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Reportages et entrevues
8 octobre 2008
André Péloquin

Parrain du rap grime pour certains, cousin éloigné de Tom Waits pour d’autres, Roots Manuva englue plusieurs références et collaborateurs sur son plus récent album Slime and Reason.

Il est présentement 13h au Québec, donc 17h à Londres lorsque Rodney «Roots Manuva» Smith décroche le combiné. On entend presque le décalage dans la voix du fameux rappeur. Smith marmonne, son bavardage est à peine perceptible, on dirait qu’il tient le téléphone à un océan de distance de sa bouche. Aussi intense puisse-il être sur scène et sur disque, Roots Manuva semble aujourd’hui exténué. «Ah ben, je suis crevé!», mâchonne l’artiste né en Jamaïque pendant qu’on s’échange des politesses avant de passer à l’entrevue. «Je reviens d’une tournée promotionnelle. C’est de plus en plus difficile de revenir à un rythme “normal” par la suite.» Le corps est fatigué, mais l’esprit demeure vif. «Bang Bang? Vous connaissez le Bang Bang Gang? C’est un nouveau groupe hip-hop. Il a une vidéo sur YouTube. Jetez-y un œil, c’est hilarant.»

Dans quel esprit Slime and Reason s’est crée? Après des albums aussi cérébraux qu’Awfully Deep et Alternately Deep, pourquoi revenir à un son plus festif?
J’en suis à un point où je n’ai plus peur de faire des erreurs. Slime & Reason n’est pas nécessairement moins profond que les deux précédents, mais il est certainement plus amusant, coquin et louche. Ce disque est tout simplement né d’un désir de s’amuser en studio puis sur scène et je crois que ça résonne sur l’œuvre finale.

Et comment ça se traduit sous les projecteurs? J’ai entendu dire que les spectacles accompagnant Slime and Reason tiennent plus du sound system que du concert conventionnel avec instrumentations live, etc. Qu’est-ce qui arrive de vos premiers succès?
On les réinterprète différemment. Sans les recréer entièrement, on les présente selon un nouveau gabarit, à l’aide d’une formule plus épurée. Comme on se la joue sound system jamaïcain: de gigantesques enceintes, de grosses basses, mais surtout beaucoup de plaisir.

On vous colle plusieurs étiquettes. J’ai autant lu des articles indiquant que vous avez établi les bases du rap grime que des textes vous comparant à Tom Waits. Comment réagissez-vous à tout ça?
Avec un grain de sel. C’est flatteur d’être mentionné dans le même souffle d’une phrase concernant Tom Waits et compagnie, mais il ne faut pas le prendre au pied de la lettre. C’est comme me lier au grime, je ne vais pas nier que je ne me reconnais pas chez des jeunots comme Kano et Wiley, mais je ne peux me révéler comme un visionnaire ou un truc du genre, car, de mon côté, j’ai été influencé par les sound systems, les radios pirates, par toute cette culture noire underground qui est aussi présente qu’active depuis des décennies ici à Londres.

Puis une dernière question pour rigoler: au fil des années, des artistes aussi variés que Beth Orton, DJ Shadow et Gorillaz ont montré de l’intérêt pour produire des collaborations en votre compagnie. De votre côté, avec qui Roots Manuva voudrait-il enregistrer un duo?
Si je pouvais vraiment avoir l’embarras du choix, j’irais pour Enya.

Enya?! Sans blague?
Enya! Je suis très sérieux!

(André Péloquin)

Slime and Reason en magasin depuis le 30 septembre

www.rootsmanuva.co.uk

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