|
![]() ARCHIVES
CHRONIQUES
BLOGUES
|
L'abominable homme des cons
C’est un classique. Quand vient le temps de planifier quoi que ce soit dans mon local, une répétition, un enregistrement, une session de mixage, c’est toujours la même question: «Hey, ma blonde, t’as pas vu les clés de mon local?» Elle n’est plus capable de m’entendre poser cette question… «Tu vas les retrouver d’ici trois minutes» et elle a invariablement raison. Chaque fois je panique, mon coeur se met à battre la chamade, je chamboule tout dans la maison et hop, au bout de trois minutes, je les retrouve, dissimulées sous un vieux t-shirt ou dans les poches de mes jeans qui attendent leur tour dans la salle de lavage. Retrouver les clés du local… C’est pour moi une quête sans fin, un défi permanent. J’en rêve même la nuit. Je fais souvent ce cauchemar où je me vois devant la porte barrée à jamais, implacablement fermée, blindée, avec moi devant qui tente par tous les moyens, sans succès, de la défoncer. Je me réveille chaque fois en sursaut, paniqué, et je me mets à chercher mes clés de manière obsessive… Bon bon… Vous vous doutez peut-être que je n’ai pas l’intention de discourir très longtemps à propos de mes phobies. En général, je n’en parle à personne… Je garde ça pour moi. Si je vous parle aujourd’hui des clés de mon local, c’est pour faire un peu poétique, pour faire une métaphore afin d’illustrer ce qui se passe présentement chez LOCAL Distribution… Comme vous le savez sans doute déjà, devant la baisse drastique de ses chiffres de vente (50% rapporte-t-on), l’entreprise qui relève de la SOPREF vient de mettre un terme à ses activités de distribution. En clair, LOCAL est devenu le 10 septembre dernier, lors d’une assemblée générale extraordinaire, une sorte d’étiquette, un label, qui sera distribuée par Outside Music par une entente de sous-distribution. Cette nouvelle s’inscrit dans l’historique des difficultés financières et logistiques que doit affronter depuis quelque temps cette entreprise quasi artisanale qui se spécialise dans la mise en marché de contenus alternatifs et autoproduits. Entreposer des boîtes de disques, les faire parvenir aux différents disquaires et s’acharner pour obtenir de ces derniers un placement un tant soit peu visible sur les rayons, c’est un défi de taille et cela coûte très cher… Plus cher et plus difficile encore lorsque le produit que vous tentez de mettre en valeur n’est pas le résultat d’une industrie de masse mais plutôt le fruit du travail d’artisans. Cela n’a rien d’étonnant… Si un petit cultivateur peut vendre ses tomates dans un kiosque du marché Jean-Talon, tenter de les commercialiser dans une chaîne d’épiceries à grandes surfaces demeure presque impossible. Dans le même ordre d’idées, si un potier peut vendre ses créations au Salon des métiers d’art, il est beaucoup moins évident de les distribuer dans les Walmart et Zellers de ce monde… Or, c’est précisément ce que tentait de faire LOCAL: placer son catalogue de produits alternatifs sur les mêmes tablettes que les plus commerciaux, chez les gros disquaires qui sont à la culture ce que Loblaws est à l’alimentation. S’il faut bien admettre que l’intention est fort louable, il faut aussi reconnaître qu’il y a une part d’utopie devant un tel projet. Tenter d’obtenir un bon placement en magasin pour Joe Machin qui fait dans le punk-électro lo-fi la semaine où Marie-Hélène Thibert sort son album, c’est un peu comme attendre la Rédemption ou le Grand Soir… C’est bien joli en théorie, mais en pratique, ça ne risque pas d’arriver. Tel est le problème qu’on vient peut-être de pelleter en avant par cette entente de sous-distribution avec Outside… Les artistes qui verront leurs produits placés en magasin par le biais de cette entente seront sans doute ceux qui arriveront à provoquer un certain enthousiasme commercial, ceux qui retiendront la très éphémère attention médiatique, bref, qui seront au goût du jour et qui seront ainsi jugés plus concurrentiels. Il y a fort à miser que les plus en marge et les plus exotiques qui n’obtiennent pas la bénédiction des festivals et des directeurs musicaux des différentes radios se retrouveront dans les catacombes d’un nébuleux catalogue absent des rayons… C’est sans doute ce qu’il faut comprendre des propos de Martine Groulx, directrice de LOCAL, rapportés par Olivier Robillard Laveaux dans le Voir du 30 août dernier: «Les productions en vente chez les disquaires varieraient fréquemment selon l’engouement suscité par les groupes. Lors d’événements comme les FrancoFolies ou le Coup de coeur francophone, la sélection changerait pour prioriser les disques des artistes qui s’y produisent.» Il me semble qu’on assiste ici à un curieux détournement d’intention qui faisait l’originalité et la valeur de LOCAL Distribution. À la base, l’objectif de cette entreprise n’était-il pas de donner une chance à des artisans, en marge des succès commerciaux et de l’engouement médiatique, de distribuer malgré leur exotisme leurs produits en magasin? Que faut-il penser si désormais les choix de cette nouvelle étiquette seront influencés par les gros festivals et les palmarès des radios commerciales? Faut-il croire que finalement les règles de la concurrence ont eu raison de la recherche d’alternatives économiques? Il y a des jours où j’espère sincèrement me tromper, où je souhaite avec ardeur qu’on m’explique que j’ai tort. Un peu comme ma blonde le fait quand je suis persuadé d’avoir perdu les clés de mon local ou quand je fais le mauvais rêve de ne plus jamais pouvoir y entrer…
3 commentaires
|
|
|
14 octobre 2007
Bonjour,
J’ai lu votre article sur Local distribution, Moi j’ai une boutique de vêtements et je vends également des disques de bands locaux seulement. De genre rock, punk, électro… J’encourage énormément les bands à venir me voir directement et m’apporter et leurs cds et leurs t-shirts.
Voilà une alternative pour les bands undergrounds de ce faire voir et connaître.
Le seul problème c’est que les bands ne viennent pas me voir. Et c’est une grande passion pour moi est de les encourager et de les vendre, d’ailleurs je ne me fais presque pas d’argent sur les cds que je vends. Présentement, je fais à faire avec Local, et j’appuie entièrement le marché local.
Je vends quand même beaucoup d’album puisque j’ai une petite sélection et les disques ne sont pas perdue dans une panoplie de cds américain ou autres.
Donc, je crois que l’alternative pour les bands underground est de miser sur les entreprise comme la mienne.
Deplus je ne fais que jouer la musique d’ici dans mon magasin. Et cela influences le choix des consommateurs.
Merci beaucoup! Continuer à faire bien ce que vous faîtes!!!
Marie-Christine
Les Névrosées
6008 St-Hubert
Montréal
514-504-6959
wwww.lesnevrosees.com
22 octobre 2007
On est en 2007… Faut être responsable ! Ne plus avoir besoin de clé pour entrer dans son local… Ou s’il le faut vraiment, à cause de la peur des voleurs, on doit s’arranger pour posséder un max. de doubles sinon la serrurerie, la mine du métal nécessaire à la fabrication des clés et l’usine de transfo… Faut être de son temps !
Comme ca, en passant, même si c’est totalement hors sujet, que penses-tu du “concept de vente” du dernier album de Radiohead ?
26 octobre 2007
Hola clint.
Tu me manquais presque! :-)
Oui oui, être bien de son temps… Plus de clés. Ou encore, des cartes perforées. Ahhh! Ou encore, un détecteur de rétine machin là là, qui scanne ton oeil et te laisse entrer.
Mais bon, à défaut, sache que j’ai règlé mon problème en retrouvant une vieille mode à laquelle je m’adonnais jadis : celle de la chaîne après la ceinture pour le porte-monnaie et les clés. je me suis acheté cela avant de partir en Europe au mois d’août. J’ai dit à ma blonde : “ah ah… j’ai l’impression de retrouver mes 17 ans!”… “Ben non épais, qu’elle m’a répondu, t’as l’air d’un vieux dans la trentaine qui s’est acheté une cossin à la mode…”
À la mode??? La chaîne sur la ceinture ??? Ben oui finalement. Je ne savais pas, mais il semble que cet accessoire fait son retour chez les jeunes. Je me suis fait accosté par au moins une douzaine de jeunes bien dans le vent depuis et ils sont unanimes :”wow, Simon J, tu as une chaîne à la ceinture, t’es donc ben hot!”.
… Si j’avais su! Une autre manière de l’éternel retour j’imagine…
Sinon, pour la mise en marché “up to you” de l’album de Radiohead, eh bien, j’aime bien l’idée. En tout cas, c’est certain qu’un groupe de cette envergure peut se permettre ce genre d’originalité.
De toute façon, comme je le dis souvent, ce sont ceux qui vendent le plus qui sont téléchargés par P2P… Faites le test dans n’importe quel E-Mule : Tapez “Mononc’Serge” pour le fun. Vous trouverez une poignée de chansons, parfois même, assez souvent, vous n’en trouverez aucune. Tapez ensuite “Radiohead”, et hop, des milliers de choix, des albums complets, des bootlegs, et plus encore. On ne s’en étonne pas, la présence sur les réseaux d’échange en P2P est corrollaire du succès commercial.
Radiohead a sans doute compris qu’il est plus rentable de tenter de profiter de la culture propre à la cybercivilisation plutôt que de tenter de la combattre… Ce que l’ADISQ et la poignée de producteurs qui attaquent QuebecTorrent en ce moment n’a manifestement pas compris… !
Ce qui me fascine cependant, c’est que la mise en marché du dernier Radiohead s’inspire largement de la culture en source ouverte déjà bien en vogue chez les créateurs de logiciels, notamment au sein de la communauté de sourceforge.net. Tu as peut-être remarqué, sur divers site de script en PhP (wordpress, PhpWebsite, créateurs de plugins, etc…) qu’il y a souvent un bouton “donate” qui permet de faire un don via Paypal ou autre… Bref, on crée des logiciels gratuits qu’on met à la disposition de tous et ceux qui souhaitent encourager cette démarche peuvent donner des sous, selon leurs moyens. C’est fort semblable à l’idée de Radiohead… Mon petit doigt me dit qu’il y a là une sorte d’alternative économique déjà en vogue dans la communauté web qui fera des petits chez tous les créateurs de contenus, artistiques ou autre. Ce qui est bien avec Radiohead, c’est qu’il s’agit là d’un groupe très connu, sans doute un des meilleurs de notre époque, qui influencera sans aucun doute le développement de cette idée, de la même manière que leur son influence un très large public.
Voilà voilà… :-)
S.