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Reportages et entrevues
1 septembre 2007
Jean-Nicolas Labrie

Après Denis «Piggy» D’Amour l’année dernière, le GAMIQ remettra cette année son prestigieux prix-hommage à un autre monument de la scène musicale alternative québécoise: les maîtres du chaos organisé de Me Mom and Morgentaler.

Avant le concert d’épithètes d’usage, les faits: la pop anglophone radiophonique fonctionne plutôt bien vers la fin des années 80 au Québec tandis que la pop francophone, elle, manque cruellement d’inventivité et semble être dans un immense creux de vague. Tandis que Joe Bocan, Paparazzi, Marc Drouin et Nuance sont considérés comme des artistes de la relève (!), des groupes pop anglo-québécois comme Men Without Hats et The Box enfilent les tubes, réussissent à sortir de la province et profitent du blues post-référendaire de 1980 pour marquer cette décennie comme celle de la remise en question, ce qui remet sur le tapis la fameuse crise identitaire québécoise. La nouvelle jeunesse bouillonnante d’ici s’identifie peu à ces diktats trop éculés, cherchant ainsi à sortir de ce marasme propre à cette époque.

C’est donc dans ce contexte que naîtra l’un des premiers véritables groupes alternatifs québécois d’envergure internationale. Formé en 1988 dans le but de participer à un simple concours de talent d’un cégep de Montréal, le phénomène Me Mom s’est mis à prendre réellement de l’ampleur deux années plus tard alors que le groupe s’est mis à foutre le bordel dans la plupart des salles de spectacles branchées de la ville, devenant ainsi la formation montréalaise la plus hypée de son époque. L’effet est immédiat. «Me Mom and Morgentaler, c’est le premier groupe de musique alternative que j’ai écouté de ma vie. C’est vraiment le groupe déclencheur de ma passion pour la musique underground, raconte Mathieu Beauséjour, DJ vedette à l’Escogriffe et animateur des Éboueurs du rock sur CISM 89,3 FM. À cette époque, je ne connaissais pas du tout les scènes punk et ska, tout ça m’était inconnu. C’est grâce à Me Mom si je m’intéresse encore aujourd’hui à la scène musicale alternative.» Si quelques artistes francophones plus rafraîchissants (Jean Leloup, Vilain Pingouin et French B en tête) réussissent quant à eux à bousculer l’intelligentsia québécoise francophone avec un nouveau son, le clivage anglais-français est encore bel et bien réel cependant, surtout à Montréal.

Réussissant l’exploit peu banal de rassembler sous le même toit la dualité québécoise par la simple puissance universelle de sa musique (Me Mom s’est fortement empreint du multiculturalisme ethnique de Montréal en créant un mélange avant-gardiste de ska, punk, jazz, swing et musique latine), cette caravane musicale totalement explosive prenait un malin plaisir à brasser la cabane, jetant les bases d’un tout nouveau délire encore jamais vu ici. L’exploit est encore plus remarquable, car le groupe ne possédait aucun contrat de disques et fonctionnait de manière complètement indépendante. Il faut croire que la populace montréalaise était prête à accueillir le vent de fraîcheur que le groupe proposait à l’époque. «Quand le groupe a commencé à la fin des années 80, il y avait une division entre les scènes anglo et franco à Montréal, mais cette division n’était pas intentionnelle, c’est juste la ville de Montréal qui est conçue comme ça. Si tu voulais avoir du succès dans le grand Montréal, tu devais être un groupe bilingue», explique Kim Bingham, alors chanteuse du combo.

Très prolifique artistiquement, le groupe réussit également à s’éclater dans ses nombreux concepts de mise en scène, marquant ainsi au fer rouge l’inconscient collectif des jeunes adultes montréalais de l’époque. Tout y était pour épater la galerie: pyrotechnie, cracheurs de feu, scies à chaîne, immenses piñatas, déguisements outranciers, attitude punk… Avec MusiquePlus qui fonctionnait alors à pleine vapeur, le groupe n’a aucun mal à faire parler de lui partout au Québec et finira par donner plusieurs spectacles en région, spectacles qui alimenteront les passions. «J’ai vu Me Mom en concert lors d’une soirée de fin d’année au collège Saint-Bernard de Drummondville en 1993, mentionne le producteur de spectacles drummondvillois David Roy. Je ne crois pas que le groupe s’attendait à voir autant de monde. C’était un vrai show punk, avec beaucoup d’énergie, c’était fou!» Me Mom finira par se produire en tournée dans le reste du Canada et aux États-Unis, partageant la scène avec des groupes importants comme The English Beat, Specials, No Doubt, P.I.L et Violent Femmes. Pas mal pour un groupe indépendant, faut-il le rappeler.

Me Mom and Morgentaler s’est finalement séparé en 1995, sans jamais avoir signé de contrat de disques. «Comme on travaillait indépendamment, on a toujours cherché des façons pour promouvoir notre carrière, on n’a jamais attendu d’avoir de l’aide de personne, renchérit Kim. C’est la force de la volonté d’un artiste indépendant qui va assurer son succès.» La porte du succès hors de nos frontières fut désormais ouverte, des formations montréalaises alternatives comme GrimSkunk, Bran Van 3000 et The Planet Smashers ont amplement profité de l’importance de Me Mom pour vivre une carrière internationale des plus intéressantes par la suite.

Lors du GAMIQ 2007, on rendra hommage à l’un des groupes les plus importants de la petite histoire de la scène musicale alternative du Québec, point final!

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