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Jean-Nicolas Labrie

Il peut se targuer d’être un artiste encore terriblement actuel, même avec une carrière qui s’échelonne depuis plus de 40 ans maintenant. À ses débuts en 1965 à l’âge de 18 ans comme musicien à bord des légendaires Chanceliers jusqu’à son concert programmé au festival branché qu’est le Pop Montréal (il foulera les planches avec Le Nombre, rien de moins!), Michel Pagliaro demeure une personnalité authentique, se foutant des modes et des styles, s’offrant encore aujourd’hui en pâture à un public fidèle. Sans contredit le parrain du rock québécois, c’est avant tout un auteur-compositeur-interprète de grand talent, dont l’influence n’a d’égale que le respect qu’il commande auprès des plus jeunes.

Pag débute véritablement sa carrière au sein des Chanceliers (groupe yéyé qui obtiendra un grand succès en 1966 grâce à la chanson Le p’tit puppy), profitant ainsi de cette expérience pour développer certaines compositions de son cru. Déjà à cette époque, sa puissante voix est reconnaissable entre mille. Il entame sa carrière solo au printemps 1968 avec la reprise de Comme d’habitude de Claude François. Grand amateur de rock’n’roll américain et de blues, il décide d’assouplir légèrement son style, question de devenir un artiste plus grand public.

Gonflé à bloc, il plonge dans les années 70 armé d’un redoutable talent d’auteur-compositeur. C’est à cette époque qu’il débute une carrière anglophone qui lui donnera ses premiers tubes partout au Canada: Give Us One More Chance, Rainshowers, Lovin’ You Ain’t Easy… Étiqueté comme étant l’un des rares musiciens locaux à s’exprimer dans un style très rock, il mène dorénavant une carrière bilingue, réussissant ainsi à charmer les Québécois de toutes allégeances.

L’année 1971 marque son triomphe dans la langue des Beatles où il tourne partout au pays. Mais c’est en 1972 qu’il sortira son plus grand morceau francophone. J’entends frapper devient instantanément un classique que tous les mélomanes de la province (autant chez les rockers les plus durs que chez les férus de discothèques) ne peuvent se lasser d’entendre. Quelques mois plus tard, c’est Fou de toi, autre immense succès, qui grimpe à son tour dans les palmarès.

En 1975, Pag sort deux albums en simultané, avec le même titre (Pagliaro et Pagliaro I). Respectivement un album francophone et anglophone, cet audacieux coup de dés s’avéra payant. De nouveaux succès s’ajouteront à sa collection déjà bien remplie: What The Hell I Got, Émeute dans la prison (Richard Desjardins s’en inspirera pour son fameux Screw de 1990) et Si tu voulais. Dans les mois qui suivent ces parutions, il partage la scène avec probablement le musicien international le plus en vogue du moment (Peter Frampton) à la Canadian National Exhibition de Toronto et se rend en tournée par la suite dans diverses régions du Canada.

Les années 80 ne réussiront pas à ralentir notre Pag national. Avec Bamboo, disque qu’il produira lui-même et qu’il sortira en 1981, ce pionnier du rock québécois se paie une véritable cure de jouvence, tirant habilement profit de la new wave qui naît de la remise en question punk des années précédentes. Les chansons Romantique et Travailler lui attirent le respect d’une nouvelle génération de musiciens qui découvre pour la première fois ce grand artiste de chez nous. Il s’exile ensuite pour la France pendant les cinq prochaines années, travaillant entre autres avec Jacques Higelin.

En 1987, il rentre au bercail, question de renouer avec la scène et les studios. Il ouvre pour Bowie au Stade olympique et lance une nouvelle compilation (Avant, avec en prime de nouvelles chansons) qui connaîtra un certain succès. Dangereux et Les bombes seront cependant les deux seuls tubes de cette fournée. Les fans du rockeur devront attendre 1988 avant que ne paraisse un premier album inédit en plus de sept ans (Sous peine d’amour) qui demeure encore à ce jour son dernier album de compositions originales. Entouré d’une nouvelle équipe, Pag est choyé, un accueil très positif est réservé aux chansons L’espion et Héros qui sont à la hauteur des succès précédents.

Les années 90 seront plus calmes pour le musicien, mais resteront mémorables dans sa carrière: participation au Festival d’été de Québec, gros spectacle lors des célébrations du 350e anniversaire de la Ville de Montréal en 1992, sans oublier la sortie d’une riche compilation trois ans plus tard (Hit Parade de 1995). Il continuera dans les dernières années à donner des concerts toujours aussi intenses et tout récemment, il sortait un premier DVD, Pagliaro live à Québec.

Aux côtés des Charlebois, Francoeur, Boulet et Latraverse, il demeure encore aujourd’hui l’un des personnages les plus importants de toute l’industrie du rock québécois. La très grande majorité de ses chansons n’ont pas pris une seule ride. Et dire qu’à presque 60 ans, il est encore capable de botter le cul à plusieurs d’entre nous. Pag, tu es un géant. (Jean-Nicolas Labrie)

DISCOGRAPHIE SÉLECTIVE

Les Chanceliers (1966)
Michel Pagliaro (1968)
Rock’n’roll (1970)
Pagliaro (1971)
Pag (1972)
Pagliaro, Pagliaro I (1975)
Aujourd’hui (1976)
Time Race (1977)
Bamboo (1981)
Avant (compilation) (1987)
Sous peine d’amour (1988)
Hit Parade (compilation) (1995)
Live à Québec (DVD) (2006)

www.pagliaro.ca

3 commentaires
  1. filx dit :

    Par rapport aux Chanceliers, on pourrait presque dire que le groupe est plus Mod que yé-yé notamment à cause de son pastiche wild de “My Generation” des Who, le classique “La génération d’aujourd’hui”, ainsi que pour leur reprise du morceau soul “Oogum Boogum”!

    Aussi, l’article devrait faire mention de sa participation au groupe Rockers, qui a fait ce qui se rapproche sûrement le plus des Stones au Québec dans les années 70 avec un seul, mais oh combien excellent album! D’ailleurs, leur reprise de “Miss Ann” (de Little Richard? je sais plus trop…) vaut vraiment le coup, voici un lien pour voir un vidéo de Rockers!

    http://www.quebecvideos.com/2007/08/11/michel-pagliaro-et-les-rockers-miss-ann/

    Deux autres faits intéressants sur Pag:

    “Émeute dans la prison” est une reprise en français de “Riot in Cell Block Number 9″, jouée entre autres par Wanda Jackson

    et

    sa reprise de “Walking The Dog” de Rufus Thomas, en français, devient “Faire le trottoir”… malade! Je crois que c’est sur un album live…

    Oh yea!

  2. jean-nic dit :

    Merci Félix pour tes précisions…À 700 mots malheureusement, on ne peut pas tout écrire…!

  3. Filx dit :

    Vive les comments! y’a rien de mieux comme supplément d’information! hahaha

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