CHRONIQUES
L'abominable homme des cons
Simon Jodoin
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Semi-automatique
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Je zappe et je matte
Jean-Nicolas Labrie
Pour passer mon clip à MusiquePlus…
Ondes souterraines
Stéphane Martel
Le syndrome Club Price
L'abominable homme des cons
12 mars 2008
Simon Jodoin

- L’histoire n’assure jamais le triomphe pur et simple d’un contraire sur son contraire.
Roland Barthes

Le débat qui entoure l’organisation des festivités du 400e anniversaire de la Ville de Québec est nettement plus divertissant que les événements qu’on tente d’organiser pour le célébrer. Il prend la tournure inévitable que doit prendre toute discussion en ce plate pays qui est le mien, à savoir la sempiternelle querelle entre les anglos fédéralistes et les francos provincialistes. Je pourrais me lasser de cette polémique, mais non, je demeure comme un enfant devant un spectacle de Guignol où s’affrontent ceux qui se veulent gentils et ceux qu’on voudrait méchants, où les marionnettes, toujours les mêmes, jouent fidèlement leurs rôles, animées par une main invisible plantée quelque part dans leurs troufions.

À ce titre, toujours prêt à dénoncer les manifestations de l’aliénation du peuple québécois – mais souvent aveugle à celle qui lui est propre – Sébastien Biz Fréchette signait en décembre dernier une lettre dans Le Devoir où il nous proposait de trier nos souvenirs, d’oublier quelques moments de notre histoire – les plus longs – sous prétexte qu’il les aime moins. «Tous les pays, écrivait-il, trient les scories de leur histoire au tamis. […] Mais chez nous, une bonne part du peu de mémoire que nous avons est occupée à glorifier nos conquérants. […] Mais comment demander à un amnésique de tamiser ses souvenirs?»… Pas mal, non? Il faudrait rappeler à ce gentleman que l’amnésie sélective, c’est encore de l’amnésie et que c’est loin d’être le signe d’une plus grande lucidité… Comme on le disait pour excuser les délires passagers de mon vieux grand-père: «Il en oublie des bouts…»

Plus amusant encore, le Réseau de Résistance du Québécois (RRQ), sorte de club où on se gargarise au patriotisme juvénile, a mis sur pied un site web, 400equebec.com, sur lequel la version anglaise ne comporte qu’une seule phrase: «It doesn’t exist an english version of this web site. We aren’t talking in english. This is the only sentence we know in that language.» (sic, sic, sic et re-sic). On fera donc le seul choix possible sur ce site, le français, où on peut lire: «Fêter le 400e anniversaire de la ville de Québec, c’est fêter la capitale nationale du peuple québécois, le siège de l’État national du Québec. […] C’est aussi fêter l’espoir que Québec prenne sa place parmi les capitales du monde et que le Québec accède enfin au concert des nations.»

C’est ainsi que se polarise toute discussion ici-bas. On pourrait presque y voir un syndrome ou une sorte de complexe que je baptiserais volontiers le complexe de la devise, du «je me souviens»… On se demande ce qu’il faut fêter comme on se demande ce dont il faut se souvenir… À ce titre, Sébastien Fréchette pose la bonne question, sans pourtant jamais y répondre, avouant qu’il n’en sait trop rien: «Qu’est-ce qu’on fête?».

Dans cette question, l’important n’est pas la «fête», mais bien le «on»… Ce «on» qui exclut la personne qui parle, la foule, sujet d’un tranquille anonymat, monsieur et madame tout le monde… On dit «on», parce qu’on est incapable de dire «nous»… Ou on s’y refuse…

Dans ce débat, ce n’est pas l’aliénation du peuple québécois qui se manifeste, mais bien cet irréductible manichéisme en noir et blanc où l’on range, sans pouvoir les nommer, d’un côté les méchants anglos conquérants sous le signe du mal et les valeureux résistants francos sous le signe du bien, ceux qui devraient avoir le droit de se réjouir et ceux qui devraient se repentir. En somme, l’aliénation ici concerne beaucoup plus une poignée d’individus, rompus à l’anglophobie, coincés dans une histoire qu’ils tentent d’oublier, radotant toujours et sans cesse le vieux mythe des origines où les bons résistaient aux méchants… Or, s’entêter bêtement à ne fêter que nos origines, ce serait comme un individu qui, lors de son anniversaire, ne voudrait fêter que son passage dans le col de l’utérus de sa mère en faisant fi de son vécu, de ses voyages, de ses rencontres qui, au fil des ans, ont fait de lui ce qu’il est devenu.

Il s’agit sans doute là d’une sorte de trouble bipolaire politique et comme on le disait encore pour mon vieux grand-père pour expliquer ses fréquents épisodes de vocifération: «y’a que les fous qui ne changent pas d’idée…»

Ne devrions-nous pas saisir l’occasion de travailler à un certain renouvellement, à une actualisation de notre identité, si nébuleuse soit-elle, forgée à maintes origines, à la cohabitation pacifique de deux (trois, quatre…) solitudes qui peu à peu se rencontrent toujours de plus en plus? Le seul regard au renouveau culturel actuel, où les «bounce le gros» et les «G-String» côtoient des frères cheminauds et des tireux de roches, devrait nous convaincre… Nous sommes peut-être enfin en train de relever le défi qui consiste à résoudre le manichéisme imbécile entre le «falardisme» et le «doncherryisme» qui déchire en ce pays toute initiative quelle qu’elle soit. La résolution de cet éternel conflit devrait de bon droit nous motiver et nous donner envie de célébrer non pas un passé qu’on voudrait oublier, mais un futur qu’on se propose de construire…

Malheureusement, cette imbécillité, bien loin de tenter de la résoudre, certains de mes contemporains, à l’instar de Sébastien Fréchette et du RRQ, ne font que l’illustrer.

4 commentaires
  1. Rock and Calisse dit :

    Amen Simon! Bonne trouvaille le falardisme! C’est comme si tout ce qui se passe finit en chicane entre le français et l’anglais. Au lieu de surmonter cette bataille qui ne finit pas on en revient toujours à ça. Sans se rendre compte que le noeud du problème c’est peut-être cete guéguerre où tout le monde reste sur sa position. Ras le bol!

  2. Pat et tics dit :

    Mais voilà le futur, il faudrait savoir si on le veut français où anglais, et la langue loin d’élever l’âme où la culture, n’est que le simple témoin de celle-ci. Comment veut-on que soit publiés les manuels d’entretiens de l’auto électrique québecoise? En anglais où en français telle est la question…

    En attendant que vous déterminiez l’issue de ce débat interne et personnel, je continue de gaver ma voiture à l’huile.

    P.S.:Il y a bien une solution, c’est de dire qu’il s’agit d’une automobile “General Motors”, ainsi plus de débat, la guerre est finie, les profits infinis…

  3. Un Québécois dit :

    Ah ah Simon Jodoin. Trop fort! J’ai lu ta discussion avec Patrick Bourgeois sur le forum Le Québécois et bien que je ne partage pas l’ensemble de tes opinions sur la constitution et l’indépendance, cette discussion était très divertissante. J’aime assez le forum Le Québécois, mais tu as raison au moins sur un point, Patrick Bourgeois est un clown qui s’ignore. Ça fait du bien de le voir se faire ramasser par toi qui n’a pas la langue dans ta poche! Ha ha! Très fort!

  4. Indépendant dit :

    Quelqu’un doutait encore que Patrick Bourgeois est un intellectuel du dimanche et un révolutionnaire de salon? Voyons donc. Juste à lire ce forum du Québécois, on voit bien que c’est le repère de jeunes quasi analphabètes qui joignent les rangs de ce pauvre type qui s’est improvisé auteur et presque journaliste un bon matin.

    Zéro respect.

    P.S. avant qu’on me traite de traîîîître fédéraliste, je suis indépendantiste depuis ma tendre enfance.

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