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Reportages et entrevues
28 février 2008
Arnaud Cordier

S’il est des activistes souvent portés à agir dans l’ombre d’un flux médiatique qui dévore en omettant de recycler, Millimetrik est de ceux-là. Depuis ses premiers beats jusqu’à ce quatrième album, Pascal Asselin a maintenu le cap, à son rythme (soutenu) et en symbiose avec ses inspirations et l’air de son temps. Plongé dans son laptop, derrière sa batterie ou comme disquaire, à la barre de sa petite étiquette réconfortante Chat Blanc Records, Millimetrik opère avec une adversité remarquable. Tantôt invité par le Musée National des Beaux-Arts du Québec ou encore participant au premier Igloo Fest dans le Vieux-Port de Montréal, Millimetrik se forge un parcours sans faute qui lui aura permis entre autres de collaborer avec Radio-Canada ou encore Télé-Québec. À l’aube de la sortie de Northwest Passage’s New Era, Pascal semble serein et animé par une flamme revigorée par les premiers commentaires sur son nouveau-né.

Tu as l’air rassuré comme jamais à la suite des commentaires reçus de tes proches pour ce nouvel album. Avais-tu plus de craintes que pour les autres sorties?
C’est vrai que j’étais stressé plus qu’à l’accoutumée et les premières réactions m’ont vite prouvé que j’avais pris le bon chemin. Je n’ai jamais été aussi fier d’un album comme je le suis de Northwest Passage’s New Era. J’aime l’album et son design graphique. J’y ai mis beaucoup de moi et je voulais que ça se sente après quelques moments de vie plus difficiles.

Qu’est-ce que tu entends par moments difficiles?
La production de l’album s’est étalé sur un peu plus d’un an et dans deux villes, Montréal et Québec. Je me relevais d’un vol de laptop à Bruxelles quelque temps auparavant. J’avais alors tout perdu, toute ma production. J’étais anéanti. Il fallait repartir à zéro. Ensuite, j’ai déménagé à Montréal. Bien vite, je me suis rendu compte que cette ville ne me ferait pas de cadeau. J’étais vraiment sous pression car je n’arrivais pas à joindre les deux bouts. Je ne dormais plus et comme par hasard je me suis blessé lourdement au dos. Il aura fallu pas mal de temps avant que le tout se rééquilibre. Northwest Passage’s New Era est le reflet de ce que j’ai vécu durant ces périodes.

Tu perçois donc Northwest… comme un changement drastique?
Je ne prétends pas me couper totalement de mes albums précédents mais j’ose croire qu’il est en rupture sur divers aspects. Avant, il fallait absolument que ma musique tourne autour de l’ambiant, l’élément de base des titres, comme un dogme. Je ne sais pas pourquoi j’y attachais autant d’importance. Et puis j’ai débordé pendant la production sur des choses plus rythmées, touchant un peu au hip-hop instrumental, trouvant de nouvelles sources pour agrandir ma palette de sons. J’ai décidé de ne plus mettre de barrière à ma musique.

Doit-on également comprendre le titre comme une preuve d’un engagement politique, à l’image de ton disque précédent The Last Polar Bear On Earth?
Pas du tout. Il faut prendre ces deux titres au second degré car je ne suis vraiment pas activiste. Sympathisant sûrement mais je ne donne aucune leçon. Last Polar… était ma situation psychologique. Je me sentais seul (même si j’étais bien entouré) dans mon monde. Pour Northwest…, c’est plutôt moi qui sors du trou, qui prends une nouvelle voie, si tu veux. La corrélation avec le vrai passage du Nord-Ouest semblait bonne.

Tu n’as pas été tenté de grossir le son?
Non du tout, même si j’avoue que j’étais tout d’abord réticent en voyant arriver la clique d’Ed Banger, Justice et consorts, je reconnais que c’est drôlement efficace. De toute façon, on recycle aux dix ans avec l’essor technologique qui vient avec. Tu écoutes Daft Punk et tu entends ce qui joue maintenant. Je pensais que Les Georges Leningrad étaient avant-gardistes, j’ai écouté The Residents et c’est pareil. Note: je craque parfois sur des pièces légères dont je ne suis pas fier comme du Avril Lavigne (rires). Dans le iPod, c’est efficace. J’ai redécouvert Haddaway aussi (rires).

Tu fais souvent appel à des collaborateurs, c’est encore le cas ici. Est-ce devenu une habitude ou un besoin?
J’aime avoir des visions extérieures, des apports qui t’aident à voir autre chose que tes propres gestes. La production solitaire a ses limites. Quelqu’un comme Sixtoo qui a fait le mastering m’a donné quelques idées, des conseils techniques auxquels je n’aurais pas pensé.

Gardes-tu la même passion qu’au premier jour?
Oui, je la ressens différemment car je vieillis, je mature et je sais davantage où je veux aller. L’été dernier, j’ai vu Ian MacKaye avec son projet The Evens. Les gens de Fugazi ont toujours été des modèles pour moi. Ils sont restés ce qu’ils sont depuis leurs débuts, font de la musique qui leur plaît, tournent, produisent sans penser à des enjeux futiles. J’ai choisi de continuer dans la musique comme je pouvais en me disant que même si je ne serai jamais riche, au moins je fais ce qui me plaît. Depuis 2001, je peux dire que j’ai réalisé beaucoup de mes objectifs et c’est ce qui compte le plus.

www.millimetrik.net

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