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Semi-automatique
Le romancier Normand Reid écrivait dans son bouquin T’es fou l’artiste! qu’«en tant qu’artistes, nous sommes à la merci des autres pour réussir ou manquer notre vie». C’est mignon tout ça, mais Reid aurait dû aussi ajouter que tous ces musiciens, cinéastes et peintres canadiens sont cons comme des balais à en juger la réaction de la gent subventionnée face au tronçonnage de subventions culturelles autorisé par ce visionnaire de Stephen Harper. Notre Premier Ministre désirerait affaiblir la gaugauche? Bien au contraire, il tente de la raffermir! Bouquin paru en 2001 et consacré comme l’un des «50 meilleurs ouvrages musicaux de l’histoire» par le quotidien britannique The Guardian, Our Band Could Be Your Life compile plus d’une dizaine de biographies de groupes états-uniens indépendants (à la Hüsker Dü et Minor Threat) qui sont devenus de véritables objets de culte depuis. Bien que la plupart de ces projets partagent de nombreux points en commun (une certaine éthique, des enregistrements alliant boucan d’enfer et moyens faméliques, des tournées aussi interminables qu’ascétiques, etc.), on retient surtout que la majorité d’entre eux se sont formés pendant les années 80, en plein reaganisme (et notre Stephen adoré, il a encore des culs à botter et des bourses à sabrer avant d’être du calibre de cow-boy Reagan). On y apprend entre autres que les Buttholes Surfers se limitaient à un billet de cinq dollars par jour pour nourrir toute la troupe lorsqu’ils étaient sur la route (ces bonzes en sont déjà venus aux poings dans la camionnette pour débattre de l’achat d’une bouteille de lait!). De son côté, l’inimitable Greg Ginn a démarré l’étiquette SST Records (entreprise à la bonne franquette qui allait par la suite devenir l’un des labels indie les plus réputés de cette décennie) tout simplement parce qu’il ne trouvait pas de maison de disques assez couillue pour faire paraître le matériel de son groupe Black Flag. Bref, bien que les Conservateurs viennent de baiser Holy Fuck et compagnie jusqu’à l’os, «les vrais de vrais» s’en sortiront avec quelques sous en moins, mais surtout des muscles en plus. Stephen Harper, fin observateur qu’il est, a rapidement pigé qu’à chaque grande tragédie, les esprits créatifs répliquent à grands coups de courants artistiques. Loin de moi l’idée de comparer Stephen à Adolf – le premier n’est pas assez fou pour porter la moustache ridicule du second – mais comme Harper ne peut risquer une Guerre mondiale pour finalement populariser un leitmotiv artistique bien de chez nous (pourquoi pas l’expressionnisme canadien, tiens), notre leader visionnaire préfère chipoter les coffres afin de séparer le bon grain de l’ivraie chez nos artistes alternatifs. Bien joué, Stephen! Dans la mire: mission FMEAT 2008 André Péloquin
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