CHRONIQUES
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L’inconfort et la différence.
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Du haut de la king
6 juin 2008
Dominic Tardif

J’ai 14 ans et déjà quelques disques dont je veux purger ma discothèque. J’avais piètrement vécu mes premiers émois sexuels en compagnie des Spice Girls. J’entre dans le Musique Cité, presque au haut de la King, le cœur plein d’espoir qu’un désœuvré disquaire me donne quelques billets en échange de ma boîte de disques dédaignés. «Je viens pour vendre des disques.» «On n’achète pas de disques ici, on ne vend que du neuf.» «Ah oui, c’est récent?» «Oui, très récent», s’esclaffe le type derrière le comptoir, un peu plus de 40 ans. Ce disquaire plein de répartie, que j’avoue avoir trouvé un peu insolent à l’époque, c’est Sylvain Lecours, celui-là même qui aura la chance de souffler sur le gâteau d’anniversaire ou de faire sauter le bouchon du champagne marquant les cinquante ans du Musique Cité.

Si je comprenais mal à 14 ans pourquoi le type derrière le comptoir était aussi fier de me dire que son magasin grand comme une boîte de chaussures ne vendait que des disques neufs, j’en comprends maintenant mieux les raisons. Aujourd’hui, à 21 ans, je me rends chez le dernier disquaire indépendant de Sherbrooke par esprit citoyen oui, mais essentiellement parce que Sylvain Lecours est une des personnes les plus divertissantes que je connaisse. J’écris divertissante, mais le mot qui décrit le mieux Lecours est entertainer. Exemple: j’entre chez Musique Cité il y a quelques mois pour commander un album des Raspberries. Je décline le nom du groupe et Lecours de me répondre sans même vérifier dans l’ordinateur: «non je ne peux pas commander ça, on n’est pas dans la saison des framboises», un grand sourire espiègle dans le visage. Suite des événements quelques semaines plus tard alors que je me repointe chez Musique Cité impatient. On ne m’a toujours pas téléphoné pour m’aviser de la réception dudit disque. Que s’empresse de faire Sylvain Lecours? Téléphoner devant moi au distributeur pour l’enguirlander: «oui John [nom fictif], j’ai un client devant moi là qui me fait des menaces pour avoir ses framboises, même si je lui ai dit qu’on n’est pas en saison». Sylvain Lecours, c’est également l’homme d’affaires incapable d’aller livrer sèchement ses récriminations à propos de la propreté du centre-ville au maire Perrault, préférant les lui transmettre sous forme de poème. Le même éternel adolescent qu’on croise dans une salle de concert avec à la ceinture une boucle-tableau d’affichage où défile en grosses lettres rouges MUSIC CITY (c’était d’ailleurs le nom du commerce avant l’adoption de la loi 101).

Un peu comme au bar où on boit trop pour ne pas être soupçonné d’être là uniquement pour draguer la barmaid, on achète des disques chez Musique Cité pour ne pas être soupçonné d’être venu uniquement pour rire avec Lecours. En attendant la mort du disque compact qui lui permettrait enfin de se consacrer à l’écriture du one-man show que je lui réclame depuis notre première discussion post-Spice Girls, il en coûte environ entre 12$ et 25$ pour en entendre un extrait inédit au 169 King Ouest.

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