27 février 2008
Arnaud Cordier
Laborantin patenté, Maxime Robin touche à tout avec minutie et dévotion. Tantôt kinoïste assidu, tantôt organisateur de soirées, le directeur section hip-hop de CHYZ 94,3 FM, la radio de l’Université Laval à Québec, se clone à longueur de semaines. Depuis ses premières armes dans son bastion natal de Trois-Rivières, Maxime Robin a su fructifier son pragmatisme au gré de ses multiples activités artistiques.
Tu es revenu à Québec l’an passé. N’étant pas originaire de cette ville, pourquoi cette relocalisation dans la Vieille Capitale?
En fait, j’ai étudié à Québec, je connaissais déjà pas mal la ville. Avant ça, je restais à Trois-Rivières avec d’incessants allers-retours vers Montréal. Revenir ici devenait évident pour moi. J’aime Trois-Rivières, mais ça devenait frustrant de devoir toujours expliquer ce que je faisais, de ne pas pouvoir exprimer pleinement ma démarche. Et les opportunités sont moins nombreuses qu’à Québec. On m’associait au hip-hop traditionnel, que j’aime aussi, celui qui fait encore peur à beaucoup de gens, «du hip-hop? moi je veux pas de problèmes ici…», tu vois le genre de commentaires faciles. Alors après, faut justifier les nuances, c’est lassant. Même à la radio universitaire de Trois-Rivières, je n’arrivais pas à trouver ma place.
Donc tu arrivais ici en terrain connu?
Je connaissais déjà beaucoup de personnes et les gens de CHYZ ont été extra. Ils m’ont tout de suite demandé d’être leur directeur musical hip-hop. Je connaissais aussi Anachronic XP, on a monté une émission Hip Hop Is Dead avec Émile Gauthier ainsi que les soirées du même nom. Dernièrement, on se concentre sur la radio et on a mis de côté les soirées. On n’est pas des bons organisateurs.
Outre la musique, tu produis des films pour les soirées Kino…
Depuis 6 ans déjà, je présente des animations régulièrement même si je ne suis pas le super spécialiste du genre. Je fais parfois du montage vidéo et bien sûr de la musique. Je touche un peu à tout ce qui me plaît et c’est l’essentiel. J’ai pas un seul domaine, ça peut avoir ses inconvénients mais ils ne sont pas majoritaires.
Prépares-tu l’après-Maxime Robin Is Town Tempo Kind Of Guy?
J’essaie de le sortir ailleurs en envoyant des copies à gauche et à droite. Je prépare le terrain afin d’avoir une structure qui me permettra aussi de sortir le prochain album sans souci de distribution. Entre le moment où j’ai produit l’album et sa sortie, j’étais déjà ailleurs. J’aimerais une sortie qui collerait plus à ma production en termes de temps.
Est-ce que tu aimes le live? En fais-tu souvent?
Je n’ai pas fait beaucoup de live en rapport à l’album. Quand tu regardes ça, en fait pour le genre de musique que je fais, du hip-hop instrumental, je ne vois pas l’intérêt de reproduire de façon identique le matériel de l’album. Il n’y a pas vraiment de challenge et c’est un peu ingrat pour les gens dans la salle. Je ne suis pas un passionné du live, à moins de transformer la musique, de la manipuler différemment, d’y ajouter du visuel. Et puis je suis rarement revenu d’un show avec de l’argent.
Je me souviens d’une prestation où en fin de set tu expliquais aux gens comment tu montais une pièce à partir d’un sampling des Chemins d’été de Steve Fiset et comment tu y ajoutais des effets, tu la coupais pour finalement aboutir en pièce électro hip-hop. Une démarche ludique et didactique vraiment rare…
J’aime pouvoir expliquer comment ça se passe pour construire une pièce, le processus de transformation. J’ai toujours aimé décrire plus qu’accomplir. Je ne suis pas instrumentiste ou virtuose. C’est plus facile avec une guitare de montrer ce que l’on sait faire, d’épater la galerie par rapport à un quelqu’un qui est derrière un laptop et un beatbox.
Quel est ton regard sur le hip-hop québécois?
Y’a des bons trucs et j’y vois une certaine maturité dans le sens où les groupes savent où ils vont. Ils ont trouvé leur formule de prédilection. On constate aussi deux courants: le hip-hop plus traditionnel qui découle de gens comme Muzion et Sans Pression et celui de nouvelles avenues avec Omnikrom, Les Robots De La Rime, Gatineau et NulSiDécouvert. Ces derniers ne proviennent pas nécessairement du hip-hop mais par contre ils connaissent «leur hip-hop» parfois plus que des gens tagués hip-hop. Ce qui est parfois regrettable, c’est le peu de reconnaissance qui va avec la démarche pourtant encensée à l’extérieur du Québec. Des gens comme Ghislain Poirier ou Kid Koala demeurent encore très marginaux alors qu’ils tournent partout sur la planète. (Arnaud Cordier)
www.maximerobin.com
Jeudi 20h et samedi 12h – CHYZ 94,3 FM (Québec)