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L'abominable homme des cons
Bien que je sois un éternel et incorrigible critiqueux du dimanche, je n’ai jamais eu envie d’être un critique. Pas envie. Pas envie de vous dire ce que je pense de tel ou tel album, de tel ou tel bouquin, de tel ou tel groupe, si c’est bon ou pas, ou des machins du genre. Il s’agit là sans doute d’un vieux pli inhérent à mon travail de création… Étant moi-même concerné par tous les soucis du poète maudit, je vois mal en quoi je serais apte à critiquer le travail de quelqu’un d’autre. C’est sans doute ce qui fait la différence entre chialer à la petite semaine, hobby que je pratique avec joie aussi souvent que je le peux, et le travail de critique, qui est une profession qui ne me concerne en rien. Le chialeux ne s’inquiète pas de telle ou telle production, d’un album ou un d’un livre en particulier. Ce qui l’intéresse, c’est la condition humaine, la civilisation, au sens large, le lot commun des humains en société… Ainsi, pour moi, Malajube ou Simple Plan, Marie-Mai ou Marie-Annick Lépine, c’est du pareil au même… Ce qui m’intéresse, c’est le contenant qui est toujours le même, pas le contenu qui varie (quand il varie…). Sauf que… Eh oui… Un peu comme Zelig, à force de fréquenter des critiques, il m’arrive de le devenir, de jouer leur rôle, presque à mon insu… Ça m’arrive comme ça, de manière tout à fait innocente… Je regarde une émission à la télé et là, hop, la mutation s’effectue sans que je ne m’en aperçoive… «Ostie! C’est ben poche cette affaire-là!» C’est ce qui m’est arrivé en regardant le Bye Bye 2007 de Rock et Belles Oreilles présenté à Radio-Canada le 31 décembre dernier… Plate à mort. Même pas un sourire ou une petite lèvre en coin… Rien. Juste le fameux frisson qui me passe par le corps, une sorte de gêne qui m’embarrasse quand je réalise à quel point l’humain peut être épais… Gêne et déception, car loin d’être un détracteur, j’étais de ceux qui à l’époque enregistraient fidèlement leurs délires radiophoniques avec mon tape cassette pour en distribuer des copies à mes camarades de classe. Or, ces compères baveux avec qui on rigolait volontiers il y a une vingtaine d’année ne sont plus ce qu’ils étaient… On vieillit, faut croire… Ils sont passés, si on peut dire, du rôle de rieur à celui de risée. Comment un type qui a usé son Ringo Rinfrette jusqu’à plus soif dans tous les recoins du réchauffé peut-il encore se moquer de quelqu’un? Comment un Guy A. Lepage, responsable de banalités telles que Camping Sauvage, capable d’étirer la sauce de ses jokes de couple jusque dans des pubs de Ford et grand inquisiteur de nos dimanches soirs peut-il encore jouer au jeu de la moquerie envers quiconque? Comment André Ducharme, du haut de son rôle dans Virginie et de scénariste derrière les banalités de Lepage, peut-il encore baver quelqu’un? La banalité du Bye Bye de RBO se résume peut-être à cette simple interrogation: T’es qui toé pour rire de qui que ce soit? L’âme n’y est plus, en somme, et le jupon dépasse inévitablement…Une blague sur TVA, lorsqu’elle est proposée par un Club Sélect de Radio-Canadiens embourgeoisés dans leur platitude, ça n’a plus le même effet que lorsqu’elle est lancée par une gang de bozos sortie d’on se sait où … Si on se plaisait à rigoler en compagnie de RBO naguère, c’est aussi, et peut-être surtout, parce qu’on se demandait du coup: «mais d’où ils sortent ces bozos?»… Aujourd’hui, on se demande plutôt par où on pourrait bien les faire sortir… Juste avant ce Bye Bye de RBO, j’ai aussi écouté la revue de l’année proposée par Infoman, sans frissons cette fois, tout à fait à l’aise, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, parfois tordu, la rate bien dilatée. Or, ce qui n’est pas banal, c’est que cet Infoman, qui ne dispose certainement pas du même budget, me présente la réalité avec les moyens du bord. Déformée par le montage sans doute, mais la réalité tout de même dans la face: «regarde le con»… Rien ne sert de grossir les traits, ils sont déjà gonflés à bloc, épais, au crayon gras. Curieusement, par exemple, les citoyens réels à la commission Bouchard-Taylor étaient maintes fois plus comiques que les caricatures ennuyeuses que RBO a imaginées. Et au fond, comment peut-on être plus con que la connerie elle-même? Comment caricaturer ce qui est déjà en soi une caricature? Même chose pour les débats de 110% que j’écoute assez souvent, question de rigoler un bon coup. La caricature exécutée par RBO n’arrivait pas à la cheville de l’absurdité de l’émission réelle. Comment peut-on être plus drôle, en l’imitant, que Jean Perron lui-même? Même constat pour André Drouin, le conseiller municipal de Hérouxville… Les images proposées par Infoman du personnage réel étaient nettement plus déconcertantes que le sketch de RBO sur le même sujet. Bref, tout se passe comme si les grands sujets d’actualité, les faits eux-mêmes, sont désormais plus aptes à faire rire que toute caricature qui voudrait en grossir les traits… Un peu comme si la réalité était déjà tellement exagérée que toute surenchère ne peut rivaliser. Peut-être que la connerie a atteint son sommet et qu’en quelque sorte, il est impossible de grimper plus haut que l’Everest…
2 commentaires
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31 janvier 2008
Pas plus haut que l’Everest? Vraiment!?…Pourtant Virgin va nous y emmener très très bientôt. Sans parler du Big Red Crushed QuéBull de samedi soir dernier. Oui, le rire sera “vieille capitale” cette année, ou il ne sera pas. Mais la bonne nouvelle des Fêtes du 400ème c’est qu’au 500ème on sera tous morts.
Arthur Gilet Filion
9 février 2008
Bravo, collègue.
J’ignore totalement ce qu’est RBO mais je vois l’idée et abonde volontiers dans ton sens.