20 juillet 2008
Jean-Nicolas Labrie
Discussion animée sur la musique rock avec Jean-Philippe «Dynamite» Roy, guitariste et principal compositeur du combo rock’n’roll montréalais Le Nombre. À vos crayons.
Débarrassons-nous tout de go des plogues de service: le troisième album du groupe est terminé et n’a toujours pas de titre. Les gars ont été signés sur un label français, négocient en ce moment une date de sortie pour le prochain joujou. Possiblement que l’album verra le jour en janvier 2009. D’ici là, un spectacle le 26 juillet au FrancoFolies, avec un mercenaire à la deuxième guitare qui a pour nom Sunny Duval. Basta pour les infos.
Après un intéressant préambule sur les mécanismes de la guerre, la politique québécoise, le logo des Nordiques et le récit d’un spectacle mémorable au Japon, la table était donc mise; Jean-Philippe Roy est un rockeur intelligent, pertinent et surtout très accessible. Quand il fut le temps de jaser musique avec lui, on lui a demandé d’écouter cinq chansons triées sur le volet et de nous faire part de ses commentaires, opinions, anecdotes par rapport à ces dites chansons.
Voici donc le fruit de ses réflexions. Alors Jean-Philippe, tu en penses quoi…
TOM WAITS – I Don’t Want To Grow Up (Album: Bone Machine, 1992)
«Tom Waits, c’est un artiste que j’aime beaucoup, mais cette chanson-là, ce n’est pas ma préférée… Peut-être parce que les Ramones l’ont repris? Je préfère ses chansons plus sombres. Tout ce qu’il fait, c’est tellement intéressant. On dirait que sa voix vient des catacombes, elle est hallucinante, et c’est un détail qui compte pour beaucoup dans l’intérêt que l’on peut avoir pour Tom Waits. Il ne donne pas beaucoup de concerts, et d’une certaine façon, je lui en veux beaucoup, car il y a de ça quelques années, il était venu en concert à Toronto, mais pas à Montréal. Je pense même qu’à part au tout début de sa carrière, il n’est jamais revenu ici. Dans le fond, il m’a peut-être influencé dans le fait qu’il ne faut pas avoir peur d’exprimer réellement qui on est. C’est un encouragement à créer librement finalement. Il a vraiment fait la musique qu’il avait envie de jouer et à ce niveau-là, c’est une influence pour moi, un exemple à suivre.»
JACQUES DUTRONC – Les Playboys (Album: éponyme, 1966)
«À Québec, ma ville d’origine, il y a un restaurant qui s’appelle le Pat Rétro, et dans le restaurant, il y avait trois machines Scopitones. Deux sur trois ne fonctionnaient pas, mais celle qui fonctionnait était cependant bien fournie. J’y allais souvent dans ma période rockabilly, quand j’avais 17 ans. J’allais là pour manger une patate et on regardait des Scopitones. J’ai tout de suite aimé Dutronc, même si après l’avoir découvert, il y avait des moments où l’humour français finissait par me taper sur les nerfs. Il a quand même fait de très belles chansons, comme L’Espace d’une fille, où il se transforme en un chanteur hyper intéressant. C’est Jacques Lanzmann qui écrivait les paroles de ses chansons dans les années 60, c’est un type qui a aussi écrit plusieurs romans, et j’aimais bien ce qu’il écrivait. D’ailleurs, le texte de la chanson Sur une nappe de restaurant, ça semble bien décrire le contexte dans lequel certaines de leurs chansons étaient écrites! Il faut dire aussi que dans les années 60 en France, la plupart des chanteurs français trippaient sur les années 50: Eddy Mitchell, Dick Rivers, Johnny Hallyday, ils étaient très ancrés encore dans les années 50. Quand Dutronc est arrivé, il était bien de son temps, il avait sa touche personnelle, sa désinvolture et son gros cigare, en plus d’avoir un orgue et un jeu de batterie rafraîchissants. Chapeau Dutronc pour l’ensemble de ses tounes.»
THE DAMNED – Smash It Up (Album: Machine Gun Etiquette, 1979)
«J’ai adoré ce groupe-là. Le problème avec eux selon moi, comme plusieurs groupes punk de cette époque d’ailleurs, c’est qu’après le premier album, la qualité du produit a flanché de façon assez évidente. The Damned n’a pas vraiment réussi à se réinventer après son premier disque, qui est génial soit dit en passant. Brian James a quitté après le premier disque, il était un guitariste exceptionnel. Le bassiste Captain Sensible est parti faire ses pitreries en solo. Dave Vanian de toute évidence voulait partir un groupe gothique… Je dirais qu’ils ont fait quelques bonnes chansons ici et là sur les albums subséquents, ça pouvait même monter à trois bonnes chansons par album, mais ce n’était plus le vrai truc. Neat Neat Neat reste vraiment ma chanson préférée du premier album de The Damned, pour l’énergie que cette chanson dégageait, le son était hallucinant.»
THE NEW YORK DOLLS – Jet Boy (Album: éponyme, 1973)
«On a fait la première partie des New York Dolls au Festival d’été de Québec en 2004. C’était une belle soirée, même si on n’a pas eu énormément de contacts avec eux, avec les deux musiciens qui restent du groupe original. C’est dommage, parce qu’Arthur Kane, le bassiste original du groupe, est décédé trois mois avant le concert. Il existe d’ailleurs un documentaire très intéressant sur la vie d’Arthur Kane; le film retrace son cheminement en tant que mormon, il est devenu ultra-religieux après avoir quitté le groupe en 1977, et c’est de cette façon qu’il s’est raccroché à la vie en fait. On peut y voir aussi la réunion des New York Dolls, les retrouvailles de 2004… C’est assez phénoménal à suivre. On les voit préparer leur comeback sur scène à Londres. Il y a des scènes assez pissantes, surtout quand tu vois Kane qui s’habille maintenant en veston-cravate, qui n’a plus du tout le look rock’n’roll, et là tu vois le groupe qui essaie de lui trouver un costume qui va fonctionner pour le concert! En ce qui me concerne, pour le show au festival à Québec, c’était correct comme soirée, sauf que David Johansen, le chanteur, avait un lutrin sur scène avec les paroles dessus… Ce n’était plus vraiment la vraie affaire, dommage.»
DANGER – Transport en commun (Album: éponyme, 1977)
«J’ai été très surpris d’entendre cette chanson-là. Je connais l’existence du groupe c’est sûr, mais je n’avais jamais mis la main sur un de ses albums, je n’avais jamais écouté la musique du groupe. J’ai trouvé ça très 60s en fait; je pensais que ça allait être plus «guitare carrée» que ça, plus glam rock que ça. Quand même, j’ai beaucoup aimé ce morceau, ce groupe-là a quand même été un précurseur au Québec. Il y a sûrement un livre à écrire là-dessus. D’ailleurs, j’ai un ami qui travaille dans le milieu de l’édition et il m’avait approché un moment donné pour me demander si j’étais intéressé à écrire un livre sur les débuts de la musique underground au Québec, avec des entrevues avec les groupes et tout ça. J’ai réalisé que je n’étais pas la bonne personne pour ce genre de projet-là parce que j’étais trop jeune pour écrire là-dessus. Il aurait vraiment fallu avoir quelqu’un de l’intérieur si je peux dire, qui a vraiment vécu ces shows-là, qui sortait à Montréal voir des spectacles entre 1978 et 1985. J’aimerais entendre un album de Danger au complet, c’est certain.»
(Jean-Nicolas Labrie)
www.lenombre.ca
26 juillet – Cabaret Juste pour rire, FrancoFolies (Montréal)