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Reportages et entrevues
Rencontré tôt le matin, à la veille de l’ouverture du 29e Festival de Jazz et à un mois des 20es FrancoFolies, son temps est compté mais il le prend cool, satisfait de la programmation que lui et son équipe ont concoctée pour les éditions 2008. Plutôt que d’analyser celles-ci et d’assurer le service après-vente qu’il se tape chaque fois avec le sourire autant dans le visage que dans la voix, Bang Bang a préféré savoir qui est Laurent Saulnier, d’où il vient pour occuper le poste qu’il tient depuis 1999. «En fait, ç’a commencé en 1982, je cherchais une façon de payer mon loyer et j’ai pensé soumettre une idée d’article à Québec Rock, une entrevue avec Telephone qui venait à Montréal dans ce temps-là.» Étudiant en communication à l’UQAM, spécialité radio, Laurent Saulnier se destinait plus aux ondes hertziennes qu’aux pages musique des magazines du Québec. «Je trippais beaucoup musique, j’en écoutais autant que j’en écoute maintenant et je considérais que la radio était le meilleur moyen d’en diffuser. Mais je me suis vite rendu compte qu’il n’y avait rien qui se passait à la radio dans ce temps-là, il n’y avait pas de Bande à Part, la première porte où j’aurais cogné si ça avait été le cas. J’ai fait mon profil en radio mais j’en n’ai jamais vraiment fait. Parce qu’avec l’écrit, j’y ai vu un plus grand choix de sujets, où nos choix n’avaient pas de conséquences directes comme les cotes d’écoute ou le CRTC. Je trippais plus à découvrir et partager ces découvertes que de parler des vedettes. L’écrit me donnait cette possibilité.» N’ayant pu payer son loyer avec son article, payable à la publication oblige, Laurent Saulnier avait néanmoins mis le pied dans les médias et allait s’y installer pour les 17 années suivantes. De 1982 à la fermeture de Québec Rock en décembre 1986 pour ensuite cogner à la porte du Voir en janvier 1987. «J’ai manqué les cinq premiers numéros du Voir, ça commençait, j’ai été chanceux, j’ai été le bon gars, à la bonne place, au bon moment. Au-delà du talent ou whatever, j’ai eu de la chance d’arriver là à ce moment-là.» Fondé en 1986, l’hebdo culturel créait alors un précédent québécois en devenant la première publication culturelle francophone gratuite de la métropole. De la même lignée que le Village Voice à New York ou le Now de Toronto, le Voir allait changer l’information culturelle francophone de façon indélébile, avec la contribution enthousiaste de Laurent Saulnier. «Je croyais beaucoup à cette formule-là. Avec les antécédents et les succès du Village Voice et du Now, je voyais que ces journaux avaient une vraie influence. Nous, ce qu’on connaissait de la gratuité, c’était des journaux comme L’Avenir de l’Est. Je voyais qu’un journal comme Voir avait le potentiel de devenir comme un Village Voice. Et c’est ça que c’est devenu.» Pigiste de 1987 à 1991, il écrira dans toutes les sections musique que comptaient les magazines du Québec à l’époque, à quelques exceptions près. En 1991, il obtient le poste de chef de section musique au Voir et occupera ces fonctions jusqu’en novembre 1999. «Ç’a été une longue ride, mais je me voyais pratiquement mourir là. J’étais bien, je faisais ce que je voulais, ou presque. J’avais ma colonne où je parlais de ce que je voulais. Je voyais je ne sais plus combien de shows, j’écoutais tout ce qui sortait, je travaillais avec des gens super qui sont devenus pour plusieurs des acteurs importants dans le milieu, on avait du fun. On s’est trompés quelques fois mais dans l’ensemble on a fait une bonne job, je pense. C’est un peu grâce au Voir que la scène de Montréal est rendue où elle est aujourd’hui. On a ouvert la porte des médias à ces groupes qui commençaient, qui sonnaient différents et qui selon nous méritaient qu’on en parle.» Appréciant autant un GrimSkunk qu’un Michel Rivard, le chef de section cultive un éclectisme démocratique où le dénominateur commun est «C’est-tu bon?» et donne le ton à son équipe, provoquant une effervescence dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. Satisfait de son sort, Laurent Saulnier ne songeait pas quitter son poste en entrant au Spectrum lors des FrancoFolies en juillet 1999. «J’allais voir un show de la série Hip Rap Rock et la première personne que je croise, c’est Alain Simard(Président de Spectra) pis il me dit: “Eille, il faut que je te parle.” Je me dis: “Bon, quelle niaiserie ai-je écrite qu’il n’a pas aimée?” Je lui dis: “ok, vas-y.” Il me dit: “non, non, faudrait qu’on se parle dans le privé.” Je sentais la température monter. S’il veut me parler dans le privé, il va tellement me battre. On va dans un coin et il me dit: “Tu vas-tu mourir là au Voir?” Et je dis: “ben oui, probablement. Je suis bien. J’aime ça.” “Et si je t’offrais une job?” “Ben là, quelle job?” J’espérais tellement qu’il ne me propose pas une job de média, où y’aurait fallu que je vende des artistes à des journalistes qui étaient, pour la plupart, des amis. Ben non, il m’a proposé d’être programmateur. Vu que je n’avais pas vraiment pensé à quelque chose du genre, j’ai fait genre: “ha bon, ok, ça pourrait m’intéresser.” Vu qu’on partait tous en vacances après les Francos, je lui ai dit de me rappeler en revenant, qu’on allait s’en parler et qu’il me fasse une vraie offre. Je suis rentré au show et Alain Simard m’a rappelé juste en septembre. Moi, depuis ce temps-là, je m’étais fait tout un scénario dans ma tête et je la voulais cette job-là. Mais plus le téléphone ne sonnait pas, plus je me disais qu’en fin de compte, que ça marcherait pas.» Tout le contraire en fait et c’est avec un mandat de rénover les FrancoFolies que Laurent Saulnier prend son poste à la fin de 1999. Appliquant la même éthique qu’à son poste de chef de section, il ouvre la programmation aux nouveaux talents qui font leurs preuves sur les scènes parallèles. De façon graduelle, il donnera un nouveau souffle à ce festival qui est depuis devenu pour plusieurs un incontournable, tant pour les spectateurs que les musiciens qui s’y produisent. «J’ai été chanceux que les choses convergent en même temps. Tout s’organisait pour qu’on ait une scène comme on a maintenant. Y’a rien qui s’est fait tout seul. Tout le travail qui s’est fait avant a mené à des structures comme Bonsound, Dare to Care ou des mouvements comme Sherbrooklyn. Et qui fait que les nouveaux bands sont vite pris en charge par du monde qui sait quoi faire pour diffuser leur musique. Ça rend notre job plus facile et tout le monde en profite.» Et un vingtième anniversaire, comment on aborde ça? «Pour moi dans un festival, c’est l’aspect fête qui est important et chaque année, faut que cet aspect soit présent sinon on a manqué notre coup. Quand on aborde un chiffre rond comme 20 ans, on espère juste que la fête va être encore plus réussie.» 24 juillet au 3 août – FrancoFolies (Montréal)
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