11 mai 2008
André Péloquin
Samedi après-midi dans un parc crade du Plateau, le soleil fait fondre les dernières neiges alors que trois des quatre membres du groupe rap Payz Play se rappellent Atach Tatuq, discutent de leur album à venir et s’avancent notamment sur l’état du hip-hop au Québec. Moi? J’écoute, tout simplement…
Donc, Payz Play est né des cendres d’Atach Tatuq, c’est bien ça?
Égypto: Pas vraiment. Le nom est venu après, mais nous on collaborait déjà ensemble avant Atach Tatuq.
RU: Le groupe s’appelait Son2PT.
Égypto: Mais Payz Play découle quand même d’Atach Tatuq.
Atach Tatuq a roulé sa bosse pendant 9-10 ans. Vous avez gagné un Félix, vous avez fait les FrancoFolies, etc. C’est pas un peu stressant de repartir à neuf?
RU: Un peu, tsé. Y’a une partie stressante, mais aussi libératrice. C’est notre album. On se retrouve sur toutes les tounes. On décide de tout. C’est mieux pour la création lorsque tu fais partie d’un collectif pis que tu te retrouves avec juste une toune.
Égypto: C’est motivant aussi. Oui, on recommence à zéro. Oui, c’est une nouvelle approche pour nous. Oui, on n’a aucune idée de comment ça va être accueilli, mais je trouve cette part de risque motivante au niveau de la création. Pis comme RU le dit, c’est un groupe, pas un collectif. Je crois qu’on peut pousser la démarche artistique encore plus loin. En même temps, on est vraiment contents de l’album.
RU: Côté contrôle de qualité, je nous ai toujours fait confiance, même avant qu’on enregistre. C’était pas un cas de «Oh! La barre est trop haute avec Atach Tatuq!». En ce qui me concerne, c’est meilleur.
Égypto: Mais tout ça, c’est relatif. C’est une question de goût, la musique. Pour moi, c’est clair, car c’est ce que j’aime faire et c’est que j’aime entendre alors…
Alors qu’Atach Tatuq était plus funky, vous revenez avec un son très électro, très club. Ça vous vient d’où, ça?
Naes: C’est lié à ce qu’on écoute depuis les deux dernières années pis le fait d’être DJ. Déjà dans les after partys d’Atach Tatuq, on mêlait déjà des affaires. Ce n’était plus juste jouer des tounes de Nas pis de Wu-Tang. Un moment donné, faut que ça bouge! C’est le fun d’avoir un album d’écouteurs, mais c’est aussi le fun en show qu’il se passe de quoi pis que le monde embarque, pas juste rester debout pis écouter. C’est un peu ça l’idée derrière Payz Play.
RU: C’est tellement nouveau tout ça qu’on dirait qu’il n’y a pas de connotation pour. Alors chaque fois qu’un rap est un peu différent, c’est étiqueté comme de l’électro rap. Prends Spank Rock pis Kanye West par exemple, pour moi c’est deux trucs différents, mais on lit souvent que c’est du rap électro. C’est comme dans le temps du métal où t’avais plein de sous-genres qui en découlaient et que tout se retrouvait finalement dans la section death metal, genre. Pis si tu mets du keyboard dans une toune, tu fais automatiquement de la musique des années 80!
Naes: J’imagine que le monde qui entend le premier extrait va entendre juste du keyboard pis se dire que c’est à la nouvelle sauce, mais ça demeure du sampling de vinyles. Des vieux trucs obscurs des années 60, genre! Dans le fond, c’est le même procédé qu’avec Atach Tatuq. C’est juste qu’on a plus de temps pour les arrangements cette fois-ci pis on complétait au besoin avec des claviers vintage avec Sandy Belfort qui joue avec Paul Cargnello, François Lafontaine de Karkwa, Seb Ruban qui est guitariste de DJ Champion pis qui a réalisé notre album, etc. Tout a été capté sur du tape. Ça apporte quelque chose de plus… organique à l’affaire, tsé.
RU: Naes, y’é old school. Lui, il faisait des beats avant qu’on sorte des logiciels pas cher pour les ordinateurs. Y’a des vrais drums aussi. J’ai joué dessus! J’veux mes crédits!
Pour en revenir aux étiquettes, autant Omnikrom qu’Annie Dufresne avec son projet Électro Lise sont considérés comme de l’électro rap dans certains médias. De votre côté, y’a une chanson sur votre album qui s’appelle Hip-Hop Is (Really) Dead et c’est la seule sans paroles. C’est un constat ou quoi? Bref, quel est votre avis en ce qui concerne la scène hip-hop québécoise? J’ai l’impression qu’avec les Radio Radio et Gatineau, la zeitgeist urbaine du genre est en train de se perdre au profit du champ gauche…
RU: Moi j’ai habité un mois à New York le temps de vendre des esties de sapins de Noël. C’est délicat, mais j’ai réalisé que vu que le rap y est né et que ça fait tellement longtemps que ça y est instauré, que c’est normal d’écouter du rap… même pour le gars qui travaillent sur Wall Street.
Égypto: C’est dur à comprendre d’ici, mais une fois là… ça se sent, c’est dans le béton.
RU: Ici, c’est encore marginalisé un peu. J’pense pas qu’on peut dire que ç’a été oublié parce que je me demande si on s’est trouvé en fait. D’un autre côté, t’as des gens hyper puérils qui restent accrochés sur certaines affaires mais qui ne savent pas ce qui venait avant ou après, pis de l’autre t’as des œillères qui se font et des idéaux qui se créent.
Parlons de collaborations. On retrouve autant Carole Facal de DobaCaracol que les gars d’Omnikrom sur votre album. Comment en êtes-vous venus à collaborer avec des personnes qui semblent à première vue être complètement aux antipodes?
RU: Pour la toune avec Carole, on ne savait pas quoi en faire, on était trop plongé dedans.
Égypto: Ça s’est quand même écrit sur un an et demi, cet album-là! Pis Carole, c’est la copine à Seb.
RU: On lui a donné, sans attentes. Super motivée, elle s’est enfermée pendant deux jours dans son booth. Elle revient, pas sûre d’elle et dit: «Chus pas sûre que vous allez aimer ça» pis na, na, na. On s’assoie, on l’écoute pis «WOOHOO»! Ç’a été notre porte de sortie!
Égypto: Pour la toune avec les gars d’Omnikrom, c’était tout d’abord une maquette qu’on traînait avec nous depuis genre deux ans. On ne peut pas vraiment dire qu’on l’a fait parce que la hype est là.
RU: On les a tout d’abord croisés au Gala MU. On a ensuite fait un show avec eux au Quai des Brumes. Je les checkais sur scène pis je trouvais qu’ils amenaient du nouveau, tsé. J’aimais ça. Ça s’est fait naturellement, Jeanbart a commencé à hanger out avec nous autres pis ça s’est fait comme ça…
Égypto: C’est bon d’avoir des personnes extérieures qui se greffent au projet. Elles peuvent faire autre chose que nous, tsé.
RU: Je nommerai pas de noms, mais y’a ben du monde qui faisait pas de rap pantoute qui nous ont approchés pis pour eux autres, faire une toune avec des rappeurs, ça leur donnait l’occasion d’essayer de faire du rap, mais nous autres, on veut ce qu’il y a de meilleur dans l’artiste. Moi, si une artiste «notorieuse» vient me voir pis me dit: «Oh, vous faites du rap! Ok, j’vais essayer d’en faire avec vous autres!», moi ça me fait chier. J’essayerais pas de faire du folk avec elle, tsé. C’est pour ça que j’ai aimé l’approche de Carole. Elle a amené ce qu’elle savait le mieux faire pis elle s’est donnée à fond.
Finalement, Payz Play en spectacle, ça ressemble à quoi? J’m’excuse d’y revenir encore, mais Atach Tatuq sur scène…
Égypto: Excuse-toi pas. On vient de d’là. Ça nous a aidés, ça. Je me plaindrai pas de c’te lien-là. Sans ça, on partirait à zéro pour vrai pis on aurait la chienne! Mais pour répondre à la question… Ouin, Atach Tatuq, y’avait des décors, des changements de costumes, huit chanteurs, alors c’est sûr qu’on n’aura pas la même approche, mais c’est clair qu’on garde un côté visuel et conceptuel en show. La grosse différence, c’est que les deux DJ prennent beaucoup, beaucoup de place. Autant que les MC. Pis y’a RU qui joue du drum aussi, on pousse beaucoup le côté musical. (André Péloquin)
Payz Play en magasin dès le 27 mai.
www.myspace.com/payzplay
En première partie de Numéro et Figure8:
6 juin – Cabaret Box Office (Drummondville)