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6 juin 2008
André Péloquin

La ruée vers l’or du Klondike s’est déroulée de 1896 à 1898. En moins de deux ans, la petite ville de Dawson City allait accueillir des milliers et des milliers (et des milliers) de péquenots armés de pelles, de tamis et de rêves. Des siècles plus tard, ces prospecteurs se ramènent maintenant sur le web, caméra mini-dv à la main et des idées plein la tête. Bienvenue au Klondike 2.0: la web télé. Entretien avec le Billy The Kid du genre au Québec, Jeff «Lee» Lizotte de Bombe.tv.

«‘Scuse-moi, je reviens de jouer avec des serpents pis j’avais les mains dégueulasses», s’exclame Lizotte lorsque je le joins tout d’abord au téléphone. Un des innombrables champs d’intérêt du jeune réalisateur qui a déjà tout un cheminement sous la casquette. «J’ai débuté à 16 ans, dans une émission qui s’appelait La Nouvelle École au Canal Vox. C’était une émission “pour les jeunes, par les jeunes”. On faisait nos tournages, notre montage, etc. Bref, c’est là que j’ai appris comment ça marchait!» Trois ans plus tard, Lee vient de muer, il a quelques poils au menton et du front tout le tour de la tête. «À 19 ans, j’ai pitché un show à RDS qui s’appelait La Virée et qui était un peu la continuité de ce projet-là. Ça nous a notamment permis d’aller chercher des commanditaires pis de développer le côté viral de la chose et qui est maintenant à la base de Bombe.tv.»

Du contenu qui fait boum…
Alors que les statistiques du terroir sont plutôt anémiques (j’veux dire, outre le fait que la majorité des Québécois semblent aimer les Pop-Tarts, les données tangibles sont rares), l’intérêt est indéniablement là, grandissant et disponible dans toutes les sauces. Bien qu’on soit loin des chiffres mirobolants de YouTube (en janvier dernier, on rapportait que près de 79 millions d’internautes se sont envoyé trois milliards de vidéos en un mois), les prospecteurs locaux vont autant dans la fiction (comme lesgermaines.tv qui a été mis sur pied par deux artisans de la série Ramdam) que dans l’actualité (comme catherinebeauchamp.com qui s’intéresse au septième art emmitouflé dans le rose bonbon). Les bonzes de Bombe.tv, eux, préfèrent exploser dans tous les sens, tant que c’est divertissant. Du schraphel qui fait sourire? Pourquoi pas!

«J’ai toujours été attiré par l’insolite pis c’est à ça que je voulais donner de l’exposure!, confie Jeff. Faut dire que j’ai toujours été attiré par ça parce qu’avant tout ça, j’étais dans le cirque, j’étais acrobate. L’insolite, c’était ma réalité à cette époque! Notre but, c’est de monter un spectacle, de divertir les gens. J’pense que le fait qu’on n’est pas de Montréal y est aussi pour beaucoup. On a un regard extérieur, on ne fait pas de la télé pour hipsters ou pour des experts en musique, c’est pour tout le monde. Autant le gars de Shawinigan qui fait du snow l’hiver que le gars sur l’île de Montréal qui écoute du fuckin’ Uffie pis qui trippe sur tout ce qui est hyper devraient tripper à écouter nos affaires!» En plus d’apprécier le «terrorisme médiatique» (c’est l’expression maison pour qualifier leur contenu) de Lizotte et ses complices, les webspectateurs de bombe.tv aiment vraisemblablement Éric Salvail.

Du petit écran au moniteur…
«Ça faisait un mois que le site était en ligne, qu’on avait testé la plate-forme et tout, se rappelle Jeff lorsqu’on lui rappelle l’affaire Salvail. Y’était temps de se faire connaître!» Plus de 77 000 visionnements plus tard de la version YouTube, Lizotte, Éric et ses comparses peuvent sabrer le champagne. Mais avant, une explication s’impose. «On a pensé un moment avant de trouver le bon shunt. D’où la chanson: prendre quelque chose d’edgy pour que les gens se disent “Hein? what the fuck!?” et se demandent si on rit de lui et viennent vérifier. On lui a fait écouter la toune et comme c’était très drôle, Éric lui-même a embarqué à fond. Ce qui est fun avec Bombe.tv, c’est qu’on est un collectif de personnes provenant de plein d’endroits différents. Y’en a qui viennent du monde de la mode, d’autres de la TV, du sport extrême, des bars, du jet set, etc. Tu mets tout ce monde-là ensemble pis tu te rends compte que tu connais pas mal de monde. En réunissant des vedettes à droite et à gauche, tu crées un effet de chaîne, tsé. Prends notre vidéo avec Émily Bégin par exemple, c’est une amie à nous. Puis y’a celui qui a Sylvain Marcel qu’on connaissait moins, mais qui a embarqué avec nous lorsqu’il a vu que “Émilie avait déjà fait un truc du genre et ainsi de suite”.» Alors que le pharmacien de Familiprix et l’ex-Académicienne flirtent avec votre ordinateur portable, doit-on sonner le glas pour le bon vieux tube cathodique?

Fin de la programmation?
«Y’a beaucoup de gens qui croient que la webtv est entrain de détruire la tv conventionnelle, lance le jeune vidéaste. Mais c’est une erreur. C’est simplement un nouveau médium, une nouvelle plate-forme, faut l’accueillir, s’en servir et la jumeler à d’autres, pas la craindre.» Monétairement, le Web n’est pas encore une entreprise très lucrative. Président de Convergence Consulting Group, Brahm Eiley, qui livrait tout récemment une étude abordant le sujet, confiait à Infopresse que «[…] les revenus de la web télé représentaient 1% de l’ensemble des revenus télé des diffuseurs. D’ici 2011, ce chiffre pourrait monter à 5%». En attendant, Jeff Lee et les autres desperados du genre devront autant s’armer de patience que d’une bonne paire d’éperons. «C’est sûr qu’y’a des grosses compagnies à la Astral et Coca-Cola vont dropper des enveloppes pour ça, y’a aussi l’ONF qui prépare un fonds de financement. Y’a du gros cash qui s’en vient, suffit qu’il tombe dans les bonnes mains. De toute façon, les grands gagnants, ça demeure quand même le public. C’est eux qui vont décider ce qui reste, ce qui s’en va.»

www.bombe.tv

André Péloquin
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