CHRONIQUES
L'abominable homme des cons
Simon Jodoin
Pierre Falardeau n’est pas un raciste
Le petit tavernier
Sunny Duval
À L’Astral 2000
Semi-automatique
André Péloquin
Villes explosives
Un pied dans bouche
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C’est novembre, suicide-toi quoi!
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Dominic Tardif
Goodbye Thibaut
Base art visuel
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Ode au changement
Je zappe et je matte
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La télé vidéo, en stéréo?
Ste-Barbe
Mike Bergeron
La galerie du pont
Jet Set de Ruelle
Hugo Mudie
Hugo Mudie, Animateur GAMIQ 2009
L'abominable homme des cons
3 octobre 2008
Simon Jodoin

Politics is the entertainment branch of industry- Frank Zappa

Alors… Ça va de votre côté de l’Atlantique? Les élections, je veux dire… Vous n’êtes pas en train de devenir fou, hein? Je ressens un certain plaisir coupable à vivre cette campagne électorale en touriste, en me baladant dans les bois du Lot-et-Garonne à la recherche de champignons… Mais je ne vous oublie pas, chers lecteurs amateurs de culture en tout genre. Et pour une fois que, justement, la culture fait la manchette au sein d’une campagne électorale, j’ai du mal à décrocher des médias, blogues et forums québécois que je lis quotidiennement.

Les coupes en culture donc…

Qu’on vienne me dire que, économiquement parlant, il faut collectivement se serrer la ceinture, qu’il faut revoir notre manière de dépenser, ce n’est a priori pas un problème. C’est un peu comme au sein d’une grosse famille… «Hey les enfants, on manque d’argent, alors si on veut conserver la maison et continuer de manger trois repas par jour, il va falloir acheter moins de disques ou louer moins de DVD».

Je dis a priori il n’y a pas de problème, dans la mesure où papa et maman sortent le budget et peuvent démontrer qu’effectivement, s’ils ne coupent pas quelque part, on se dirige droit vers la banqueroute. Or, dans le cas qui nous occupe ici, cette démonstration n’a pas été faite… Qu’on nous explique que la situation est à ce point précaire, que le bon peuple crèvera bientôt de faim et de froid si on ne cesse de subventionner la culture, on comprendra sans doute. Malheureusement, se retrouver dans le bouillon économique qu’on nous brasse au visage lors des élections n’est pas une mince affaire. Pire encore… Papa Harper semble au contraire se vanter du fait que depuis qu’il tient les cordons de la bourse, tout va pour le mieux… On ne manque tellement pas d’argent qu’on peut même se permettre de bons gros cadeaux fiscaux aux compagnies pétrolières, alors hein, allez comprendre…!

Certes, on nous dit que les programmes qui sont passés au rouleau compresseur n’étaient pas «rentables», affirmation qu’il faut croire sur parole sans que personne ne prenne la peine de nous expliquer le comment du pourquoi. Si c’est si simple à comprendre, une simple explication devrait suffire. Mais en lieu et place de cette éventuelle explication, on nous sert plutôt des phrases à l’emporte-pièce comme celle de Myriam Taschereau, candidate conservatrice qui propose simplement que les artistes sont «gâtés»…

Alors, si c’est ça l’explication – «les enfants, on va s’acheter moins de DVD parce que vous êtes trop gâtés» –, eh bien, laissez-moi vous dire que c’est sans doute le meilleur moyen de les inviter à vous piquer de l’argent dans votre sacoche pendant que vous dormez.

Stephen Harper, de son côté, en très mauvais pédagogue, est à même d’affirmer, même pas gêné, que la cause des artistes ne rejoint pas «les citoyens ordinaires»… Selon lui, le fait qu’il faille couper dans la culture, «les Québécois ordinaires, comme les Canadiens ordinaires, le comprennent»…

Pas mal, non? On ne leur a rien expliqué mais ils comprennent…(!) Cette phrase toute conne illustre bien ce qu’on nous propose en campagne électorale: «ne demandez pas d’explications, comprenez». Et si les gens «ordinaires» comprennent, eh bien c’est parfait, tout va pour le mieux…

…Est-ce que quelqu’un, quelque part, peut m’expliquer ce qu’est un «Québécois ordinaire»? À qui pense ce pauvre bougre? J’aimerais savoir…

Mais ce n’est pas le pire… Les coupes, je veux dire, les compressions budgétaires, le tango des programmes de subventions… Ce n’est pas le cœur du problème et selon mon humble et ordinaire avis, ce n’est pas l’aspect économique de ces décisions qui est à la source de l’indignation des travailleurs culturels (qui sont loin, soit dit en passant, d’être tous des «artistes»).

Ce qui choque le plus et qui devrait alarmer le citoyen «ordinaire» qui sommeille en vous, c’est le fait qu’on nous dise que pour recevoir leur part de subventions, les artistes et producteurs devront se conformer à ce qui est conforme à «l’ordre public» et jouer fièrement le rôle de représentant de l’État canadien à l’étranger.

Une telle proposition est à la connerie ce que l’Everest est à la topographie. C’est l’essence même de la création qui est ici en jeu, et pas simplement celle des «artistes», mais bien celle qui permet à tout individu de remettre en question l’ordre des choses, de critiquer l’ordre établi, de refuser ce qu’on nous impose pour proposer des alternatives, de nouvelles manières de faire, d’imaginer un monde autrement. Il est là le foutu sapin qu’on veut vous envoyer dans le troufion: «Nous couperons les vivres à ceux qui ne pensent pas comme nous».

Que vous en ayez marre de voir des faux riches jouer aux vedettes les soirs de gala aux frais des contribuables, je veux bien et je vous invite à le crier sur tous les toits… Mais s’il s’agit pour vous d’une raison pour voter Conservateur, sachez que bientôt, vous aurez intérêt à ne pas crier trop fort, on vous coupera peut-être le BS…

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Un commentaire
  1. Phil dit :

    j’avais pas lu, Simon, beau texte. Merci pour l’explication topographique de la connerie !

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