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Reportages et entrevues
11 avril 2008
Stephane Martel

Né des cendres du duo Jacobus et Maleco, le quatuor d’origine acadienne Radio Radio a commencé à faire du bruit l’an dernier à la suite du lancement d’un maxi rafraîchissant (Télé Télé) aux confluents de l’électro et du rap. Suivant les mêmes sillons, la bande y va maintenant d’un premier album complet, Cliché hot. Pour les deux MC (Jacobus et Tymo) et les deux producteurs (Tekstyle et Lekx), tout a commencé avec le départ impromptu de Maleco. «Il avait d’autres plans dans la vie, d’autres intérêts. Il avait envie de faire autre chose que de la musique», affirme d’entrée de jeu Jacobus. «Lorsque qu’il a décidé de quitter, des nouvelles idées ont jailli de mon esprit. Je désirais proposer une nouvelle recette: de nouveaux beats, une approche plus électro, plus fresh. À la base, je suis un artiste et je voulais offrir aux gens un produit encore plus éclaté», poursuit-il.

C’est lors d’une soirée à Moncton que Jacobus fait la rencontre de Tymo. Les esprits se rejoignent et c’est alors que le projet Radio Radio prend forme. Mais au fait, d’où vient-il ce drôle de nom? «C’est une sorte d’hommage à la radio», explique Tymo. «Je considère qu’il s’agit d’un outil important de communication internationale. Un outil qui stimule l’imagination du peuple. Tout le contraire de la télé qui la domine complètement. De plus, je trouve que c’est assez organique comme mot. Puis, on le comprend partout à travers la planète. Que tu sois en Afrique, au Brésil, en France ou en Chine, le mot est connu. On a choisi un beau mot qui passait partout», poursuit-il.

Au goût du jour
Enregistré l’été dernier dans le chalet de Lekx situé à Baie Ste-Marie en Nouvelle-Écosse, Cliché hot offre une bonne dose d’électro-rock-on-the-beach, comme le dit si bien Jacobus. «On s’est enfermés pendant une semaine complète: pas de filles, juste de la bouffe et notre équipement. Notre approche était très live, improvisée, spontanée. On a misé sur l’aspect direct et on est sortis de cette expérience avec seize pièces. On en a retenu onze pour l’album», avance Tymo.

Pris sous l’aile du label montréalais Bonsound (Creature, Yann Perreau), le quatuor de Moncton a voulu s’imposer en recyclant des clichés afin de les rendre… hot! «À la base, Cliché hot était le titre d’une chanson. On ne s’est pas demandé pendant deux semaines comment on allait intituler l’album. Dans le fond, on voulait remettre les choses désuètes au goût du jour. On voulait rendre hot ce qui ne l’était pas. Pas nécessairement être la mode, mais plutôt faire la mode. En passant, ne jette surtout pas tes vieux chandails de laine avec des motifs de rennes, car ils vont revenir à la mode un de ces jours!», prévient Jacobus.

Briser la barrière de la langue
Discuter avec les gars de Radio Radio n’est pas de tout repos. Obligatoirement, l’interlocuteur doit s’armer de patience… et de discernement! D’abord, il y a cet accent acadien prononcé, mais aussi une multitude d’expressions chiac, toutes plus colorées les unes que les autres, qui défilent à grande vitesse. Pour un Québécois pure laine, difficile de saisir tous les mots qui sortent de la bouche de nos sympathiques lascars!

Métissage d’anglais, de français et de vieux parler français du XVIIe siècle, le chiac est un langage hybride propre aux Acadiens de l’est du pays. «Au fil des ans, plusieurs études et thèses ont été écrites à propos de la structure du chiac, mais en gros, c’est une langue constituée de mots anglais francisés, C’est-à-dire qu’on met des accents aigus à la fin des termes anglais. Ce n’est pas quelque chose qui est arrivé par hasard. Depuis 250 ans, l’anglais règne ici. Je n’ai pas grandi avec Watatatow, mais plutôt avec The Fresh Prince Of Bel Air!», raconte Tekstyle, un sourire dans la voix.

«On a littéralement été submergés par la culture anglophone pendant plusieurs années. Ça ne fait pas longtemps que les Acadiens parlent français. En 1970, dans le downtown de Moncton, on ne parlait pas un mot français. Du côté linguistique, ça n’a jamais été facile dans notre coin. On s’est battus pour avoir des universités et des écoles en français. On a fait beaucoup de chemin au niveau de la langue de sorte qu’aujourd’hui, on peut se faire servir en français et on peut vivre en français dans notre patelin», renchérit Jacobus.

Lutter contre l’adversité
Alors que très peu d’artistes rappent dans la région des Maritimes (encore moins en chiac), la bande n’a jamais voulu cacher ses origines. Elle a même lutté contre l’adversité ambiante. «Au début, les gens de la vieille génération rouspétaient. On disait que notre musique n’était pas de la musique acadienne, qu’il n’y avait pas de violons, de cuillères. Au lieu de se replier sur nous-mêmes, on s’est levés et on a poursuivi notre chemin, la tête bien haute», raconte Tekstyle, la voix vibrante. «Tout de même, on est beaucoup moins isolés qu’on ne le pense. On peut faire des collaborations grâce au Web, participer à des forums. Le Web nous rapproche énormément du monde. Il faut lutter contre cette idée qu’on est des bushmen isolés de tout! Ce n’est pas vrai», poursuit-il.

La vie en rose
Construites autour de beats ravageurs et d’arrangements solides, les pièces de Cliché hot se situent quelque part à mi-chemin entre l’insouciance de TTC et la désinvolture d’Omnikrom. Armés de titres puissants tels que Jacuzzi, les potes signent des textes légers, souvent à connotation humoristique. On est quand même loin de Walla Walla, le premier compact de Jacobus et Maleco. «On a écouté énormément de musiques différentes au fil des ans. Que ce soit du hip-hop, du rock, de la pop. Chacun vient d’un univers différent. C’est certain que la musique qu’on aime a influencé nos textes. On pige aussi au niveau des films, d’Internet. Il y a aussi la télé, nos grands-mères qu’on invite à souper et même le gars qui met de l’essence dans nos bagnoles! L’inspiration, man, elle est partout autour de nous», confie Tymo, l’un des deux auteurs du quatuor (avec Jacobus).

Qu’on se le tienne pour dit, les potes ne sont pas là pour se lamenter, ni pour se prendre la tête. «Si on écrit des textes plutôt comiques, c’est parce qu’on aime voir le côté humoristique de la vie et des choses. On aime voir la vie en rose, si tu veux! On travaille tous et à la fin de la journée, on se réunit pour faire de l’art ensemble. Pas pour déprimer ensemble. Je considère qu’il faut avoir un bon esprit pour faire de l’art», explique Jacobus.

Ondes universelles
Alors qu’un premier clip (pour la pièce-titre) vient d’atterrir sur les ondes de la station musicale montréalaise, le combo s’apprête maintenant à sauter sur les planches des salles québécoises et n’écarte pas la possibilité de jouer un jour dans des salles de bowling et des bingos! Après l’opération «séduction Québec», le clan attaquera le territoire canadien, européen et… japonais! On ne pourra certainement pas lui reprocher de manquer d’ambition. «Tu sais, déjà le titre de l’album et quelques chansons ont été traduits en japonais! On prépare ce grand voyage tranquillement. Dès le début du projet, on voyait grand. On sait que nul n’est prophète dans son pays et on veut envahir le Japon. Ensuite, tout tombera en place», raconte un Tekstyle animé et enthousiaste.

Jacobus conclut: «On fait de la musique parce qu’on aime avoir du fun. Ça ne nous intéresse pas d’arriver dans la face des gens avec un gros message politique. On adore ce qu’on fait et on sent que la vibe est positive. Il faut dire que la musicalité unique de l’accent acadien nous aide beaucoup. Pour nous, à présent, il n’y a pas de limite.» Vous voilà prévenus. (Stéphane Martel)

Cliché hot en magasin dès le 13 mai

www.myspace.com/laradioradio

30 avril – Café Campus (Montréal)
2 mai – L’Azile (Joliette)
3 mai – L’Embuscade (Trois-Rivières)
13 et 14 juin – Café du Fjord (Tadoussac)

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