CHRONIQUES
L'abominable homme des cons
Simon Jodoin
Miss scène locale
Le petit tavernier
Sunny Duval
Cabaret Fun Spot / Cheval Blanc
Semi-automatique
André Péloquin
Haute fidélité?
Un pied dans bouche
Ed Hardcore
Satan en taxi
Foulosophie 101
Francois Gourd
Castor et Pollux
Télémathysme
Catherine Mathys
Belle bête
Du haut de la King
Dominic Tardif
Sherbrookoise chronique
Base art visuel
Julie Ledoux
«I have a dream that one day…»
Je zappe et je matte
Jean-Nicolas Labrie
Pour passer mon clip à MusiquePlus…
Ondes souterraines
Stéphane Martel
Le syndrome Club Price
L'abominable homme des cons
30 octobre 2007
Simon Jodoin

Je suis la mauvaise herbe, braves gens, braves gens
C’est pas moi qu’on rumine et c’est pas moi qu’on met en gerbe
Je suis la mauvaise herbe, braves gens braves gens
Je pousse en liberté dans les jardins mal fréquentés
- Georges Brassens.

Lors de ma dernière chronique, je vous racontais mes inquiétudes face à la récente mutation de Local Distribution qui a cessé cet automne d’acheminer l’ensemble de son catalogue vers les disquaires mais qui, par le biais d’une entente avec Outside Music, pourra placer en magasin les produits qui bénéficient d’une certaine popularité. J’y voyais, peut-être à tort, une certaine victoire des règles du marché sur la recherche d’alternatives économiques et culturelles.

Afin de calmer mes inquiétudes, Olivier Robillard Laveaux, dans sa chronique Scène locale publiée dans le Voir du 18 octobre dernier, se livrait à un prototype de dissertation à propos de la sélection naturelle. «Nous sommes donc rendus à l’ère de la sélection naturelle, écrivait-il. […] Se faire interviewer par les médias, jouer sur les ondes des radios et vendre son disque en magasin, ce n’est pas un droit. […] C’est maintenant un privilège réservé aux meilleurs groupes repérés par les multiples radars d’une industrie ouverte et en santé. Cet équilibre assure un niveau de qualité essentiel à la survie du buzz scène locale.» Bref, que l’on abandonne une majorité d’artistes obscurs au profit d’une minorité qui sait créer de la «bonne» musique ne devrait pas, selon ce gentleman, nous inquiéter outre mesure. Il s’agirait d’un progrès tout a fait «naturel» qui saura garantir des standards de qualité au sein de la scène locale.

Au risque de déplaire à cet éminent collègue, ses propos, loin de me rassurer, ne font que nourrir mes craintes.

Ce qu’on pourrait appeler «l’industrie de la culture» ne procède pas par sélection naturelle. C’est plutôt de sélection artificielle dont il faudrait parler, principe selon lequel, par intervention humaine comme c’est le cas en agriculture, on ne reproduit que certains individus afin d’élever des animaux plus riches en viande, des carottes plus grosses et plus droites, des céréales qui résistent mieux à tel ou tel climat. C’est dans ce contexte qu’on arrache la mauvaise herbe pour planter des navets et qu’on ne reproduit un husky qu’avec un husky… Qu’on me comprenne bien, je mange du navet toutes les semaines et j’aime bien flatter un husky, mais je sais, ce faisant, qu’ils sont issus d’une sélection artificielle et non d’une nature laissée à elle-même.

La sélection qu’effectuent les producteurs culturels procède de la même manière. On choisira par exemple de cultiver certains talents parce qu’ils sont plus aptes à pousser dans le potager radiophonique, parce que les fruits de leurs créations sont au goût des consommateurs. On fera le choix d’investir dans tel ou tel produit parce qu’il rapporte plus ou qu’il fait plus joli devant les caméras.

La nature ne connaît pas les principes de bons et de mauvais, elle ne réserve pas de «privilèges» aux «meilleurs». Elle ignore les jugements de valeur et, surtout, elle ignore ce qu’est un buzz ou un niveau de qualité. Toutes ces notions sont des artifices de la civilisation. Trier le bon grain de l’ivraie, ce n’est pas un processus naturel, c’est un choix culturel, une sélection artificielle.

La sélection naturelle, principe selon lequel toute petite variation est conservée lorsqu’elle est utile, procède tout autrement. Elle permet aux plus petits organismes, même les plus indigestes, de se reproduire, aux champignons d’attaquer les arbres morts et aux bactéries de dominer la biosphère depuis des milliards d’années.

Confondre la sélection naturelle et la sélection artificielle, c’est faire la même erreur que l’industrie forestière qui appelle «forêt» une plantation en ligne d’arbres identiques où il ne pousse rien d’autres que du bois apte à fabriquer du papier cul plus doux. Il s’agit là d’une malheureuse méprise qui ne peut se justifier que par l’ignorance.

Il m’apparaît indiscutable que le monde de la création artistique peut très bien se comparer à un écosystème où la beauté et le majestueux côtoient constamment le gluant et les microbes et où les uns n’existent pas sans les autres. Le principal enjeu de la culture alternative, c’est justement de parvenir à une certaine production tout en préservant l’équilibre indispensable à la santé de cet écosystème. Choisir de faire l’inverse, d’arroser les pissenlits avec des herbicides pour mieux cultiver le jardin du buzz, c’est purement et simplement cesser de rechercher des alternatives et se réfugier dans le court terme pour se rendre compte, plus tard, que le champ qu’on labourait jadis est devenu un désert.

Je m’en voudrais, en terminant, de ne pas préciser que de récentes hypothèses scientifiques tentent de comprendre l’évolution de la culture humaine en présupposant qu’il pourrait exister quelque chose comme une «sélection naturelle» des schémas culturels qui, par imitation, arriveraient à se propager. C’est ce qu’on appelle la mémétique, théorie encore toute jeune qui serait en quelque sorte à la culture ce que la génétique est à la biologie. Cela dit, même en supposant que de telles hypothèses pourraient être éventuellement vérifiées, on se rendrait probablement compte que l’aptitude à survivre et à se propager ne repose pas sur un jugement de valeur entre le bon et le mauvais, sinon on serait obligés de conclure que Happy Birthday To You est la meilleure chanson de tous les temps…

7 commentaires
  1. Con-tab dit :

    Hahaha… espèce de vieux grand libéral va!

    Sérieux, j’abonde.

    Mais si on arrivait à rendre la mauvaise herbe aussi nourissante que les navets, on serait en business.

    Quand aux huskys, par chance, ils se mangent entre eux…

  2. Pete dit :

    Afin de poursuivre dans le thème des sélections naturelles et artificielles, j’aimerais faire un parallèle avec le débridé Gala de L’ADISQ télédiffusé dimanche dernier sur notre précieuse télé d’état…

    Depuis près de 30 ans, cette association majoritairement composé de producteurs fanatiques de sélections artificielles, nous présentent ses mentors sur un gros show TV qui,pour l’occasion, débarquent en complet cravate pour nous présenter leurs nouveaux produits. Une vaste sélection de résultats artificiels qui sont supposément plus beaux, plus gros, plus forts et surtout, de mêmes saveurs que leurs prédécesseurs. De toute façon, ces produits s’adressent à des clients qui se crissent ben du nouveau buzz (comme dirait Laveaux) ou des nouvelles saveurs, en autant que les médias nous disent que c’est bon pour nous, c’est çà l’important : « heye, y le disent à TV faque c’é bon».

    Tout ce cirque artificiel qui tente de se camoufler sous un événement naturel me lève le cœur. L’objectif de cette missive, un GALA, est sensé nous indiquer qui sont les nouveaux champions et championnes de la musique québécoise. On s’en branle tu pas de qui c’est qui est le meilleur groupe ou ben la plus bonne chanteuse de l’année???

    Et comme pour ajouter l’insulte à l’injure, leur président, Pauvre Dupont Hébert secondé par Raymond Legault, le nouveau Monsieur UDA (avec trémolo bien senti dans son discours sans convictions, appris quelques minutes plutôt dans le VUS de l’année de son chum PDG de l’ADISQ) viennent se dresser devant les kodaks avec leurs 2 camarades inconnus et hors contexte du milieu musical, pour implorer le CRTC de règlementer rapidement le milieu internaute avant l’effroyable envahissement appréhendé du plus grand peuple artificiel de la planète, leur méchant voisin américain. N’est-ce pas un bon exemple de la sélection artificielle qui tente de corrompre la sélection naturelle???

    Même l’animateur, M.Loblaws, fait des bonnes blagues sur You Tube et en remet sur l’éternel discours de la gratuité sur internet pis que c’est pas normal de pas payer des droits pour çà pis que c’est pas juste pour les artistes pis gnan, gnan gnan ( voir…zzz…ronfff…zzz)

    Et BANG, voilà que tous nos artistes favoris, bien installé en rang d’oignon dans le St D’nis à 250$ le siège, applaudissent en trombe leur sauveur tout en sachant pertinemment qu’ils cesseraient sur le champ leurs visites quotidiennes s’il fallait verser 0,33$ fucking cent de royauté chaque fois qu’ils consultent eux mêmes You Tube. Pathétique…

    Bref, par ce petit régurgit matinal, je voulais simplement tenter de discerner l’expression sélection naturelle de celle de sélection artificielle et pour reprendre les mots de notre ami Jodoin, je me plais d’avantage à être un champignon naturel qui s’attaque à la matière artificielle que d’être un gros blé d’inde génétiquement modifié qui engraisse le milieu artificiel de la musique québécoise.

  3. une vétérante parmis d'autres dit :

    On voudrait … mais on n’est pas tous des Desjardins !

    C’est de l’Engrai(e)nage de merde! On a beau s’attaquer aux hippies à longueur d’année: là, la ressemblance entre l’industrie musicale et le milieu agricole frappe de plein fouet! Et, moi, je prends pour Laure Waridel ! Facile de le dire, mais saurais-je le faire ?

    Pour avoir assisté à cette soirée-flafla en personne et, pour la première fois, munie d’un gros billet payé à 250$, je dois dire que je me sens envenimée.. voir coincée entre mes convictions profondes et mon besoin de vivre, ou plutôt, de survivre à l’artifice! N’est-ce pas là le point de plusieurs artistes, qui, même s’ils sont ‘anti l’ADISQ’ doivent s’y présenter au cas ou ils seraient ‘reconnus’ ? (c’est bien connu… pour Isabelle Boulay un Félix !pseudo country! n’égale pas nécessairement une grande hausse de vente de ses disques ou de ses spectacles… mais pour un ‘hypothétiquement’ Damien Robitaille gagnant.. (ce n’est qu’un exemple) les retombées seraient évidentes). Les pissenlits auraient-ils besoin du gazon pour pousser ? J’ai bien peur que oui… et c’est loin de me laisser indifférente !

    Pour combattre un virus il faute en connaitre toutes ses composantes.. voir l’intégrer pour ensuite mieux le désintégrer ! J’aurais aimé pouvoir le faire accompagnée de gens qui ont la même réflexion, mais ils n’ont rien gagné ou n’étaient même pas nommés, donc absents (les malheureux n’ont pas eu la chance de s’exprimer… mais l’auraient-ils fait ??).

    Chers messieurs de la sous-industrie (il faut dire vrai, il n’y a pas grand femme (sauf pour ce qui est des chanteuses) dans cette industrie… il s’agit certes d’un tout autre débat), sachez que j’abonde en votre sens, mais serait p’t'être temps de mettre vos culottes quand vient le temps de vous auto-représenter dans ce milieu transgénique… quoique fort affectée de mon expérience, je vous comprend d’être resté à la maison, car je me porte malade (pour vrai!) depuis cette soirée fatidique.. Ai-je attrapé l’omg?… je ne sais plus!

    En gros mon point c’est que, à un ou deux label près, il n’y a pas grand mauvaises herbes dans notre coin de jardin montréalais… du moins, s’il y en a, elles sont désorganisées.. là est notre gros problème ! Ces mauvaises herbes, dont on dore l’image depuis trois écrits, ont la fâcheuse habitude de ne pas trop se reproduire (faudrait surtout pas engager du personnel et regrossir notre petite réussite personnelle !!), habitude frustrante de ne pas s’étendre … de s’effacer lorsque vient le temps des ‘campagnes musectorale’ de peur de perdre la face en participant à cette gamiq … il manque donc un partit Rhinocéros dans les verts pâturages de l’industrie. (ne serait-ce que pour être représentés et ne pas jouer aux anarchistes qui ne votent pas… vous voyez le parallèle ?)

    C’est tout qu’un fantasme que de crier ‘pow pow té mort’ dans un micro pis de ne pas ‘represent’ quand c’est le temps !

    J’ai beau être complètement malade (dans les deux sens!) je sais une chose: c’est ruff en ?*$$#%$ de voir s’essouffler nos deux anges vagabonds, le gourde St-Fortunat fest… etc ..nommez-les… sans pouvoir y faire quoi que ce soit.

    Mais qu’est-ce qu’une petite femme comme moi peut bien changer, quand elle est la seule de sa meute à se tenir debout devant les grosses carottes de l’industrie un dimanche au soir au St-Denis ? Là, j’sais pas si c’est le trop plein d’analgésique qui parle ou la simple lucidité … mais je ne sais pas du tout. J’aimerais vraiment avoir la réponse..

    … heureusement, y avait les Brestfeaders pour me servir le rhum et ainsi calmer mes ardeurs à l’après gala !!

    The show must go on !

  4. JF FORTIER dit :

    Salut Simon,
    je crois que peu importe ce qu’un tel ou toi ou moi pensons, on occulte trop souvent dans ce genre de débat la notion de ce que j’appelle le “rapport de force”. On considère l’ Industrie comme une entité homogène et machiavélique tirant les ficelles et sachant exactement ce qu’elle fait. Et c’est tellement pas ça…
    As-tu du monde à tes shows? Vends-tu des records? Suscites-tu l’attention? Si c’est oui, tu finira par établir un rapport de force qui te fera sortir du lot et qui attirera vers toi de + en + de fans et d’action. Et que tu fasses partie du côté obscur de l’ Industrie ou non ne changera rien à cette réalité.
    On oublie aussi qu’avant, faire un disque n’était pas donné à tout l’monde et que de réussir à en faire un te plaçait de facto dans une caste plutôt restreinte. Mais maintenant que ce privilège n’en est plus un, il ne faut pas s’étonner que l’accès aux tablettes des magasins commencent à se raréfier.
    Mais la beauté dans tout ça, c’est que c’est toi le boss si tu veux! À toi de bâtir ton rapport de force et le moindrement qu’il sera réel et concret, tu auras accès aux tablettes, les journalistes te tourneront autour et tu pourras même t’inscrire à l’ADISQ si tu veux. Tricot Machine, les 3 Accords, Malajube, Yann Perreau et plein d’autres illustrent parfaitement ce point.
    En ce qui me concerne, j’ai réussi plus que jamais ces derniers mois à gagner des sous avec ma musique, même si ça fait maintenant plus de 2 ans que mon dernier album est sorti. La TiVi m’a même appelé cette semaine sans même que je lui demande quoi que ce soit… C’est ben pour dire!

    Mais pour ce qui est d’une sélection “naturelle”, je pense qu’elle le sera vraiment le jour où l’État cessera de faire des PPP avec les producteurs. Il serait bien que ça cesse, par souci de justice pour tout l’monde. Il fut un temps où ce système était peut-être justifié (..?) mais cette époque est maintenant révolue. C’est déjà assez difficile comme ça, faut-il vraiment en plus qu’un artiste chez Audiogramme reçoive des contribuables un budget de promotion qui sera le double (ou le triple, si ce n’est pas +..)) de ce qu’il m’en coûtera pour produire mon prochain disque…

    Et pour finir, je terminerais en disant que de jouer sur les mots “naturel” et “artificiel” complique le débat. N’oublions pas que tout, absolument tout est chimique, que le pétrole, on trouve ça dans la terre, et que de l’uranium radioactif, c’est très naturel… Bonne soirée-là, JFF

  5. Simon J dit :

    Hola hola! Bonjour à tous!

    Pour bien comprendre l’idée que j’ai déployée ici, il me semble qu’on doit la replacer dans son contexte.

    Ce qui m’inquiètait (et m’inquiète toujours), lors de mon article précédent, c’est le fait que LOCAL distribution, qui était une coopérative de distribution qui appartenait à ses membres, dotée d’une mission d’économie sociale, ne puisse plus poursuivre ses activités et fera finalement que le même boulot que n’importe quelle étiquette : faire affaire avec un distributeur qui placera en magasin des produits au gré du succès, de l’engouement médiatique, et selon les choix des organisateurs de festivals et des directeurs radio.

    Je vois dans cette situation la fin d’une possibilité, d’une alternative que je jugeais essentielle dans la mise en marché de produits culturels. LOCAL était un distributeur “communautaire” au même titre qu’il existe des radios “communautaires” et étudiantes, qui défient les règles de l’offre et de la demande grâce à une force coopérative, un soutient de ceux qui participent à la structure.

    Ce que je déplore, ou plutôt ce qui m’attriste, c’est de constater que cette force communautaire n’a pas su faire le poid face aux règles implacables de la concurrence. Pas que je sois un triste gauchiste acharné, mais bien au contraire, parce qu’à tire d’artiste autoproducteur libre je crois à la liberté de créer des alternatives et de me joindre à une force collective pour tenter de proposer “autre chose”, des produits plus exotiques qui, sans être de grands succès de vente, j’aime coire qu’ils ont un rôle à jouer dans l’écosystème cuturel.

    Ce qui me choque et me met littéralement en colère, c’est lorsque certains bozos tentent de me faire croire que l’industrie est “ouverte” à ce genre de démarche, qu’elle sait trier le “bon” du “mauvais” et que la scène est en santé parce que Les Trois Accords passent sur les stations Astral Média, que GSI a signé Navet Confit ou que Malajube joue au Japon. Tant mieux pour tous ces gentlemans, je leur souhaite encore plus de succès, je suis même prêt à saluer bien bas leur talent… Mais je persiste à croire que les douzes exemples qu’on relate jusqu’à plus soif pour illustrer la “santé” de la scène “locale” ne sont certainement pas des arguments pour affirmer, en dernière instance, que la mise en marché des produits culturels n’a plus à développer d’alternatives.

    Devrait-on fermer CIBL ou CISM parce que Xavier Caféïne passe à CKOI ??? Devrait-on fermer les disquaires de quartier parce que HMV vend l’album de Malajube ???

    Non, justement… Pour répondre plus précisément à JF Fortier… Je crois sincèrement que la coopération, comme c’est le cas à CIBL et comme ce l’était à LOCAL, peut et doit établir un rapport de force en proposant des produits alternatifs et, surtout, un accès à ces produits. Bref, un réseau alternatif de mise en marché, tissé serré, au sein duquel un distributeur comme LOCAL jouait un rôle essentiel.

    En somme, même si je suis persuadé qu’un artiste, à titre individuel, peut établir un certain rapport de force en se démarquant avec son travail, loin d’occulter cette notion, je suis beaucoup plus porté à la comprendre sur une base plus globale : c’est un réseau (même désorganisé) de travailleurs culturels qui peut créer un rapport de force au sein de l’industrie. Bien que je parle ici de l’industrie de la culture, j’ai la forte conviction que cette idée s’applique à toutes les formes de mise en marché.

    Voilà voilà… ;-)

    S.

  6. une vétérante parmis d'autres dit :

    Merci Simon et lâche pas, ils sont rares les convaincus!

    x

  7. JF FORTIER dit :

    Allo Simon, désolé, je retourne comme ça innocemment pour voir ce que tu réponds et me voilà reparti… Ce doit être à cause de 110%!

    Loin de moi l’idée de vouloir seulement travailler pour mon seul nombril. Si je pensais ainsi, jamais j’aurais donné la possibilité à plus de 250 bands et artistes de jouer aux soirées (La Beat Caravane) que j’ai organisées pendant 3 ans au Missy, à l’Esco et maintenant à la Maison de la Culture Pointe-aux-Trembles. C’est du travail en ‘ta… Disons qu’il faut aimer ça! Alors oui j’abonde Vétérante, ils sont rares les convaincus.

    Mais en ce qui concerne le rapport de force, il ne peut s’agir ici que de quelque chose de concret, tangible, et dont la manifestation est à la base engendrée par l’identité même des artistes et du sentiment d’appartenance qu’ils sont capable de susciter, peu importe la “structure” ou “l’absence de” qui les entoure. En fait, c’est justement là que le rôle de la “structure” peut devenir intéressant.

    À cet effet, si Local avait su garder ses poulains les plus prometteurs, il serait aujourd’hui en bien meilleure posture pour remplir la mission qu’il s’était donné. Admettons que Malajube et DJ Champion (pour ne nommer que ceux-là) soient toujours avec Local, non seulement le distributeur dégage des surplus, mais il devient un joueur respecté par les disquaires et peu pousser davantage pour ses artistes alterno-émergents (J’ouvre une paranthèse: c’est quoi être altenatif? Être condamner a évolué dans l’ombre? Pas besoin d’un distributeur pour ça… Ou plutôt quand cesse-t-on de l’être? À partir de 10 000 copies vendues? Quand les ondes commerciales veulent tout à coup à te diffuser? Quand on est en nomination à l’ADISQ? Bref, quand on commence à avoir du succès..? J’ai bien peur qu’être alternatif ne soit qu’une vue de l’esprit…). Rétrospectivement, la mort de Local, dans la mesure où sa structure interne ne lui permettaient pas de faire des profits (organisation à but non-lucratif), mais surtout, dans la mesure où ses membres qui devenaient de moins en moins “alternatifs” pouvaient facilement s’en aller, était une mort annoncée… Conjuguons cela au fait que pour beaucoup d’artistes, être en magasin est une fin en soi, et on arrive où on est rendu… En passant, je ne blâme ici nullement David, Jean-Robert, Annie, Martine, Cynthia et tous les autres qui ont mis tout leur coeur et leurs énergies dans cette entreprise. Entreprise dont j’ai bénéficié beaucoup soit dit en passant.
    Il ne faut pas oublier qu’entre la fondation de Local et aujourd’hui, le contexte a énormément changé.
    Mais (je me répète) la bonne nouvelle, c’est que ce changement permet maintenant d’établir un rapport de force d’une façon qu’il n’était même pas possible d’imaginer il y a à peine 5 ans (pour ma petite tête du moins). Par contre, comme je l’apprends du plus en plus avec le temps: no pain no gain.
    C’est pourquoi, et je terminerai ainsi, ce serait + juste pour tout l’monde si l’État débarquait de l’industrie musicale.
    Là on aurait vraiment juste du “naturel”. Parce qu’entre toi et moi, on s’entend pour dire que pas mal tout le monde est boosté en ce moment… Et que si depuis tout ce temps, Audiogramme, La Tribu et tous les autres n’ont pas appris eux-mêmes comme des grands à produire leur propre bacon…
    Mais bon, j’imagine qu’une idée néo-satano-libérale qui détruit des PPP, c’est trop tabou..!
    Kess-t-en pense? Avoue que… : )
    À+
    JF

Laisser un commentaire