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Reportages et entrevues
14 mars 2008
Stéfane Campbell

Après vingt ans à piocher un punk rock mélodique qui a aujourd’hui fait école, les membres de Pennywise ont voulu réinventer leur approche. Sans pour autant adoucir la donne comme plusieurs de leurs congénères, les Californiens, tous bien ancrés dans la quarantaine, ont plutôt été aux antipodes des pulsions pop – vers quelque chose d’autrement plus abrasif. En processus, ils ont par ailleurs délaissé leur label (Epitaph) après dix-huit années de loyaux services pour se tourner vers le tout jeune MySpace. Et ils ont décidé de donner gratuitement le nouvel opus, Reason to Believe, sur le site de leur nouveau label d’accueil, tel un juste retour des choses selon les principaux intéressés. Le très loquace Randy Bradbury, bassiste de la formation, nous explique les grandes lignes de leur démarche et jette par ricochet un regard sur les enjeux et remous politiques qui contaminent leur rage et leur musique. Aujourd’hui comme hier.

Tout pour les fans
«C’est un projet que nous avions en tête depuis des années. Nous en discutions souvent entre nous sans pour autant avoir les moyens à notre disposition pour y arriver. Il nous importe peu au final de savoir par quel moyen les gens mettent la main sur notre musique. Ultimement, le principal est qu’ils y aient accès. Et puis avec le téléchargement illégal, il est devenu ridicule de vouloir garder un contrôle absolu, ça ne s’applique tout simplement plus.» Voilà en somme les bases de la réflexion qui s’est engendrée au sein du quatuor originaire de Hermosa Beach. Au sujet de la guerre contre le téléchargement, il en ajoute d’ailleurs une couche. «J’ai l’impression que ce combat au sein de l’industrie – et surtout les majors, bien entendu – est arrivé à un point de non-retour à partir duquel il devient ridicule de s’y opposer. C’est devenu aussi absurde que si l’on s’acharnait à combattre le lever ou le coucher du soleil.» Puis, il nuance. «Tout reste bien sûr à faire. Il y a tout de même des labels, des distributeurs et disquaires indépendants qui en souffrent, s’ils ne ferment pas carrément leurs portes. Et nous faisons tout en notre possible pour contrer les méfaits en offrant des produits exclusifs à ces derniers, etc.»

Ainsi faut-il, selon le musicien, intervenir sur le terrain sans toutefois chercher à abattre la bête. L’industrie doit plutôt chercher à l’inclure dans l’équation, à en extraire les nouvelles avenues qu’elle offre. Du coup, l’idée de distribuer une première version de l’album gratuitement devenait non seulement plausible mais pertinente. «Nous sommes fiers de l’album et sommes d’autant plus excités à l’idée de le partager avec les gens qui nous supportent depuis plusieurs années. Il y a un peu de cela aussi. Certains de nos fans nous suivent depuis près de vingt ans, c’est un peu une forme de remerciement. Lorsque les gens du nouveau label nous ont approchés, l’idée germait depuis un bon moment et nous avons négocié, parfois à couteaux tirés, pour en arriver à un accord. C’est devenu une soupape par laquelle notre principal argument fut certainement d’honorer les fans.» Quelque chose nous dit que personne ne s’en plaindra.

Musique symptomatique
Va pour les moyens de distribution qui jettent une nouvelle lumière sur l’entreprise mais qu’en est-il après vingt ans du cœur de celle-ci? Comment abordent-ils le médium même? «Au niveau du son, nous resterons toujours un groupe agressif. Et c’est un élément qui peut être parfois difficile à transmettre avec le travail de studio. Nous avons fait un travail conscient afin d’y améliorer le plus possible notre son. C’est surtout une question qui joue plus dans les subtilités car nous ne dévions jamais vraiment du genre musical initial. Et nous avons choisi Cameron Webb (le réalisateur de l’album) exactement pour ces raisons. Il est capable de saisir ce côté brut de notre son, ce qui au final projette une idée d’ensemble plus rough.» Un côté qui surprend effectivement à la première écoute de ce dernier (et neuvième en carrière) opus: une nette tendance à aller vers des arrangements plus lourds, par moments carrément métal. «S’il y avait un moment fort durant le processus de création à mentionner, je dirais One Reason pour son intro qui sonne comme du pur métal. Plus on la répétait, plus elle prenait du panache, et elle est devenue une des pièces phares du lot». Un morceau qui, sans trop dévier de la ligne de conduite principale, en fera peut-être sursauter quelques-uns.

Du coup, les thèmes abordés, au même titre que la musique, ne dévient pas trop eux non plus du «corps d’étude» de la formation née des cendres de la vague punk californienne de Minor Threat et TSOL. Et avec les secousses qui sévissent sur le plan politique et social chez nos voisins du Sud actuellement, tout semble les appeler à poursuivre leur quête. «Les questionnements évoluent suivant l’éducation. Il y aura toujours de bonnes raisons d’être enragé mais avec les années, ça devient plus un moteur à vouloir accomplir quelque chose en réaction à cette rage. Il est aussi question de mieux cerner les enjeux des problèmes, du pourquoi l’on se sent d’une certaine façon face à telle situation. Et ce n’est plus un secret pour quiconque: l’administration au pouvoir n’a clairement pas les intérêts des citoyens à cœur.» Une époque qui plante donc fermement un décor et une musique qui en devient sa trame sonore. Et ce bien qu’il soit désormais convenu d’émettre un statement anti-Bush. «Il fallait effectivement composer avec le facteur de mode qui y est rattaché, penser à une nouvelle approche sous peine de sombrer dans les clichés pop. Nous ne voulions surtout pas nous acharner sur des questions déjà révolues. Et si les gens ont l’impression que nous réécrivons la même chose depuis 20 ans, ils n’ont qu’à se questionner sur l’évolution des enjeux. Nous parlons tout de même de ce qui nous entoure.» Et des raisons d’y garder espoir. (Stéfane Campbell)

Reason to Believe téléchargeable gratuitement dès le 25 mars 2008 au www.myspace.com/pennywise.

www.pennywisdom.com

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