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L'abominable homme des cons
Tout ce qui est dégueulasse porte un joli nom – Alain Leprest Il n’aura fallu que deux semaines et à peine cinquante mots au nouveau chroniqueur du Ici, Pierre Falardeau, pour semer la pagaille et ainsi faire la manchette sur à peu près tout ce qui se fait comme tribunes médiatiques, des blogues et forums les plus obscurs de l’interzone au gros show de plogues télévisés du dimanche soir. Ce sont deux toutes petites phrases à propos de David Suzuki – qui a eu le malheur de s’inquiéter à haute voix à propos des intentions de vote des Québécois – qui ont mis le feu aux poudres et fait exploser le pétard de la polémique: «Un petit japanouille à barbiche, un autre emmerdeur de la côte Ouest, véritable professeur Tournesol de l’écologisme bien-pensant, débarque à Montréal pour nous dire, en anglais, qu’il est déçu des Québécois. Reste donc chez vous, chose, pis crisse-nous patience avec ton mépris colonialiste.» Pour certains, à l’instar de Marc Cassivi, chroniqueur culturel de La Presse, une conclusion s’impose: Pierre Falardeau est raciste. «C’est la conclusion à laquelle on en serait venus si un chroniqueur de l’Alberta avait traité Hubert Reeves de Little Bearded Frog», écrivait-il en réaction à la chronique de Falardeau. Or, rien dans ce petit extrait trié sur le volet ne permet de parvenir à une telle conclusion. Il ne suffit pas d’être intolérant ou méprisant pour être raciste. Il faut carrément être persuadé qu’il existe quelque chose comme une «hiérarchie des races», que certains individus humains, de par leur patrimoine génétique ou leur origine ethnique, sont «inférieurs». Dans cet épisode du vaste téléroman de l’opinion publique, on a accordé beaucoup de valeur à la simple insulte «petit japanouille à barbiche» alors que le réel poids des mots ne se situe nullement dans cette simple boutade mais bien dans la phrase qui suit: «Reste donc chez vous, chose, pis crisse-nous patience avec ton mépris colonialiste». C’est en saisissant bien le sens de cet énoncé qu’on peut comprendre que Pierre Falardeau n’est pas raciste. C’est un nationaliste. Ce n’est pas nécessairement plus agréable ou plus joli. Certes, le nationalisme est une idéologie, c’est un autre dangereux -isme qui justifie bien des conneries telles que du mépris et de l’intolérance, mais c’est autre chose. La connerie n’est pas un bloc monolithique. C’est une chose complexe. Le raciste classe les individus humains au sein de diverses catégories raciales et attribue à ces dernières une valeur d’infériorité ou de supériorité, de la moins bonne à la meilleure qui est, bien évidemment, celle dont il fait partie. Le nationaliste procède tout autrement. Il ne s’embarrasse pas d’un tel classement compliqué. Pour lui, il n’existe que deux catégories: «chez nous» et «chez vous». Ces deux catégories permettent d’en décliner plusieurs autres qui varient selon les contextes. Dans le cas qui nous occupe, par exemple, on parlera des francos et des anglos, du Québec et de la côte Ouest, des colonisés et des colonialistes. C’est à partir de cette simple division que le nationaliste peut ensuite justifier son mépris et son intolérance. Pour lui, ceux qui se retrouvent dans la catégorie du «chez vous» ne sont pas meilleurs ou moins bons, inférieurs ou supérieurs, ils ne sont tout simplement pas «chez nous». Ça lui suffit. Quelques jours après la publication de sa chronique et à la suite des réactions de Marc Cassivi, Falardeau a été invité par Denis Lévesque sur les ondes de LCN pour s’expliquer. Il en a remis une couche: «Charles Taylor, vociférait-il, tout le monde dit: “wouahhhh”… J’en ai rien à crisser moi, c’est un bloke de McGill, c’est ça son problème». Et voilà… C’est simple comme une recette de crêpe, mais pour Falardeau, c’est suffisant: le problème de Charles Taylor et de Suzuki, c’est qu’ils ne sont pas «chez nous». Taylor n’est pas un francophone qui enseigne à l’UQAM, mais un «bloke de McGill». C’est donc un con. Dans un cas comme dans l’autre, qu’il s’agisse du philosophe ou du généticien écologiste, il n’est nullement question de les mépriser parce qu’ils seraient d’une race inférieure, mais bien parce qu’ils occupent une «position politique» autre. Il faut comprendre ici la notion de «position politique» au sens propre, presque géographiquement; ils se situent «ailleurs», pas «chez nous». C’est la notion de territoire qui est ici en jeu et non celle de la valeur de l’origine ethnique. On peut dire bien des choses à propos de Falardeau, qu’il est un pauvre type colonisé mal engueulé, un daltonien politique qui voit tout en noir et blanc, un vieux con pour qui ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous et bien des choses encore… Mais en toute honnêteté intellectuelle, rien ne nous permet de le traiter de raciste.
5 commentaires
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7 novembre 2008
Heille dude, c’est pas Souchon qui chantait ça, mais bien Jean-Louis Foulquier. Paroles d’Allain Leprest.
7 novembre 2008
Alex a dit : “Heille dude, c’est pas Souchon qui chantait ça, mais bien Jean-Louis Foulquier. Paroles d’Allain Leprest.”
Que le grand crique me croque la craque!
Tu as raison!
Merci! Je corrige à l’instant!
(pour ceux qui suivront la conversation dans le futur, j’avais attribué la chanson “tout ce qui est dégueulasse porte un joli nom à Souchon…!)
Honte à moi!
Mea Culpa!
Splendide chanson, by the way :
http://www.youtube.com/watch?v=jsbU9Rn9qLs
S.
14 novembre 2008
Hey Simon. Patrick Bourgeois a pas aimé ton texte ça l’air. :-). En tout cas, si tu écoutes son émission de radio il a l’air en beau côlisse. :-)
http://ww2.coalitionsouverainiste.com:81/Video.aspx?video=parlonspolitique13112008.wma
Écoute vers la fin vers le 3/4.
Je suis certain que tu vas aimer.
14 novembre 2008
Indépendant a écrit : “Hey Simon. Patrick Bourgeois a pas aimé ton texte ça l’air. :-). En tout cas, si tu écoutes son émission de radio il a l’air en beau côlisse. :-)”
Oh! Merci Indépendant. Pour le moins divertissant, en effet :-)). Ça fait toujours chaud au coeur ce genre de commentaires de Patrick Bourgeois.
“Rien n’est plus voluptueux pour un pas con que d’être pris pour un con par un con.”
- Frédéric Dard (San Antonio)
S.
14 novembre 2008
maudit qu’est bonne.. ;))) C’est vraiment drôle de l’entendre déblatérer…