez-vous bien… Cette semaine, comme il l’a fait pour Job, Dieu va vous répondre! Je vais faire écho à vos courriels et aux conversations que nous avons eu au cœur même de cet alternatif journal! Et vlan pour la convergence… Vive la divergence!

D’abord, pourquoi organiser un gala? Pourquoi créer un événement qui instaure inévitablement deux vitesses, une discrimination entre les gagnants et les perdants? Pourquoi célébrer le succès de quelques artistes au détriment d’une vaste majorité qui n’aura pas l’honneur de toucher le saint panache? Je n’ai pas de réponses. Traditionnellement, la scène alternative québécoise a ressenti le besoin de récompenser des créateurs laissés pour compte lors du gala de l’ADISQ. C’est un réflexe répandu. On a organisé des Off-Francofolies, un Off-Festival de Jazz et tant d’autres choses encore. Pour la communauté alternative, si tant est qu’une telle chose existe, singer les événements industriels, tout en prétendant faire les choses autrement, demeure un comportement qui semble irréversible. Les gros bonnets se donnent des trophées entre eux? Faisons donc la même chose puisque nous sommes différents! Je vous donne le point, c’est un curieux raisonnement, mais comme on y revient toujours, j’ai le sentiment que c’est quelque chose de naturel, que c’est inscrit au plus profond de la génétique alternative.

Ce que je sais cependant, c’est qu’organiser un tel gala attire inévitablement l’attention du grand public, ça crée un buzz et l’attention se tourne alors, pour un bref instant, vers les créateurs en marge. Mais le problème demeure entier: pourquoi singer cette industrie culturelle à deux vitesses? On pourrait aussi bien organiser un carnaval, un gros spectacle, un festival ou je ne sais quoi du genre qui ne mise pas essentiellement sur le principe de «mérite». Malheureusement, même lors de telles manifestations, il y a une sélection qui se fait. On se plaindrait alors de ne pas avoir été choisi et, pire encore, les noms de ceux qui ne seraient pas tombés dans les bonnes grâces des organisateurs resteraient sous silence. Un gala possède donc cet avantage: même les noms de ceux qui seront exclus sont publiés et on sait au moins ainsi qu’ils existent.

Autre point de litige qui se manifeste au hasard des conversations concerne ce fameux «jury de l’industrie», qui demeure inconnu du public et des artistes qui voient pourtant leurs créations évaluées par ce dernier. On se croirait presque au sein d’une organisation secrète tel le Prieuré de Sion. Ces mystérieux individus, forts de leurs éventuelles compétences en matière d’émergence, seraient aptes à donner leur bénédiction à telle ou telle création, mais de là à se montrer au grand jour, ouh là là, il y a une marge. Drôle de distorsion, donc, entre l’artiste qui accepte de mettre ses tripes sur la table en exposant sa création au grand public et ces «professionnels» de «l’industrie» dont l’avis vaudrait plus que le commun des mélomanes mais qui préfèrent garder l’anonymat … Encore ici, je n’ai pas d’explication. J’ignore les raisons qui poussent cette «académie de l’émergence» à demeurer cachée dans l’ombre. Nous ne pouvons que spéculer. Mais pour le plaisir on peut risquer quelques hypothèses. Peut-être que ces prophètes du dimanche craignent que, leurs noms dévoilés, on pourrait à notre tour les passer au crible du jugement et les classer selon leurs compétences, du meilleur au moins bon. Peut-être même que, sachant qui ils sont, nous pourrions aller jusqu’à remettre en question leur titre bien pompeux de «professionnels» de «l’industrie»… Comme je vous disais, on nage en pleine spéculation. À notre défense, on pourra dire que face au mystère, toute explication est valable.

Voilà donc chers lecteurs! J’espère que vous êtes satisfaits et que, en constatant que cette chronique accepte de remettre en question un événement organisé en partie par le journal où elle prend place, votre estime de Bang Bang et du GAMIQ ne pourra qu’augmenter! Ce qu’il y a de détestable dans la convergence, c’est justement la complaisance et l’absence d’autocritique. Heureusement pour vous, et pour mes patrons, ici, au moins, il y a un abominable homme des cons qui accepte de manger de la connerie à toutes les tables, même la sienne…

4 commentaires
  1. JF FORTIER dit :

    GAMIQ = Gala de l’Alternative “Indépendante” du Québec. Je veux bien. Mais qu’est-ce qu’ “Indépendant(e”) désigne ici? Qu’on habite plus chez ses parents? Que notre label n’habite pas chez nos parents? Que nous avons reçu le privilège d’utiliser des fonds publics pour extérioriser nos sentiments avec de la musique? Un état d’esprit? Ou bedon une concrète réalité?
    Qu’un jury (occulte ou pas) ait à débattre du pour et du contre de telle ou telle candidature, rien à redire, it’s the name of the game. Mais en ce qui concerne le “I” du GAM”I”Q, soyons francs, il ne veut pas dire grand chose… À moins que ce soit une astuce pour disqualifier Sony et Céline Dion… La torrieuse, elle aurait tout raflé!!! En passant, il n’y a ici aucune amertume d’exprimée. La confusion qui règne quant à la définition du mot Indépendant est un symptôme que la musique se porte plutôt bien et qu’elle n’a plus à passer par les canaux traditionnels pour se faire entendre. Et on s’en réjouit. Mais ça ne veut pas dire que ces autres canaux rendent les artistes nécessairement “Indépendants”… Mais honorons-les, car peu importe leur “Indépendance”, des refrains mémorables ont vu le jour cette année. Tellement que leurs artisans se verront récompensés 2 fois plutôt qu’une… Et ce sera tant mieux pour eux. L’Indie est mort, vive l’Indie!

  2. Simon Jodoin dit :

    Salut Jean-François.

    Je partage tout à fait ton opinion à propos du mot “indépendant”… Difficile à saisir, en tout cas dans le sens économique que revêt cette expression chez nos voisins du sud (indépendant des majors).

    Au Québec cette expression ne revêt selon moi, peut-être, qu’un sens esthétique de manière à qualifier un “son” influencé par les groupes “indie”. Et encore… Quand c’est rendu qu’on classe Dumas dans la pop indie… wouuuh… À vouloir tout distinguer, on ne distingue plus rien finalement. (j’ai d’ailleurs beaucoup de difficulté à saisir ce qui fait que Dumas peut être nominé chex les “indépendants”, mais pas Daniel Bélanger, qui fait pourtant, selon mon humble opinion, dans la même veine.)

    Selon moi, il n’existe qu’une seule distinction qui tient la route sur le plan économique et juridique : celle entre les artistes engagés, au sens de la loi sur le statut de l’artiste, par des producteurs et les autoproducteurs (qui ne sont pas engagés par des producteurs)… C’est la seule distinction qui ne souffre pas des curieurses interprétations esthétiques toujours un peu floues. Mais s’il fallait faire un gala pour les autoproducteurs, on ne serait peut-être même pas une vingtaine à se partager les médailles… :-)

    Bien humblement, je te réfère à moi même (ouuuh) dans une chronique précédente où je traitais justement du sens du mot “indépendant”.

    http://www.bangbangtemort.com/?p=802

    @+

    S.

  3. Eve-Marie Roy dit :

    Cher abominable,

    J’ai toujours beaucoup de plaisir à te lire, mais cette fois-ci, j’ai été heurtée par tes propos. Il s’agit du jury des “membres de l’industrie” versus le vote du “peuple”.

    Je fais personnellement partie de cette “organisation secrète” (cette secte tant qu’à y être) du jury de l’industrie. Tout d’abord, je ne tiens pas à garder mon anonymat et on ne m’a jamais rien demandé à ce sujet. Si quelqu’un tient à cacher cette liste, c’est peut-être l’organisation du GAMIQ tout simplement.

    Si une seule raison peut me convaincre que les membres du jury de l’industrie doivent rester anonymes, c’est dans le but de favoriser une meilleure impartialité de leur part. Pour le reste, tes extrapolations me font bien rire.

    Tu étais supposé abattre ton glaive sur ton employeur et finalement, tu te défoules de façon plutôt gratuite sur des gens que tu ne connais pas et dont tu ne connais rien. Un peu facile.

    Eh bien! Je m’appelle Eve-Marie et je n’ai rien à cacher. Je suis Responsable de la programmation et des communications du bar/spectacles Le Téléphone Rouge à Sherbrooke.
    Il y a deux ans, j’ai créé “actualisez-vous” une série de spectacles pour faire découvrir la scène émergente aux gens de ma belle cité.
    Dans le cadre de mes activitées, j’ai rencontré un paquet de musiciens, écouté une tonne de tounes et visité un tas de myspace. Quand on m’a demandé pour être juge pour le GAMIQ, j’ai pris ça très au sérieux et j’ai écouté le plus de band possible avant d’y aller de décisions mûrement réfléchies. On ne peut pas en dire autant de la plupart des gens qui ont exprimé leur vote parce qu’il étaient invités à cliquer sur un lien qui leur disait d’aller voter pour leur artiste préféré ou le band d’un ami.

    Sur ce, si tu passes dans l’coin, viens faire un tour au Tel et on jasera musique. Tu évalueras mes connaissances et tu me donneras ton assentiment pour faire partie d’un jury idéal qui porterait un nom idéal. Rien de pompeux.

    Au plaisir

    Eve-Marie Roy

  4. JF FORTIER dit :

    Effectivement Simon, comme tu le dis dans un de tes papiers précédent:
    “en somme, l’expression «indépendant», dans la mesure où elle est calquée sur les courants indie, n’a aucun sens dans notre coin de l’Amérique. Cela fait certainement joli, mais ça ne dit rien qui vaille.”
    Il faudrait alors, du moins pour l’année prochaine, trouver une autre signification au “I” du GAMIQ. Ce pourrait être Gala pour l’Alternative Musicale “Idoine” du Québec, ou bedon “Intéressante”. Y’aurait aussi “Infinie”, “Ingénue”… C’est pas les mots commençant par I qui manquent…
    Par contre, si pour cette année il y aurait eu seulement une vingtaine de candidats réellement indépendants, je suis certain que dans un avenir (très) proche, ce nombra prendra beaucoup d’importance. On s’en reparlera.
    À bon entendeur,
    salut!

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