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Je zappe et je mate
On pourrait discuter longuement de la refonte majeure chez TQS, du service de l’information qui a été passé au napalm par l’ami de cœur de Karine Vanasse et par un ancien goon de ligue de garage (respectivement les frères Maxime et Julien Rémillard, nouveaux proprios du Mouton noir). Tout a été dit et redit sur ces suppressions massives d’emplois (surtout en région) et sur l’importance de la diversité des points de vue en matière d’information. Toutefois, sujet aussi grave soit-il, ce n’est pas d’une fermeture de salle de nouvelles dont j’ai envie de discuter avec vous aujourd’hui, mais bien de musique. Parlons davantage de magie, si vous voulez bien. Car oui, à l’ère du zapping extrême et du téléchargement illégal, il est encore possible d’être encore émerveillé de nos jours. Le 19 avril dernier, j’ai eu la chance d’assister à un concert qui entrera sans doute dans les annales de la petite histoire de la scène locale québécoise. Par un samedi soir de séries éliminatoires, dans un Petit Campus bien tassé, j’avais rendez-vous avec les légendaires Vent du Mont Schärr, un groupe mythique montréalais qui a connu son heure de gloire vers la fin des années 80. Véritable pionnier d’une scène musicale alternative inexistante, ce groupe outrancier, qui faisait figure de véritable ovni aux yeux des bien pensants de l’époque, a accepté de remonter sur scène pour un soir seulement, les quatre membres originaux ayant mis de côté leurs différends respectifs pour ainsi offrir aux fans de la première heure (et pour les jeunots comme moi!) un premier concert après plus de 18 ans de mutisme. Après une performance très beige de KidSentiment et le bubble gum efficace des Prostiputes (sans rancune, mais je me demande si un groupe comme WD-40 n’aurait pas mieux fitté dans le décor), on a senti la fébrilité monter de plusieurs crans dans la foule, un public clairsemé composé de punks quadragénaires casés et de plusieurs jeunes curieux qui connaissaient le groupe de nom et de réputation (j’en suis). À l’époque où la bande du chanteur Jean-Luc Bonspiel foutait sans vergogne la marde aux Foufs, le ti-cul que j’étais vibrais aux rythmes des chansons de Passe-Partout et rêvais de faire un tour dans la DeLorean volante de Marty McFly. Jamais j’aurais pensé cependant être capable un jour de pouvoir faire un retour dans le temps, de pouvoir réellement monter dans cette machine, question d’aller vivre de l’intérieur les époques qui me semblent aujourd’hui beaucoup plus stimulantes que la nôtre, bien tranquille et grande adepte du recyclage créatif. Je l’admets, j’ai le recul rétro, et à travers mes lunettes roses, le mélomane que je suis trouve tout ce qui est vintage toujours plus cool que ce qu’il peut être en réalité. Quand même, étant un passionné de musique québécoise, je me considérais privilégié de pouvoir assister à un concert d’une telle envergure. Avec ce retour surprise de VDMS, c’est toute la frange punk post-référendaire des années 80 que j’avais la chance de côtoyer l’instant d’un spectacle. À l’époque où l’industrie de la musique baignait dans la grisaille la plus complète, où la jeunesse musicale francophone désabusée s’affranchissait de plus en plus dans une langue qui n’était plus le français, un groupe comme VDMS a réussi à donner une voix à tous ces marginaux qui ne se reconnaissaient pas dans les Dubois, Boulet, Séguin, Corcoran et compagnie. Des monstres sacrés d’une industrie hermétique, très réfractaire aux artisans d’une musique moins conventionnelle. Je comparais ce contexte socioculturel avec le mien, celui des années 2000, et je me demandais de quelle façon un tel groupe pouvait seulement espérer exister. Je ne dis pas que c’est nécessairement plus facile aujourd’hui, mais dans ce temps-là, tout était à bâtir, il fallait défricher. C’est fascinant en soi. Quand j’ai vu Bonspiel se pointer sur la scène, sapé d’un pyjama en flanelle et d’une cagoule de bourreau, j’ai compris pourquoi son groupe ne cadrait pas dans les plans d’institutions bureaucratiques plus standards. Ils devaient en faire chier plus d’un, ces gaillards. Je regardais autour de moi et la foule s’est enflammée en moins de deux. Déjà, je me sens automatiquement catapulté aux Foufs, quelque part en 1987; j’avais l’impression de faire partie d’un moment crucial. Même la guitare sonnait 80s! Les vieux se sont mis à chanter en chœur les paroles de TOUTES les chansons, dansaient tous intensément comme s’ils avaient rajeuni de 20 ans… Moi qui étais complètement néophyte, j’ai été séduit par ces chansons irrévérencieuses («Quel anus y faut que j’suce pour passer mon clip à MusiquePlus») et par cette musique loin d’être piquée des vers (très bonnes guitares de Alan Lord). Pas de doute, ces quatre croûtons bedonnants et grisonnants ont réussi à me faire vibrer. Voilà pour moi ce qu’est la magie: réussir à se déplacer dans l’espace, renouer avec le passé, sans avoir recours à une machine à voyager dans le temps. Vivre dans le passé une fois de temps en temps, ça t’aide à savoir où tu t’en vas, non? Aussitôt le spectacle terminé, la foule s’est dissipée lentement, encore sous le choc. Après plusieurs longues minutes, je vois enfin le groupe sortir de coulisses. Derrière les musiciens et leur équipement, je vois Bonspiel sortir à son tour. Pantalon en gros corduroy vert forêt, chemise noire simple rentrée dans son pantalon, petits souliers de cuir bruns… J’avais l’impression d’être en face d’un commis comptable de province. Malgré mes efforts, ma cruelle réalité venait de me rattraper. «T’es en 2008 bonhomme», me dis-je. Merci de me le rappeler.
Un commentaire
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14 mai 2008
Haha! Un “djeune” qui est curieux! Il en faut plus comme toi! Cela dit, tu connais sans doute le dicton: “l’habit ne fait pas le moine” (dans le cas de Bonspiel il y a 18 ans on aurait pu dire “la bitte ne fait pas le moine”). Donc, c’est pas parce qu’on a l’air straight qu’on est sage! Mais là encore, c’est pas parce qu’on est “vieux” qu’on doit nécéssairement avoir l’air straight. Soyons fous jusqu’au bout!
the brat