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Le petit tavernier
Ici c’est pas le Smile-End, c’est Harrisburg, Pennsylvanie. Vous êtes avec moi chez Small’s, un autre excellent bar trash, et le seul bar punk rock’n’roll du coin. Son nom indique que c’est effectivement pas grand grand. Mais au moins c’est fait sur le long. Quand je pénètre un haut-lieu de l’altération physique, je respecte une certaine façon de procéder, pour honorer les lieux. Je trouve une place au comptoir. J’examine la sélection de bières et forts. À ce moment précis, mon cerveau lent, affolé devant le grand choix de forts et fûts, hésite entre 8-9 breuvages différents et je dois le forcer à prendre une décision rapidement pasqu’être sans verre à la main c’est pas idéal. Étape suivante, une fois le breuvage choisi, j’attends que la barmaid que je trouve être la plus chaleureuse jolie sensual sympathique etc. passe tout près pour que je commande auprès d’elle. Voilà. Mais ce soir la seule simili-femme qui travaille c’est la personne que je nommerai Mme Monsieur, un travesti cool de 6 pieds (ok ok, 1 mètre 80) aux épaules pas mal plus carrées que moi, avec une face pointue (un mélange entre Kikine et Shirley si vous les connaissez, mais avec d’énormes faux teets en prime), sauf qu’elle sert pas au comptoir. Pis c’est pas une femme. Je commande à Tim Barman. J’opte pour une téquila ambrée José Cuervo ($7), ma découverte 2007 grâce à Tony Dio mon pote. J’apprécie son goût salé-sucré avant de la faire rejoindre par une pinte d’excellente Yuengling ($2), un délice (tant qu’elle est fraîche). Encore un bar où on sert des canettes de bière, super. Après en avoir extrait le contenu, le contenant passe de la main à la poubelle le long du mur. Mon hippie intérieur a mal devant si peu de recyclage. Ah, États-Punis vous nous punissez si bien, nous humains idiots. Vous êtes les rois de la montagne. De déchets. Mes amis sont avec moi chez Small’s. Patate Slayer revient des toilettes. Ç’a été long, il a figé devant les pochoirs de M. Spock, des Misfits et Elvis. «UBEFUCKINBELIEVABLE!», dit-il en parlant de la cassette de cours de français qui y joue en rotation. Ça dit «jé souis tré zoccupé minteunant». On dirait justement Patate quand il parle français. Monsieur Brien et Perturbo observent le juke-box avec attention. Y’a plein de bons lasers dedans: Ramones, Guns, Buzzcocks, Undertones,… Y’a des guitares sur les murs, cassées ou pas, des super lustres au plafond autour d’un Dimebag Darrell en carton, des skateboards aux murs, un cadre de Black Jebus, des fauteuils mous un peu partout pour s’endormir dedans, 2 tables fifties, un écriteau qui dit «Now I wanna sniff some glue», une hawaïenne avec son ukulélé, un énorme divan colonial. Comme dans tout bar qui se respecte y’a aussi un pinball, celui-là c’est Tales from the Crypt. Sauf qu’il est out of order. Y’a aussi beaucoup de fumée. Hé oui, ici on fume, tout le monde fume. Quoique ça fait maintenant bizarre de s’allumer à l’intérieur. Durant les heures légales je veux dire. Ping Pong le cheenois, dont c’est le 26ème anniversaire vit un grand moment. «C’est vlaiment une melveilleuse ville!» Effectivement. Je trouve les gens ici vlaiment sympathiques. Peut-être pasque je m’en viens clairement flou. Ou peut-être pasque je fixe le raton-laveur empaillé sur une branche, qui sait. Ou peut-être pasqu’à la télé y’a un match de lutte entre le géant Ferré et Hulk Hogan. Dur à dire. J’imagine que je suis de bonne humeur. Ici Sunny Duval qui vous rappelle de vous débarrasser de vos chewing-gums en les jetant par les fentes des parcomètres et des machines à sous.
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