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Reportages et entrevues
12 avril 2008
Martin Véronneau

De tout temps, les artistes ont été influencés par leurs prédécesseurs. Dans le milieu du hip-hop, on vous dira que ce sont les Tupac, Nas, Snoop ou le Wu-Tang qui ont été les influences les plus notables. Posez la même question aux rappeurs de la Belle Province et on vous répondra unanimement que la plus grande influence demeure jusqu’à ce jour Sans Pression (SP).

Celui qui a fait paraître le classique 514-50 dans mon réseau en 1999 a bien changé depuis le temps. Beaucoup plus posé, le père de famille a vieilli et la vie lui a apporté son lot d’épreuves qui l’ont fait cheminer. Pour plusieurs, SP demeure LA référence, même s’il a lui-même été influencé par d’autres rappeurs comme KC LMNOP et M.R.F. «SP est l’artiste qui a ouvert le plus de portes, mentionne le rappeur Ironik du groupe L’Assemblée. Il est celui qui dure depuis le plus longtemps et encore aujourd’hui, il arrive à étonner et à se réinventer.» Un autre rappeur, Anodajay, ajoute: «Plusieurs ne pensaient pas que c’était possible de rapper en joual avant que ne sorte son premier album. Il est un pionnier. Plusieurs rappent aujourd’hui grâce à lui.»

A-t-il conscience de cette influence? «Je le sais parce que plusieurs m’ont dit qu’ils rappaient grâce à moi, mais je vais probablement m’en rendre compte plus tard. Pour moi c’est pas ça l’important. Je leur dis que je n’ai rien fait. Parce que je veux toujours plus pour le Québec, pour le mouvement hip-hop. Je veux le mettre sur la map, je veux qu’ailleurs on ait du respect.» Ce mouvement, il l’a construit à coup de milliers d’albums vendus (près de 35 000, avec le bouche à oreille comme seule promotion). Est-ce qu’un tel exploit pourrait être réalisé à nouveau aujourd’hui? «Non», répond-il catégoriquement. «J’ai toujours dit que dans le temps, pour réussir, il fallait 70% de travail, 25% de talent et 5% de chance. Aujourd’hui, il faut 25% de travail, 25% de talent et 50% de chance! Je ne leur mens pas aux jeunes. Faut être capable de s’adapter dans cette industrie-là. Je me souviens, dans le temps, je traînais mon gros lecteur CD. Aujourd’hui, tu mets des centaines d’albums dans ton iPod, les jeunes n’achètent plus les disques. Va falloir trouver de quoi. Internet, c’est bon pour certaines affaires et c’est mauvais pour d’autres.»

Il poursuit en me parlant de ce jeune qui était venu le voir après un concert il y a quelques années en lui disant qu’il aimait vraiment sa musique et qu’il avait fait une copie du dernier album à tous ses chums. «Le petit gars ne pensait même pas à ce qu’il disait! Il ne voyait pas de problèmes là-dedans. Je lui ai expliqué que chaque fois qu’il faisait une copie, ni moi ni mon équipe n’étions payés. Je me suis dit à ce moment-là que s’il ne l’avait pas fait, peut-être que lui et ses amis ne seraient pas venus au concert. Dans le fond, c’est là qu’ils l’ont dépensé leur argent…» Il avoue être plus énervé par ceux qui téléchargent systématiquement tout un album que par ceux qui téléchargent trois ou quatre chansons pour se faire un avis. «C’est le problème de toute une génération de jeunes. Ma fille a juste deux ans et je la vois déjà aller sur l’ordinateur, je trouve ça inquiétant.»

Justement, parlons-en. Ce nouvel album Si la tendance se maintient soulève plusieurs problèmes de société et aborde le douloureux sujet de la mort. Sans jamais vraiment faire la morale, SP le bon père de famille en profite tout de même pour faire passer ses messages. À travers ce portrait sombre qu’il brosse, a-t-il quand même un peu d’espoir?

«Ben oui!! Les gens me disent souvent: “SP t’es pessimiste, t’es sombre!”, mais j’ai beaucoup d’espoir en l’avenir. C’est le côté que j’ai choisi d’exploiter à travers la musique de Sans Pression. La mort est un sujet un peu plus présent étant donné les événements qui se sont passés ces cinq dernières années. La mort a toujours été un sujet qui m’a fasciné. Fallait que j’en parle. Si les gens y pensaient un peu plus souvent, ils profiteraient un peu plus de la vie.»

Un peu plus de six mois après la mort de son ami et collègue Joe BG, SP avoue avoir été changé par cet événement. «Ça m’a changé dans le sens où je garde plus l’œil ouvert. Ça m’a beaucoup affecté, ça m’a fait beaucoup mal. Joe était comme mon petit frère, il était un soldat qui était toujours là et que j’entraînais. Juste avant qu’il ne meure, il était venu me voir avec son album et on a eu une bonne discussion. Je lui disais que c’était à son tour maintenant, qu’il allait arrêter de faire mes back vocals en show, qu’il allait avoir son propre deejay et partir en tournée. Il me regardait et c’est comme si un père venait de dire à son fils qu’il fallait qu’il parte en appartement. Ça m’a prouvé que dans la vie, t’as beau vouloir et vouloir, reste que c’est imprévisible.»

Aujourd’hui, SP veille sur son monde comme un cowboy. Il dort les yeux ouverts, la main non pas sur le revolver, mais sur le micro. La seule arme dont un rappeur de cette envergure a besoin pour faire peur aux prédateurs. (Martin Véronneau)

www.sanspression.ca

25 avril – Théâtre Granada (Sherbrooke)
3 mai – Maison des jeunes (Longueuil)
17 mai – Club Aramis (Granby)
18 mai – La Chasse-Galerie (Lavaltrie)

Un commentaire
  1. luc dit :

    Sp, is the man !!!
    Un gros big up pour ton nouvel album lache pas man c toi le plus hot au Qc, pi georges St-Pierre au Centre Bell avec du Sans Pression c’étais malaaaaaaade !!!

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