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Plus encore que les autres membres du célèbre Big Four britannique (Beatles, Who et Rolling Stones) les Kinks incarnaient davantage tous les thèmes et la singulière mythologie de la pop anglaise typique de la British Invasion du début des années 60. Ce groupe mythique hautement estimé, précurseur des mods, aura connu le succès critique tout au long de sa carrière même si cette réussite ne s’est jamais réellement traduite en massives ventes de disques. Malgré tout, en partie grâce à son meneur Ray Davies, les Kinks occupent une place à part dans la grande histoire du rock.

Mars 1964. Après deux singles infructueux le mois d’avant, le génie musical de Ray trouve finalement sa voie. Dans sa chambre de la maison familiale, il trouve un riff au piano (fa-sol-sol-fa-sol) qu’il adapte sur la guitare de son frère Dave. Le morceau fondateur du hard rock est né: You Really Got Me. Ce méga-hit deviendra non seulement une référence pour le hard rock, mais également pour toute la frange dure de la pop anglaise. En août 1964, les Kinks (tiré de l’expression kinky, signifiant à la fois «branché» et «pervers») sont déjà en avance sur leurs adversaires avec cette bombe nouveau genre, musicalement et lyriquement. Les Who emboîteront le pas six mois plus tard, et au moment où les Beatles veulent «tenir la main de leur chérie» ou que les Rolling Stones n’écrivent pas encore leur répertoire, les Kinks viennent de frapper dans le mille. C’est le début de la grande épopée des Kinks.

Tranquillement, le groupe jette ses bases. En trafiquant ses amplis, Dave Davies obtient un son de guitare crade qui sera longtemps sa marque de commerce. Le groupe peaufine également son image avec un look de fashion victim aux antipodes de ses concurrents. Le son du groupe, qui entrera dans la légende, prend alors vie sur un premier long-jeu éponyme sorti le 2 octobre 1964. Pendant près de trois ans, les Kinks seront la coqueluche du swinging London. Les hits s’enchaînent à un rythme accéléré, typique de l’ambiance électrique et frénétique de l’industrie musicale dans les années 60. Ray Davies, à l’affût et artistiquement allumé, est un compositeur prolifique, ne se répétant que très peu. Mis à part You Really Got Me, sa suite All Day And All Of The Night et I Need You, construites sur la progression d’accords, ses compositions étonnent. Tired Of Waiting For You (#1 au début de 1965 et son plus gros succès outre-Atlantique), Set Me Free et See My Friend, avec des paroles aux références directes sur l’homosexualité refoulée de certains mods, connaissent beaucoup de succès.

Une tournée nord-américaine désastreuse au milieu de l’année 1965 (les deux frères Davies se battaient sur scène) lui vaut une interdiction de séjour aux États-Unis, ce qui empêchera le groupe de percer solidement en Amérique. Conséquence: leur apport à la British Invasion en sera plus limité. En 1967, le groupe lance leur chef-d’œuvre absolu, le mélancolique Waterloo Sunset, album qui s’intéresse tout en le critiquant à la vague du psychédélisme émerveillé. La pièce-titre deviendra la chanson préférée des Kinks Kultists (surnom des fans transis autour du globe). Les deux années suivantes seront en quelque sorte un suicide commercial. À sa maison de disques qui demande toujours des tubes, Ray Davies répond par deux albums concepts qui se traduiront cependant en échec: The Kinks Are The Village Green Preservation Society (1968) et le décadent Arthur (1969). Le disque Lola Versus Powerman And The Moneygoround de 1970, porté par le succès international de Lola, sa chanson fétiche au texte mystérieux sur un personnage androgyne, aura un impact direct sur un jeune blanc-bec du nom de David Bowie, futur vedette pop britannique. Même si Ray Davies est à l’apogée de son écriture, le groupe ne vend pas de disques, mis à part aux États-Unis.

Le début des années 70 sera difficile. Entre 1972 et 1975, le groupe empile les désastres sur disque, sans compter les prestations scéniques médiocres. Par contre, en 1977, les Kinks se réconcilient avec leur fidèle public grâce à l’album Sleepwalker. Le groupe subit aussi un important regain de popularité, surtout en Amérique: un nouveau groupe hard rock américain du nom de Van Halen reprend You Really Got Me, une reprise audacieuse et tonitruante, qui deviendra l’une des plus célèbres reprises de l’histoire du rock. Lors d’un concert des Kinks aux États-Unis cette année-là, leur gérant de tournée entend deux gamins sortir de la salle en s’écriant: «Super ces Kinks, ils reprennent même Van Halen!». Les années 70 se terminent mieux qu’elles n’ont débuté pour le groupe, alors confortablement installé dans le paysage musical américain.

En 1990, le groupe est intronisé au Rock’n’Roll Hall of Fame et lance trois ans plus tard Phobia, un disque que les fans renieront sans vergogne. Columbia brise aussitôt son contrat après cet échec, et sans contrat avec un major, les disques suivants sont autofinancés par leur label Konk et distribués plutôt confidentiellement. Le groupe se sépare officiellement en 1996.

En dehors de leur groupe, les frères Davies ne sont pas restés inactifs: films, musiques de films, romans, autobiographies, albums solo respectifs depuis 1980 (Dave) et Ray (1983)… De nombreuses «conventions Kinks» ont régulièrement lieu à travers le monde, auxquelles parfois le maître Ray daigne participer. (Jean-Nicolas Labrie)

DISCOGRAPHIE SÉLECTVE
• The Kinks (1964)
• The Kink Kontroversy (1965)
• Face to Face (1966)
• Something Else by The Kinks (1967)
• The Kinks Are the Village Green Preservation Society (1968)
• Arthur (Or the Decline and Fall of the British Empire) (1969)
• Lola versus Powerman and the Moneygoround, Part One (1970)
• Preservation: Act 1 (1973)
• Preservation: Act 2 (1974)
• Soap Opera (1975)
• Schoolboys in Disgrace (1976)
• Sleepwalker (1977)
• Misfits (1978)
• Low Budget (1979)
• Give the People What They Want (1981)
• Word of Mouth (1984)
• UK Jive (1989)
• Phobia (1993)
• To The Bone (1996)

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