CHRONIQUES
L'abominable homme des cons
Simon Jodoin
Miss scène locale
Le petit tavernier
Sunny Duval
Cabaret Fun Spot / Cheval Blanc
Semi-automatique
André Péloquin
Haute fidélité?
Un pied dans bouche
Ed Hardcore
Satan en taxi
Foulosophie 101
Francois Gourd
Castor et Pollux
Télémathysme
Catherine Mathys
Belle bête
Du haut de la King
Dominic Tardif
Sherbrookoise chronique
Base art visuel
Julie Ledoux
«I have a dream that one day…»
Je zappe et je matte
Jean-Nicolas Labrie
Pour passer mon clip à MusiquePlus…
Ondes souterraines
Stéphane Martel
Le syndrome Club Price
Ondes Souterraines
20 mars 2008
Stephane Martel

En septembre dernier, j’ai passé quelques jours à Toronto. On m’a demandé de faire partie du jury de la deuxième édition du Polaris Music Prize. Steve Jordan, le «papa» de l’événement (et l’un des hommes les plus passionnés de musique que j’ai eu l’occasion de rencontrer dans ma vie) m’a payé un petit vol aller-retour dans la ville des Maple Leafs. Disons que l’offre était difficile à refuser. Bon, on le sait, c’est Patrick Watson qui a remporté les grands honneurs du Polaris. On sait qu’il y a eu une controverse entourant l’absence d’artistes francophones parmi les nommés (on s’en souvient, l’année précédente, Malajube avait représenté la belle province avec Trompe-l’œil). Mais au-delà du gala en tant que tel, du gagnant et des controverses, ce séjour en terre torontoise fut mémorable parce que j’ai appris ce qu’était un groupe (ou un artiste) shticky. Je vous explique.

Tout débute vers minuit, après une dernière ronde de poignées de mains et un sixième (ou septième?) verre de scotch. La fatigue commence à se faire sentir, mes yeux se ferment (je n’avais pas tellement dormi la veille) et je décide de retourner à l’hôtel pour me reposer un peu. Deux journalistes (un de Toronto et un autre d’Edmonton) désirent regagner l’hôtel avec moi et dans le temps de le dire, on se retrouve tous les trois sur la banquette arrière d’un taxi infecte. Sur le chemin du retour, on parle musique et je me rends compte d’une chose: les journalistes anglophones connaissent mauditement bien la scène musicale québécoise (et émergente francophone). Ces sympathiques blokes savent qui est Malajube, Artist Of The Year, Avec Pas d’Casque, Xavier Caféïne, Karkwa, Call Me Poupée, Leloup («He’s called Leclerc now, right»). Un des journalistes m’annonce qu’il a même eu l’occasion de voir Les Breastfeeders sur scène. «Bon petit groupe, mais trop shticky à mon goût», avance-t-il. Shticky?

D’abord, je hoche la tête. Je ne comprends pas exactement ce qu’il veut dire, puis il me parle des coupes de cheveux, des costumes rétro… et de Johnny Maldoror. De son shtick. C’est alors que tout devient clair dans mon esprit. Oui, Les Breastfeeders est un groupe shticky. Tout à fait. Jamais je n’y avais pensé, mais c’est vrai. Tout comme les défunts Séquelles avant eux. Comme KISS. Comme The Pipettes avec leurs robes à pois et leur chorégraphie empruntée aux Shirelles. Dès que je mets les pieds dans ma chambre d’hôtel, quelques minutes plus tard, je me mets à réfléchir à la conversation. C’est alors que je réalise pourquoi tant d’artistes m’ont toujours laissé de glace. C’est à cause du shtick: du «gadget», du gimmick. C’est ça qui m’énerve, bordel! Le petit look calculé qui-se-veut-un-clin-d’œil-à-quelqu’un-d’autre, l’élément «unique» pour attirer l’attention du consommateur, le bouffon de service. Le shtick. Le maudit shtick.

Tellement d’artistes misent sur le shtick de nos jours. On dirait que dans une société où l’image est maître, il faut absolument arriver avec une trouvaille, une marque de commerce. Lors de ce séjour en terre torontoise, j’ai eu l’occasion de voir neuf groupes différents dans des petites (et moyennes) salles. Aucun d’entre eux ne portait de costume flamboyant. Aucun bouffon de service. Aucun running gag. On arrivait sur scène avec un micro, une guitare et sa voix. Point à la ligne. C’était rafraîchissant. Terriblement rafraîchissant. De retour dans ma ville, j’ai constaté à quel point on misait sur les gimmicks. Ici, on veut flasher. On veut à tout prix se faire remarquer. Le public sait précisément à quoi s’attendre lorsqu’il va voir le show d’un artiste shticky… parce qu’il connaît déjà son shtick! Or, moi j’aime ne pas savoir à quoi m’attendre. Je m’en contrefiche du clown qui grimace pour attirer l’attention. J’aime être surpris, déboussolé, dépaysé. Je souhaite qu’un artiste arrive flambant nu sur scène parce que c’est son talent brut qui doit me séduire. Pas la couleur de son suit.

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