24 juillet 2008
André Péloquin
En mars l’an dernier, Tricot Machine lançait son premier album. Œuvre folk-pop sans prétention (la main sur le visage de l’un et le soupir de l’autre sur la pochette en témoigne), le compact du duo coiffé de boutons allait rapidement se distinguer! Alors que Matthieu Beaumont chantonne qu’il ne remportera pas le prix de la Révélation de l’année sur Super Ordinaire, son projet se méritera plusieurs autres distinctions au cours des prochains mois. Une année et des poussières plus tard, la chanteuse Catherine Leduc a bien voulu réexaminer les différents rouages de son engin avec nous.
Vous revenez tout juste d’une tournée en Suisse. Comment s’est passée cette première percée en Europe?
C’était assez excitant! C’était dans le cadre d’un festival de musique québécoise. C’est donc sûr que y’avait du monde de not’ bord dès le départ, tsé (rires). On a aussi joué à l’Octogone à Lausanne, c’est la grosse salle de l’endroit où tout le monde passe, Thomas Fersen, etc. On était bien contents du spectacle qu’on a donné pis ç’a levé. On a aussi joué deux fois plus en région à Vevey et à Bayerme. C’étaient des shows qu’on a faits dans de plus petites salles, en duo plutôt qu’avec le band complet.
Votre premier album vous a notamment mérité quatre nominations à l’ADISQ, le Félix de la Révélation de l’année et une série de concerts aux FrancoFolies. Comme si ce n’était pas assez, on vous réclame, on vous demande d’être porte-parole pour une myriade d’événements. Qu’est-ce vous retenez le plus de cette dernière année?
Ç’a été l’année de tous les apprentissages et de toutes les surprises! Quand on fait le bilan, on n’en revient pas nous-mêmes. On a gagné l’équivalent de huit prix en huit mois! C’est fou de se faire réveiller par un téléphone de j’sais pas qui qui t’apprend que t’as gagné telle affaire. C’est beaucoup à assimiler en même temps. Oui, c’est beaucoup d’apprentissage. Sur soi, sur un métier qu’on ne connaissait pas du tout. On est atterris là-dedans par un heureux hasard. En faisant ce disque-là, on n’avait vraiment aucune attente. On ne savait pas dans quel but on le faisait exactement. Tout s’est passé tellement vite. On s’est retrouvés les deux pieds d’dans, jusqu’au cou et même par-dessus la tête. Y’a fallu répondre à un million de questions qu’on ne s’était jamais posé auparavant. Je ne me suis jamais demandé ce que ça pourrait me faire de me faire reconnaître dans la rue par exemple ou encore ce que ça me ferait qu’on dise quelque chose de bien ou de mal sur moi dans le journal ou à la télé. Ça ne nous est jamais vu à l’esprit parce qu’on ne pensait jamais que ça allait se rendre jusque-là. Moi, j’ai longtemps été disquaire et j’étais au courant de comment ça fonctionne dans ce métier-là: y’a ben du monde qui veut en faire, mais c’est pas facile de vendre des disques pis même si t’es talentueux, ça ne va pas marcher nécessairement. Je n’avais donc pas de grands espoirs.
En plus de ces distinctions, vous avez un support médiatique incroyable. Plusieurs aiment, certains détestent, mais rares sont les personnes qui sont vraiment indifférentes. Qu’est-ce qui fait que Tricot Machine polarise autant les gens?
Je ne le sais pas, en fait. Je crois que les médias ont pas mal poussé l’affaire. C’est drôle parce que n’importe quel groupe peut être autant haï qu’aimé, mais on dirait qu’on est devenu l’emblème de ça ici, ce qui est un peu ridicule parce que je peux te nommer au moins 15 groupes qui sont dans la même situation! C’est peut-être parce qu’on est dans un entre-deux: un pied dans la scène locale, l’autre dans… un trip plus populaire. C’est dur de dire où on est. Est-ce qu’on est trop populaires pour la scène locale? Trop scène locale pour le populaire? Le projet, nous autres, on le fait pour le fun depuis le début, y’a pas grand sérieux pour ma part, je ne prétends pas être une grande musicienne non plus. C’est arrivé par hasard chez nous pis je pense que ça transparaît dans ce qu’on fait et c’est à ça que le monde s’attache chez nous: le côté humain, proche d’eux, quelque chose de facile à capter, parce que ce n’est pas comme fait par des dieux, ça parle un langage près d’eux autres.
On va bientôt vous revoir aux FrancoFolies dans un concert intitulé Tricopolis. Pouvez-vous nous parler un peu du concept derrière celui-ci? En quoi ce concert est-il différent de la série donnée l’année dernière?
Ce qui est différent, c’est qu’on nous a proposé de faire un spectacle avec des invités, ce qui vient bouleverser la structure du show habituel. C’est le fun, on s’est bien entourés. Y’a Urbain Desbois, Avec Pas D’Casque pis Damien Robitaille qui seront avec nous autres. Il va y avoir de leurs chansons en plus de venir agrémenter les nôtres également. On va aussi y aller fort parce que, tsé, c’est au Métropolis! Faut que les gens dans le fond voient quelque chose sur scène! Il va y en avoir des décors et… je ne veux pas trop en dire, mais faut être là!
Commencez-vous à penser à la suite de ce premier album?
Tranquillement. On y pense beaucoup, mais on n’agit pas tant que ça. Les journées de congé sont assez rares. On n’a pas énormément de temps pour se pencher là-dessus, on ne sait pas encore, mais j’aimerais qu’on sorte de quoi d’ici la fin de 2009. Mais d’ici là, on a encore beaucoup de travail. Le premier album a été fait sans trop de réflexion. Ça va être différent pour le deuxième vu qu’on a appris des choses depuis.
Une ‘tite question quétaine pour terminer. Sur Un monstre sous mon lit, vous chantez «La peur augmente quand on grandit». Est-ce toujours le cas pour vous deux en ce qui concerne votre projet musical?
Le gros des peurs s’est estompé en cours de route. Tsé, Mathieu, sur la pochette de l’album, y’a sa main dans la face. Il nous a dit qu’il préférait celle-là parce que le monde ne le reconnaîtrait pas (rires). Tsé, ça n’a pas été fait dans le but d’être populaire. Ce n’était vraiment pas ça l’optique au début, mais on avait quand même des peurs. C’était effrayant comme milieu, même si on n’en espérait pas grand-chose. Finalement, on est bien contents, on a bien tiré notre épingle du jeu. C’est fait à notre manière et les vrais amis sont toujours là quand on revient chez nous. Y’a rien qui a changé! Juste des bonnes nouvelles, quoi! (André Péloquin)
www.tricotmachine.ca
2 août – Métropolis (Montréal)