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Reportages et entrevues
18 juillet 2008
Stéfane Campbell

La trame a de quoi séduire. Une illustre inconnue il y a de cela deux ans, Marie-Ève Saucier pour ne pas la nommer, s’amuse à poster en ligne des freestyles parodiant grossièrement l’attitude ghetto et sclérosée d’une faction du milieu hip-hop, «des clips humoristiques que je publiais sur le web, surtout pour rire des rappeurs, de leur attitude et de tout le propos ultra-exagéré: le bling, le cash et tout que je tournais à la dérision». Le temps de crier MySpace, la demoiselle aujourd’hui connue sous le pseudo de MC La Sauce se retrouve sur les palmarès de radios étudiantes de par la province en plus de solliciter quelque chose d’un émoi au sein de la communauté dont elle se réclame. Évidemment, des titres tels Criss qu’y’a du monde cave ou encore la plus connue Fuck you estie renferment tout, et plus, pour alimenter les passions.

Vite remarquée par Chafiik – prolifique MC et 1/3 de Loco Locass –, La Sauce s’associe à ce qui serait convenu d’appeler son mentor pour l’élaboration d’un premier album, Société parfaite, à paraître sous peu. D’abord séduit par l’humour et le propos cru de la demoiselle, Chafiik précise les prémices de l’union: «j’ai entendu ce qu’elle faisait sur le net et j’appréciais ce qui s’en dégageait, son choix de beat. Il y avait vraiment un ton, un humour et un personnage très fort – très différent et déjà très marqué. J’y voyais beaucoup de potentiel de base et je voyais du coup une certaine maladresse de débutante… Je me suis dit qu’elle avait besoin de ses propres beats et d’un peu d’aide afin de pouvoir pousser le projet plus loin. Au début, je ne pensais pas m’investir à ce point-là: je lui ai proposé quelque chose, ç’a cliqué entre nous et de là, on a travaillé ensemble en se faisant confiance».

Work in progress
Rencontré tout juste à la veille de quitter la métropole afin d’exporter ses rimes salaces sur le continent africain aux côtés d’une délégation de hip-hoppeurs canadiens pour mieux revenir et monter sur les planches du Métropolis de même que les planches extérieures des FrancoFolies de Montréal par la suite, la jeune MC est visiblement fébrile lorsque nous la rencontrons. Ajoutez à cela les innombrables heures passées dans «la boîte à beat» à repiquer l’album à venir et l’excitation n’est que légitime.

Cela dit, la première question qui s’impose concerne bien sûr le gras, si ce n’est grossier, personnage porté à bout de bras par la souriante et timide jeune femme. Une dichotomie trop flagrante pour ne pas être évoquée. «C’est sûr que c’est Marie-Ève Saucier qui joue un personnage sauf qu’en même temps, ce que MC La Sauce dit dans ses textes, Marie-Ève Saucier l’a déjà pensé et je suis certaine que tout le monde y a déjà pensé durant une fraction de seconde. Si on laissait libre cours à tout ce qui nous passe par la tête, c’est probablement ce de quoi ça aurait l’air. Évidemment que je ne pense pas tout ce qui se retrouve dans les chansons de façon permanente, ce sont des flashs. Je ne suis pas raciste ou homophobe, ça devient surtout un jeu», dira-t-elle d’entrée de jeu.

Soit, mais encore, avec des textes aussi caustiques et grivois que ceux qu’on lui connaît («Yo trou d’cul / Décrisse de ma vue / Tu sues l’poilu / Pis tu vis dans’rue / Estie d’trou d’cul / T’attends-tu que j’te lave, tu pues / Pis j’pense que tu t’sens pus / Pis pourquoi t’es v’nu estie d’résidu», Criss qu’y’a du monde cave), qu’en retourne-t-il une fois le choc de la rencontre passé? «Je suis rendue là: c’est en train de se définir. Il y a deux ans, je ne m’attendais pas, mais pas du tout, à faire ça. Présentement, j’en suis à saisir le personnage, à l’assumer et à l’amener ailleurs. C’est-à-dire apprendre à construire un texte comme il faut, découvrir tous les outils de studio, jouer avec les textures et les sonorités. Tout l’aspect production de l’album est un exercice très demandant.»

Diviser pour régner
Une discussion qui nous plonge, bien malgré les bonnes intentions de nos deux principaux intéressés, dans un étrange rapport de force où d’un côté, l’observateur (en l’occurrence moi) aimerait pouvoir donner un sens à ladite dérision qui sort de façon si abrasive de la bouche de la rappeuse alors que du côté des créateurs mêmes, l’intention semble diamétralement opposée, rejetant toute notion de message si ce n’est carrément de sous-texte à l’exercice. What you see is what you get.

Ce qui nous amène à dresser un constat pour le moins déstabilisant quant au poumon de l’entreprise. D’une part, Marie-Ève Saucier pourrait sembler être la femme la moins consciente de sa persona et, surtout, de sa projection dans le monde – «c’est dur pour moi d’analyser l’image de MC La Sauce et c’est difficile d’émettre des grandes phrases qui pourraient définir le personnage quand, en réalité, c’est un personnage qui s’est construit avant tout de façon très spontanée» – ou, tout au contraire, nous pourrions être en présence d’une analyste informée et très perceptive tirant savamment chacune des ficelles d’un personnage construit de toutes pièces («Bien que plusieurs sentent qu’enfin une femme tient les même propos à l’égard des hommes que certains d’entre eux peuvent entretenir sur les femmes, ce n’est vraiment pas le but de l’entreprise. Je n’ai aucune mission particulière à travers tout ça. Je tiens à ce que ce soit clair»). Un personnage plus grand que nature et qui en donnera toujours juste assez mais jamais trop.

De cette scission surgit probablement tout l’intérêt à l’égard du projet. Une jolie jeune femme – très belle, en fait – qui joue la carte de la biatch démesurée sur scène et incarne l’ingénue un brin ténébreuse dans la vie. Le complexe Madonna-whore servi à la puissance 10 par une femme qui ne bronche pas. Et malgré l’inconfort parfois palpable durant l’entretien, jamais elle ne flanche, ne bat des cils ou ne sort de l’état de naïveté et de spontanéité d’où prend vie son opposé, aka. La Sauce. Sur l’opus à suivre, Chafiik renforcit d’ailleurs la donne: «ce qui se dégage de ça – et dont le titre, Société parfaite, est vraiment très représentatif –, c’est d’un côté la fille qui chiale sur tout et de l’autre, son monde de fantasmes. C’est ça la “société parfaite”: tu exprimes tes fantasmes à 100% mais d’un autre côté, tout l’énerve. Donc on est encore très très loin de la société parfaite.» Symptomatique: Fuck you estie. (Stéfane Campbell)

www.myspace.com/mclasauceyea

25 juillet – Métropolis, Rassemblement HHD, FrancoFolies (Montréal)

3 commentaires
  1. auditeur décu dit :

    “Yo trou d’cul / Décrisse de ma vue / Tu sues l’poilu / Pis tu vis dans’rue / Estie d’trou d’cul / T’attends-tu que j’te lave, tu pues / Pis j’pense que tu t’sens pus / Pis pourquoi t’es v’nu estie d’résidu”

    cela résume bien la qualité artistique proposé par cet artiste…aussi nul dans le fond que la forme.

  2. Tout à fait dit :

    J’acquiesce.
    10000 points pour l’auditeur déçu.

  3. Eugi dit :

    «C’est sûr que c’est Marie-Ève Saucier qui joue un personnage sauf qu’en même temps, ce que MC La Sauce dit dans ses textes, Marie-Ève Saucier l’a déjà pensé et je suis certaine que tout le monde y a déjà pensé durant une fraction de seconde. Si on laissait libre cours à tout ce qui nous passe par la tête, c’est probablement ce de quoi ça aurait l’air. Évidemment que je ne pense pas tout ce qui se retrouve dans les chansons de façon permanente, ce sont des flashs. Je ne suis pas raciste ou homophobe, ça devient surtout un jeu», dira-t-elle d’entrée de jeu.

    - 10000000000000000000000 points pour Tout à fait et L’auditeur déçu.

    À moins que.. que JAMAIS, JAMAIS, une pensée désobligeante voit soit passée par la tête..

    Vive Mc La Sauce!

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