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Reportages et entrevues
26 février 2008
Sebastien Charest

«Tout ce que je sais, toutes mes expériences musicales, je les ai apprises là.» Voilà comment résume Tomás Jensen toutes ses années en compagnie de ses Faux-Monnayeurs. Mais telle la fin des classes, il vient le temps où les chemins se séparent, où le goût de voir ailleurs se fait sentir. L’Argentin d’origine est fin prêt à ramer seul sa barque musicale, tel Quelqu’un d’autre.

Le parallèle avec l’école n’est pas fortuit. Les chansons de Tomás Jensen et Les Faux-Monnayeurs ont toujours trouvé beaucoup d’écho au sein de la population estudiantine, celle qui dénonce les abus des gouvernements, qui plaide pour un monde gauchiste, qui brandit les pancartes, qui s’altermondialise, à un point où la formation était associée indubitablement aux manifestations étudiantes, devenant presque son porte-étendard. «Moi, je l’ai jamais senti comme ça. J’ai été étudiant longtemps et un minimum actif lors de nos revendications. Donc, si moi je pouvais leur apporter mon support d’une manière ou d’une autre, je le faisais. Mais je n’ai jamais voulu prendre la tête de quoi que ce soit. Je te dirais même qu’on m’a fait plus revendicateur et militant que je ne l’étais, même dans mes chansons.»

Maintenant que ces années en groupe sont derrière soi, de quoi désire-t-on parler dans ses chansons, vu que nous sommes dorénavant seul à les assumer? De l’amour certes, celui qui blesse, qui nous laisse, que l’on cherche. Mais le désir de s’interroger reste là, tel ancré en soi. Sur cet album, les abus des gouvernements ont laissé place à l’Humanité, à sa place du hasard dans nos vies, au combat entre la rectitude et le laisser-aller. «J’ai étudié en sociologie et en anthropologie. Mon éducation morale et physique est donc très humaniste, très la raison avant tout. Toutefois, arrive le moment où tu constates que la raison a ses limites, où elle n’arrive plus à tout expliquer. Il y a maintenant un mystère pour moi qui fait partie de la vie. Elle perdrait quelque chose si ça n’y était pas.»

Tomás Jensen, qui a eu le goût d’emprunter une avenue musicale différente pour ses débuts en solo, a choisi François Lalonde, réalisateur du Living Road de Lhasa de Sela et du Soley de Dobacaracol, pour opérer ce mélange d’acoustique et d’électro (Jensen est un fana de drum’n’bass depuis deux ans), deux styles qui s’opposent de prime abord mais harmonisés ici, rehaussé d’un quatuor à cordes teinté dans l’arabisant et de percussions mises à l’avant-plan.

Le rythme a considérablement ralenti sur la plupart des pièces, lui qui nous avait habitués à des marathons festifs sans entracte lors de ses spectacles. «Sur l’album, c’est très doux. Mais sur scène, ce sera beaucoup plus énergique.» Nous voilà rassurés.

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