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L'abominable homme des cons
Je sais, ce n’est pas un scoop, elles passent à toutes les heures dans votre téléviseur… De quoi je parle ? Des publicités de Zellers enjolivées de la pièce Ton plat favorit, tirée du plus récent disque de Malajube. L’histoire a provoqué quelques vagues dans l’océan des mélomanes émergents. En effet, une légende de la mythologie undergound veut que les artistes qui se réclament des courants alternatifs devraient s’abstenir de tout pacte avec le diable du capitalisme. Je ne suis pas de cet avis. Faire fortune n’est pas a-priori une calamité. Ce qu’il faudrait se demander, c’est pourquoi Zellers a besoin d’une telle image ? Pour annoncer ses couleurs ou pour les dissimuler ? Alors, c’est quoi au juste Zellers ? Zellers, c’est une chaîne de magasin de la Hudson Bay Company qui appartient majoritairement à la True North Retail Investment, filliale de la Maple Leaf Heritage Investments, propriété de Jerry Zucker, citoyen de Charleton, Caroline du Sud, one of the 400 richest Americans, au 346e rang avec sa valeur nette d’un millard de dollars. Zellers, c’est aussi la compagnie qui s’est disputé en 2002 le funeste titre du Sweatshop Retailer of the Year, quelques pas derrière Wal-Mart. Zellers, c’est une employée d’une fabrique du Lesotho, poignardée en 2001 par son contremaître armé de ciseaux, parce qu’elle voulait faire la grève. Zellers, c’est la compagnie qui, dénoncée pour ces méfaits, a préféré déserter ces fabriques plutôt que de s’engager à les améliorer. Zellers, c’est plus de 300 contrats avec des usines en Chine, où le simple fait d’avoir une opinion est dangereux. Zellers, c’est neuf ans devant les tribunaux pour contester l’accréditation syndicale du magasin d’Alma après la fermeture d’un magasin syndiqué dans la même ville. Zellers, c’est un travailleur de Ste-Hyacinthe renvoyé en décembre dernier, coupable d’avoir récupéré des tablettes de chocolat périmées dans les poubelles de l’entrepôt. Zellers, c’est des taux de crédit usuriers et des comptoirs de malbouffe Pizza Donini dans ses magasins. C’est ça Zellers… Là où le prix le plus bas fait loi. Pas étonnant qu’ils aient besoin d’une image cool… La merde se mange toujours mieux si on y met un goût de jujube. Toujours est-il qu’un membre du groupe a choisi de s’expliquer via le forum de son étiquette de disque, se défendant bien d’aider la cause de Zellers, soutenant plutôt qu’il n’encourage personne à écouter la télévision ou à magasiner dans ces magasins. Parlez moi de ça, un rocker qui s’assume ! On peut porter bien des jugements sur la publicité, mais qu’on aime ou pas, un fait demeure, ça ne sert qu’à inciter à acheter un produit dans un magasin particulier. C’est tout. C’est légal. Chacun se prète à l’exercice comme il veut et au prix qu’il veut… T’es libre man ! Mais c’est juste ça, une pub… Venez acheter ici. Vouloir affirmer le contraire, c’est faire preuve d’une inquiétante naïveté. Inquiétante, parce que c’est l’image des courants alternatifs offerte au grand public qui est ici en jeu. N’en déplaise aux colons occupés à fonder le New Seattle, l’art alternatif ce n’est pas une manière de porter un chapeau les soirs de gala. Qu’il soit artistique, social, environnemental ou autre, un parcours alternatifs se fonde sur le souci de faire autrement afin de contourner les vices et les limites des parcours traditionnels. Bref, un parcours alternatif c’est passer par d’autres chemins que Jerry Zucker, et non pas lui paver la voie… Car quand une démarche alternative se confond à une sensation à la mode, ça devient une décoration qu’on peut accrocher à n’importe quel sapin avant de vous le rentrer dans le derrière. del.icio.usdigg
2 commentaires
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11 septembre 2006
J’aimerais voir UNE seule occurence où Malajube s’est réclamé des courants alternatifs ou a affirmé être socialement engagé.
27 septembre 2006
Salut Dave !
Ce à quoi les gars de Malajube rêvent la nuit, je dois bien l’avouer, je n’en sais rien à rien. De fait, ma réflexion ici n’a rien de “personnel”.
Mais tout de même…
Malajube, comme tu le sais sans doute, vient d’être décoré “artiste de l’année” lors du “Gala de l’Alternative Musicale Indépendante du Québec”.
Réclamer un tel prix, c’est certainement se réclamer des courants alternatifs.
Dans un autre ordre d’idée, la réponse de Malajube sur le forum de Dare To Care vaut le détour :
“Je suis conscient que d’autres se vantent de ne pas louer leurs chansons pour des pubs.
mais ces mêmes gens sont bien plus hypocrites car ils font leur musique en fonction des standards de la radio et ils sont comandités de la tête aux pieds ou pire ils se servent de la pauvreté , de la misère , de la nostalgie d’une époque qu’ils n’ont pas connu, de leurs seins,pour réussir à vendre 200 000 disques et s’acheter une maison en banlieue ou un condos à montréal. (…)
Robin Desbois Mino
Malajube ”
Si je comprends bien, dans l’esprit de ce “Robin des Bois”, il y aurait deux catégories d’artistes, les hypocrites des standards radio, et les autres, plus purs sans doute, dont il ferait partie… Eh bien! Ces autres, qui défient les standards, qui remettent ici en question l’intégrité des ondes radio commerciales, n’est-ce pas des “alternatifs” (alter=autre) ?
Il s’agit sans doute encore ici d’un problème de vocabulaire. Mais je persiste à penser que “l’alternatif”, c’est n’est pas qu’une affaire de son, mais aussi un choix social et économique.