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Le petit tavernier
Mettant en vedette Cuni Francis et Davine Bouliane Je pousse la porte du bar-salon le Paspébiac, dans Rosemont Town. La première silhouette que je vois émerger de l’obscurité ambiante porte un ceinturon avec deux étuis qui contiennent…deux bouteilles de fort, prêtes à être dégainées à tout moment. Il s’agit de M.C.LaCause, la serveuse avec des gros cheveux noirs, un top sexy pis des jeans tights. Davine Bouliane, dont les yeux s’habituent à la noirceur, réussit à distinguer une table et des chaises libres. Cuni Francis s’assoit. Comme c’est une chanteuse western vénérable, j’offre d’aller lui chercher son premier drink, que DeDenise A.Rome me sert gentiment au bar. Une dizaine de piasses pour deux bouteilles de cette bière dont le nom est un chiffre (je la nommerai pas, elle a pas commandité cet article), avec une petite canette de clamato que je mélange à ma bière dans un verre. «Pouah! T’es-tu sûr que ça marche ensemble ça?» Cuni vient à la conclusion que oui en trempant ses lèvres dans le délicieux breuvage que voilà. Davine fait cin-cin avec nous, lui aussi levant son verre rempli de jus rouge devant le mur en miroir. Sans blague, c’est vraiment sombre, éclairé aux lumières de Noël et autres petites lumières bleues, ça contraste avec les cheveux des clients, gris ou bleachés. On est pas mal les plus jeunes. La place est bourrée de sosies plus ou moins ressemblants : y’a un Crocodile Dundee, une Lulu Hugues très paquetée, une truckeuse punk qui ressemble à Dee Dee Ramone, y’a Cœur de Patate la plus jeune femme dans le bar, Yvon Deschamps, «Where’s Waldoune», bref je sais pus où regarder. En plus y’a une belle grosse fille décolletée avec un tatou sur le toton (j’ai pas réussi à discerner c’était quoi). On est sous le charme de Suzon Cyr, accompagnée du trio Country Boys, qui chante d’excellents classiques, et LA toune de Noir Silence, tsé celle avec plein de rimes en «é»? C’est fête ce soir, y’a partout des balounes accrochées au plafond, mais pas pour longtemps. C’est la fête de Nathalie en fait, les gens arrêtent de danser en ligne et allument des feux de bengale et pètent toutes les balounes en chantant. Ça fait un estie de vacarme. On est vraiment dans un drôle d’univers. Je connais personne sauf mes deux amis, mais sinon, à part les sosies, j’ai l’impression d’être dans une autre ville. Je suis mêlé, y’a pas de stéréotypes hipsters casquette/lunettes/t-shirt blanc serré/jeans noirs serrés/sneakers cool. C’est pas ça la mode dans Rosemont Town. C’est ton téléphone accroché à la taille, des jeans pas de poche, les cheveux crêpés, une chaîne par-dessus ta chemise, pis peut-être des bottes de cowboy. Pour continuer notre dépaysement, on va au bar de Nos Aïeux (aucun lien avec le groupe de Stéphane Archibault). Ici, il fait vraiment clair. Les clients ont tous 45 ans et plus. On s’assoit au bar pour jaser avec Sylvie la barmaid, un amour, tellement charmante. On veut trinquer avec elle. «Moi aussi j’bois!» Elle court chercher sa bière-clamato! C’est encore nous autres les bizarres. Quand je suis rentré, une femme vraiment cuite a crié en voyant mes favoris: «tiens v’là l’rock’n’roll, tabarnac!» C’est tranquille, il est 2am mais les habitués décollent pas. En plus c’est une soirée chantante, on est chanceux d’entendre Monsieur Waterloo, Petit Michel qui chante accompagné de son propre disque laser pis de son chapeau noir, Monsieur Jean, le musicien aux claviers, pis Pierrette la fêtée. Davine Bouliane sirote sa Coorz Légère, «la silver boulette». «C’est particulier», sera son commentaire sur l’endroit. À moins qu’il parlait de Cuni, quand elle est allée chanter «You ain’t woman enough». Le Paspébiac, 6442 Papineau, Mtl sunny@lesbreastfeeders.ca digg
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