9 juin 2008
Alexis Charlebois-Laurin
Peu de groupes ont réussi à créer un son satisfaisant autant les fans de punk rock école Fat Wreck Chords, de hardcore de la fin des années 80 que ceux de la scène crusty punk, voire d-beat. Strike Anywhere est un des groupes ayant réalisé ce tour de force. Menée par le chanteur Thomas Barnett qui garde son groupe de Richmond, VA au front de l’engagement politique, la formation attire aussi l’attention pour ses positions politiques et sa dénonciation des deux justices de l’Amérique: celle des riches et celui des pauvres. Ce n’est malheureusement ici qu’une infime partie du véritable résultat de cette entrevue avec Thomas. Vous surveillerez le site Web pour l’intégrale. Dire qu’elle en vaut vraiment la peine est un understatement.
Vous êtes en Europe présentement. Est-ce que l’attitude des gens et ce que le punk représente pour eux semblent être différent de ce que l’on voit en Amérique?
Il y a encore des traditions – un mot bizarre à utiliser – qui sont restées intactes comme l’aide mutuelle, l’art pratiqué dans un but autre que le profit, des espaces anticommercial utilisés pour l’activisme, l’assistance à la pauvreté, de l’art et de la musique qui démontrent autant de possibilités qui ne sont plus vraiment présentes aux États-Unis. Mais il y a aussi des centres pour jeunes qui reflètent la même tendance ennuyante et redondante qu’en Amérique: du rock commercial avec tout le côté mode et théâtral qui manque de personnalité auquel on peut s’attendre. Parfois en Europe, bizarrement, la communauté punk hardcore semble étudier les groupes américains et forme des groupes dans le but de les imiter et non d’innover. Mais aussi une chose qui est vraie, et pas souvent observée dans les médias, c’est que les frontières culturelles de notre pays, c’est la différence de mémoire. Quand on voyage à l’extérieur des États-Unis, on se rend compte que l’Amérique pratique la religion de l’oubli, une amnésie collective tellement envahissante et établie, alors que les autres pays et cultures ne peuvent se séparer de leur mères, grand-mères et prophètes.
Est-ce qu’Obama peut battre McCain? Est-ce qu’Obama va vraiment pouvoir appliquer des politiques progressistes aux États-Unis?
Je ne sais pas à quoi m’attendre honnêtement. La démocratie américaine peut être tellement corrompue et distante de nous, ses citoyens, que je n’ai pas de réponses à ta question. Je peux te dire ce que sont mes espoirs ou ce que je crois que la réalité est… Peu importe, je serais très surpris si une certaine justice flottait encore dans l’air pour nourrir notre espoir quand la poussière sera retombée après que les votes aient été comptés en novembre. Je veux que les gens arrêtent d’attendre les élections pour s’engager dans la fantaisie de ces concours et agissent pour leur propre communauté, organisent leur propre futur chaque jour sans être molestés par ce même modèle de discours, de débat idéologique léger et de célébrités nationales qui se répètent depuis tellement longtemps. Je pense qu’un effort soutenu des gens à l’intérieur de leur communauté pour s’organiser contre l’oppression, l’isolation et le stress de la vie de tous les jours, c’est ce à quoi nous devrions nous engager. Construire un monde dans un monde. Même si nous votons tous les quatre ans pour un individu qui va affecter les six milliards d’humains sur cette planète, et toute autre forme de vie sur Terre, avec un avantage aussi absurde et immoral.
L’Éternelle question mais qui s’applique à deux groupes en particulier avec qui je crois que vous êtes amis: Anti-Flag et Rise Against. Qu’est-ce que vous pensez de leur décision de se lancer dans l’aventure des major labels dans le but de faire en sorte que leur message soit exposé à plus de gens?
Je me sens presque schizophrénique toutes les fois que j’essaie de répondre à cette question qui est effectivement éternelle. Il est certain qu’il y a des compromis sous-jacents affreux à avoir une relation avec un major qui fait pratiquement toujours partie d’un conglomérat médiatique qui alimente directement d’autres branches de plusieurs industries impliquées dans la manufacture d’armes. Mais la sincérité et la créativité avec lesquelles nos amis mentionnés plus haut s’engagent dans ce forum plus large – mais pas nécessairement plus profond – me donnent espoir et me permettent d’adopter une approche du type «attendons pour voir». Against Me! semble aussi étendre son feeling unique partout dans le monde à travers son début sur un major, spécialement sur la scène internationale où il y a souvent moins un contrôle des genres moins suffocant sur les radios populaires et chaînes musicales. Il y a évidemment une subversion assez cool dans ce que ces groupes font et je sais que ça n’a pas été facile pour aucun d’eux de faire leur choix d’entrer dans ce monde. Du moins, c’est ce que j’aime croire…
Que penses-tu de l’affirmation du documentaire American Hardcore qui dit que la scène punk hardcore est morte en 1986?
Je crois que, dans un sens académique, c’était plus la fin de son début… C’était loin d’être sa mort définitive. Seuls les kids vont dire quand c’est terminé. Le côté innovateur et le premier cycle de vie artistique du hardcore américain peuvent être décrits comme morts, ça c’est certain. Mais la mutation suivante, avec ses pulsions et ses raisonnements engendrés par une rage articulée contre le désastre physique, politique et psychique qu’ont été les années 1980, ne s’était pas encore manifestée. C’est à ce point de vue que l’on peut dire que la fin des années 1980 a été cruciale. C’était bizarre de regarder ce film avec quelques-uns de mes amis et le voir se terminer exactement au moment où notre commencement personnel avec la scène hardcore américaine a débuté. La pièce a été silencieuse pendant un moment. Puis quelqu’un a stage divé sur le sofa. (Alexis Charlebois-Laurin)
www.strikeanywhere.org
13 juin – Foufounes Électriques (Montréal)
20 juin – L’Anti (Québec)
21 juin – Babylon (Ottawa)