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Ondes Souterraines
Beaucoup de personnes m’ont demandé pourquoi je n’avais pas encore parlé de musique électronique dans ma chronique mensuelle. «C’est ta spécialité! Pourquoi t’en parles pas?» D’abord, je tiens à préciser une chose. Je ne me considère pas comme un spécialiste de rock, de pop, de blues, de jazz, de reggae, de métal ou d’électro. Je suis un amateur de bonne musique, extrêmement curieux de nature. Point à la ligne. Ensuite, je n’ai pas parlé de musique «à pitons» pour une raison fort simple: la scène électro actuelle est une vraie farce. Ça s’arrête là. J’aimerais tellement pouvoir affirmer qu’elle est excitante, fertile en idées exceptionnelles, mais à vrai dire, elle m’ennuie plus qu’autre chose. Lorsque j’entends ce qui se fait aujourd’hui en matière de musique électronique, j’ai l’impression de me retrouver en 1995. On dirait que les vétérans, les pionniers sont dans un cul-de-sac créatif et que le seul moyen de s’en sortir est de revisiter leurs premiers pas dans le métier. Et les jeunots? Pour la plupart, ils ne font que répéter ce qui a déjà été fait. Si on tourne en rond, encore et toujours, c’est qu’on n’ose pas assez, bordel! Sérieusement, il est grand temps que quelqu’un se lève debout, mette ses culottes et botte le cul de la musique électronique. Elle en a grand besoin. C’est à se demander si les journalistes musicaux vivent bel et bien en 2008. Lorsque je lis que Yelle fait de la musique «profondément moderne», je me pose de sérieuses questions. Il y a quelques mois, un ami me faisait remarquer que la scène électro actuelle faisait penser à un gros Club Price: on trouve de tout pour tout le monde, en grosse quantité et en piètre qualité. Pas bête quand même. C’est vrai qu’on est forts sur les gros-événements-réunissant-le-plus-de-monde-possible. J’étais présent au Palais des congrès lors de la dernière édition du Bal en Blanc en mars dernier. Sur place, une pensée m’a traversé l’esprit: on assiste à un événement comme le Bal en Blanc pour les mêmes raisons qu’on s’abonne à un club de rencontres, soit pour rencontrer, flirter, espérer rencontrer l’âme sœur, ou du moins, se divertir. Pas nécessairement pour admirer les vedettes aux tables tournantes ou profiter de la musique en tant que tel, mais pour le trip de participer à un rassemblement. Un GROS rassemblement. Parce qu’on a besoin de gros rassemblements de nos jours. Comme la grand messe de Daft Punk l’été dernier au Centre Bell. On mise davantage sur la quantité que la qualité lors de ces événements électro de masse. Le syndrome Club Price. Encore et toujours. Dans un autre ordre d’idées, je viens tout juste de terminer la lecture du Real Frank Zappa Book, l’autobiographie du regretté… Frank Zappa. Un vieux bouquin (paru à l’origine en 1988), mais bien fait et incroyablement divertissant même si ce n’est pas de la grande littérature. C’est essentiellement un livre d’anecdotes (savoureuses et souvent très drôles) bourré de petits dessins, parfois un brin défraîchi, mais en général, très révélateur. En le lisant, on comprend mieux la vision et le cheminement artistique de l’homme. Un cheminement, je dois le préciser, hors du commun et fascinant. Zappa était un libre penseur qui a voulu laisser une trace avec son œuvre colossale (bien qu’inégale). C’était un excentrique qui n’avait pas peur de prendre des risques même si les probabilités de se casser la gueule étaient toujours élevées. Un scientiste cinglé qui a décidé d’amalgamer le classique, le doo-wop, le rock’n’roll, le jazz, l’électronique et le r&b afin de produire un son particulier: le sien. Un bonhomme qui n’avait rien à cirer des étiquettes. Il me semble qu’une bébitte comme Zappa ferait du bien à la scène musicale actuelle, trop prudente. Les libres penseurs et les vrais créateurs se font plutôt rares de nos jours.
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