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L'abominable homme des cons
L’associatite aiguë est une maladie que je crains comme la peste. Je ne sais pas si c’est contagieux, si on peut en mourir ou comment on l’attrape, mais j’ai connu des individus gravement atteints. Les premiers symptômes sont faciles à repérer: la personne devient membre d’à peu près tout ce qui se fait comme coopérative, mouvement de solidarité, association ou union de je-ne-sais-quoi-encore. À un stade plus avancé, la personne infectée devient membre de multiples conseils d’administration, se pointe dans une quantité effarante de réunions et de colloques et ne parle que de ça. En phase terminale, le sujet atteint n’est carrément plus supportable. Il ne peut prononcer trois mots sans tenter de vous vendre une carte de membre, vous inciter à joindre les rangs à grands coups de slogans creux du type «l’union fait la force» et se mettre carrément à ressembler à un alcoolique anonyme qui répète sans cesse «on est capable, on est capable…». Fort heureusement, j’ai aussi rencontré des gens qui, au contraire de ces individus qui souffrent de cette sorte de membership pathologique, étaient de réels travailleurs de terrain… Ils sont beaucoup plus rares mais sont faciles à identifier. Ils ne la ramènent pas à toutes les minutes à grands coups de so-so-solidarité, ils oeuvrent, souvent silencieusement et discrètement, pour le bénéfice d’une communauté et prennent à cœur la cause pour laquelle il travaillent. Ils ne s’éparpillent pas d’association en association jusqu’à plus soif. Ils choisissent un dossier, un seul, et en deviennent de réels spécialistes, des références. Si j’avais à citer un seul exemple de ces travailleurs de terrain, le meilleur selon moi, ce serait Cynthia Bellemare qui travaillait jusqu’à tout récemment à la SOPREF. Jusqu’à tout récemment puisqu’elle n’y est plus… Elle travaille depuis peu pour le Conseil des arts de Montréal en tant que coordonnatrice du projet Outiller la relève artistique montréalaise. Si Cynthia arrive à se démarquer dans ce petit monde de la scène locale alternative, c’est justement parce qu’elle semble être immunisée contre l’associatite aiguë… Cette maladie ne l’atteint pas. Le gros avantage de Cynthia, c’est qu’elle n’est pas elle-même une musicienne, mais bien une mélomane. C’est une passionnée de musique et de création. Elle a toujours fait ça… Plus jeune, elle s’est inscrite au Cégep de Saint-Laurent en arts plastiques, non pas pour devenir peintre, mais bien pour prendre part à la radio étudiante et faire jouer de la musique… Cette anecdote définit bien le réel désir qui semble avoir toujours habité Cynthia: faire jouer de la musique. Faire jouer de la musique… C’est ce qu’elle a toujours fait depuis. D’abord à CISM, à l’Hémisphère Gauche et aux Disques Farmer, comme premiers boulots, et ensuite à la SOPREF où elle a travaillé les sept dernières années à titre de directrice du service aux membres. C’est ainsi qu’elle est devenue Miss Scène Locale, et pour cause… Cynthia, c’était celle qui effectuait, année après année, son fameux recensement des productions locales – qui sert notamment de premier dépouillement pour le GAMIQ et le MIMI – à force de fouiller les journaux, les envois courriels de groupes nébuleux, minutieusement, religieusement même, sans jamais avoir l’air de trouver cela laborieux (même si on peut parier que ce l’était…). En plus de ce recensement annuel, elle a œuvré à la production des compilations Québec Émergent, elle a rencontré personnellement à peu près tout ce qui se fait comme artiste émergent au Québec, assisté à une foule de concerts… Bref, elle était là, sur le terrain et pour bien des gens, la SOPREF c’était Cynthia Bellemare, un peu comme Lesters Bangs était le Rolling Stone… Certes, il y avait toute une équipe derrière elle, mais la façade, le premier bonjour qui fait souvent toute la différence, c’était Cynthia. Je vous disais que Cynthia n’est pas musicienne. C’est vrai. Mais elle est peut-être, sans le savoir, au fond, une artiste. Son médium, ce n’est pas la musique ou la peinture à l’huile, mais bien la communauté artistique et les productions qui en découlent. Elle a appris à jongler avec les noms de groupes, les titres d’albums, les salles et les dates de spectacles, les noms des musiciens, pour parvenir à en faire un tout cohérent, une sorte de portrait qu’elle est en mesure d’exposer, de décrire et d’admirer, mais surtout, de faire admirer. C’est que l’enthousiasme de Cynthia à l’égard de la scène locale est contagieux. Armée de son grand sourire et de sa bonne humeur qui semble inébranlable, elle parviendrait à faire apprécier un groupe d’électro-grunge-lo-fi à votre grand-mère. Alors Cynthia, que je lui demande, tu pars de la SOPREF? Ça donne un peu l’impression que les rats quittent le navire qui est en train de couler, non? Pas du tout, qu’elle me répond. Elle avait envie de faire autre chose, de découvrir d’autres formes de création, le théâtre, la danse et de faire valoir ses talents dans un contexte plus large. Elle sentait qu’elle piétinait et que ses compétences acquises pourraient servir pour de nouveaux défis et de nouvelles réalisations. Quoi qu’il en soit, on peut féliciter le Conseil des arts de Montréal d’avoir choisi Cynthia pour outiller la relève et on peut se douter que si la majorité des artistes émergents ignorent pour l’instant tout de ce programme, avec Cynthia dans les parages, tout le monde saura bientôt de quoi il s’agit… C’est donc terminé pour Cynthia à la SOPREF, même si elle continue à dire «nous» lorsqu’elle parle de l’organisme… Bien que très motivée par ses nouvelles fonctions, au sein desquelles on lui souhaite la meilleure des chances, elle avoue avoir eu un certain deuil à faire. Gageons que les membres de la SOPREF auront eux aussi à affronter une période de deuil… del.icio.usdigg
2 commentaires
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13 mai 2008
Vrai qu’on ca s’ennuyer de Cynthia. Ironiquement celui qui la remplace est à un stade très avancé d’associatite aiguë, là où ça devient insupportable et en plus de ne pas avoir un beau sourire n’a pas beaucoup de crédibilité.
Je ne sais pas si le bateau est en train de couler mais en tout cas avec Sébastien Croteau ils sont mieux de garder les bouées pas mal proche!
14 mai 2008
bel hommage à une Grande avec un extra gros G! merci Simon
4n Stuyck