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13 août 2008
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Ah! La population est heureuse à Québec! Oh oui! Sir Paul les enchante. Le moulin à image ébloui. Les chantiers se sont terminés pour le 400e et rendent le tout parfait pour les cartes postales. Mais à qui cela plaît-il vraiment?

À en croire La Conspiration Dépressionniste, sûrement pas les résidents. À moins qu’ils soient touristes dans leur propre ville. Ce qui tend à être de plus en plus le cas.

Au lieu de déchirer leurs chemises sur la place publique, ils sortent un livre décriant les erreurs des anciennes administrations et la Waltdisneyïsation du centre-ville : Québec, ville dépressionniste.

Dépressiquoi? Dépressionniste. Oui, ça mange en hiver. Dans leur lexique, nous pouvons lire que le dépressionnisme est un « néologisme québécois désignant le contenu esclavagiste du réel vidé de sa substance. » En gros, c’est la surexposition du banal rendant la vie contemporaine fade, causant la dépression et l’insatisfaction sexuelle.

Ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère, ni avec des gants de velours. On peut même se demander s’ils mettent des gants de boxe lorsqu’ils frappent, tant ils aiment frapper. Le plaisir de détruire?

Il ne faut pas chercher des solutions dans ce livre, à moins qu’on aime être déçu. On passe plutôt au peigne fin les bobos de Québec. Pis on les gratte. On les ouvre pis on les met dans notre face.

L’avant-propos donne le ton. « Québec peut bien se targuer de paraître sous ses plus beaux atours, nous savons qu’elle pourrit du cœur. » On ne peut vraiment les contester (ils s’en foutreraient probablement de toute façon). J’ajouterais même avoir eu une satisfaction à lire ce livre, partageant quelques-unes de leurs visions.

La vente de Québec

Parce que c’est vrai que le Carnaval de Québec est une farce corporative. Le Carnaval n’a de carnaval que de nom, n’ayant aucune coutume propre à un tel événement. De plus, il a quitté les rues de la basse-ville pour se concentrer sur les Plaines d’Abraham. Ce lieu devient alors un espèce de Quartier 10-30 avec la cabane Québon, le ciné Telus et autres trucs bien nommés.

Un excellent dossier sur ce pauvre Carnaval de Québec M. Christie (notez qu’il a vendu son nom à un commanditaire) de Sandra P. Bouliane. Une lecture dénotant les liens gros comme mon bras entre la Chambre de commerce et cette machine à faire venir le touriste.

Dans un même ordre d’idée, le premier chapitre dénonce cette vente de la ville aux investisseurs sous le règne de Gilles Lamontagne. Maire de Québec de 1965 à 1977, c’est lui qui a bétonné la ville.

Sous son règne, on compte ces monstruosités : La Mail St-Roch, la bétonisation des rives de la rivière St-Charles, la construction de l’autoroute Dufferin (et ainsi la destruction du quartier chinois), la mise en place de la colline parlementaire (et la destruction du Faubourg St-Louis), etc.

Quelques œuvres ont depuis été détruites ou transformées. Pour être au goût du jour. Les centres d’achats étant moins populaire, on enlève le Mail St-Roch pour en faire une rue commerciale tellement branchée.

L’ère Lamontagne marque la destruction massive de lieux historiques de Québec pour faire place à la modernité et à l’accommodation de la banlieue, c’est à dire le béton et les autoroutes.

C’est grâce à cette époque qu’aujourd’hui l’élaboration d’un solide réseau de transport en commun à Québec est ardu. En créant une des régions les plus desservies par des autoroutes en Amérique, Québec s’est alors agrandit de plus en plus loin, de plus en plus dispersée.

Un safari-photo d’un des plus laids boulevards du Québec est également offert. Bienvenue sur la 138 à Québec : le boulevard Wilfrid-Hamel. Pour les Montréalais, imaginer peut-être le boulevard Taschereau.

D’ailleurs, lorsque le comité du Chemin du Roi a voulu compléter le parcours de cette route, ils ont tout fait pour éviter de passer par ce boulevard inventant alors un tracé passant par Cap-Rouge.

L’hémorragie interne

Ce n’est pas suffisant, d’autres évènements ont tué le centre-ville de Québec. Comme le départ, vers 1950, de l’Université Laval de l’intérieur des murs vers les champs d’une banlieue à l’époque vide : Sainte-Foy.

Depuis ce temps, cette université n’a plus d’âme et, depuis des années, des experts tentent de lui insuffler une vie sur son campus. En opposition, le quartier Latin qu’elle animait n’existe plus réellement.

Puis la lente déportation des résidents à l’extérieur des murs. Depuis Lord Dufferin, lieutenant-gouverneur du Québec de la fin du 19e siècle, le Vieux-Québec se modèle pour attirer le touriste. N’y chercher pas d’épicerie!

C’est ce même Dufferin qui arrêta la destruction des fortifications par la ville (qui voulait construire des rues), jugeant ceci comme un joyau faisant la beauté de la ville. Il refit construire selon un mode médiéval, transformant ainsi le militaire en romantique.

Puis le tout se modèle ainsi jusqu’à aujourd’hui. Place Royale? Conçu dans les années 1960. Le château Frontenac? Construit en 1895 (ouais, ça toujours été un hôtel, les amis).

Québec, une belle carte postale. Nous pouvons lire que le Vieux-Québec, d’où provient la majorité des qualificatifs et images, a un ratio d’un habitant pour 760 touristes. En comparaison, pour Venise, c’est du 1/94. Ouch.

Y’a pas de « mais »

Évidemment, on pourrait dire que la Place Jacques-Cartier à Montréal n’est guère mieux. On pourrait dire que l’on ne vend pas non plus la métropole avec le quartier Rosemont et encore moins avec Laval.

Mais La Conspiration Dépressionniste ne se penche volontairement pas sur ce volet ici. Malgré la rude charge, ils ne se prennent pas non plus au sérieux, comme le démontre le dernier chapitre, une fable complètement délirante sur Québec.

C’est avant-tout une critique sociale, urbaine et architecturale de Québec. Bien que quelques images soient mal placées par rapport au texte et sans information (l’inculte ne saura pas toujours ce qu’elles montrent), la lecture s’avère informative, intéressante et divertissante.

Le livre n’est pas distribué dans toutes les bonnes librairies. Le mieux est de visiter leur site Internet (www.consdep.info) pour en voir la liste. Pour comprendre Québec, ce livre est, je crois, inévitable.

2 commentaires
  1. Livre Quebec dit :

    Il faut du cran pour s’attaquer à des institutions ou démolir l’image d’une ville qui se veut progressiste. Dans le même ordre d’idées, j’en profite pour signaler l’existence d’un ouvrage dû à Foulque d’Origny, Le pays sans volets aux volets jamais clos. Ce immigré, résidant depuis plusieurs années au Québec, entreprend de dépeindre l’envers du décord, de faire une critique acerbe non dénuée d’humour d’un Québec “plein de lui-même” dont les habitants semblent “marcher sur la tête”. Tout est passé en revue, des démarches pour obtenir un CSQ (certificat de sélection du Québec), en passant par la demande de résidence permanenent jusqu’aux expériences faites au quotidien des institutions et de la société québecoise. Délicieux.

  2. Livre Quebec dit :

    Et la référence, que j’ai omis de mettre:
    http://www.le-pays-sans-volets.com

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