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Reportages et entrevues
17 juillet 2008
Stéfane Campbell

Produit d’un parcours déconstruit, King Khan – formerly known as Blacksnake – est connu à la fois comme le shaman hindou du garage soul que le mythique trouble-fête de l’époque des défunts mais non moins mythiques The Spaceshits. Artiste culte pour ce qui est de son Montréal natal, l’homme connaît malgré tout un succès plus qu’enviable dans l’Allemagne qui lui a ouvert ses bras – et conquis le cœur – il y a de cela un peu moins d’une décennie. Fort de trois albums encensés par les plus fins connaisseurs du genre ainsi que de quelques 7” (dont un split avec The Dirtbombs) et doublant la mise d’un projet parallèle – The King Khan & BBQ Show, aux côtés de l’ex-Sexareenos Mark Sultan –, l’homme quittera pourtant Berlin une fois de plus cet été pour revenir déverser son fiel sur le continent qui l’a vu naître et peut-être y déployer ses obsessives tendances à profaner le vaudou. Entretien prémonitoire avec l’ex-lonesome guitar passé maître de cérémonie.

«Je ne pense pas que King Khan aurait pu voir le jour si j’étais resté à Montréal et ce, bien que j’adore la ville et qu’elle me manque souvent. Encore aujourd’hui, je crois qu’il y a une telle concentration de bonne musique qui sort de Montréal, il était grand temps que le reste du monde en prenne conscience. Dans notre cas, tout était très embryonnaire à l’époque en ce qui a trait au rayonnement de la scène, nous ne recevions que très peu de support des médias… et tout a décollé lorsque j’ai quitté Montréal.» Voilà donc pour qui aurait cru possible un retour éventuel au bercail. Khan, en plus d’être tombé sous le charme d’une Berlinoise (et d’y avoir enfanté une progéniture aujourd’hui âgée de six ans) dit retrouver tout ce qu’il aimait de Montréal… en Allemagne. «Berlin me rappelle très souvent Montréal – il aura peut-être fallu quitter le nid familial pour prendre conscience de sa beauté.» Reste tout de même quelques incontournables: «Je m’ennuie de l’été montréalais, des bagels… et des Demon’s Claws!»

La ruée vers l’or
D’autant plus que le musicien en quête y a trouvé son compte en recrutant pas moins de neuf musiciens de quasi autant de nationalités (allemande, française, américaine, brésilienne) afin d’arriver à l’ultime expérience soul garage des Shrines. «Quand je suis arrivé, je ne voulais pas “adopter” un groupe existant déjà mais bien former un groupe avec des gens d’horizons le plus varié possible pour arriver avec un son complètement nouveau. J’ai recruté la majorité d’entre eux en les voyant jouer live dans les bars que je fréquente ici. Je voulais des monstres, des bêtes qui, rassemblés, formeraient l’ultime groupe rock’n’roll. Pour l’honneur et le plaisir de la musique.»

Nouvellement recruté par Vice Records pour la suite des choses, Khan rigole: «Je travaillais pour Vice à l’époque où j’habitais Montréal. J’écrivais des trucs sur la musique, je me souviens avoir rencontré Napalm Death!». Se retrouvant donc à l’autre extrémité de l’écurie, la tournée qui fera halte chez nous s’annonce fidèle à la réputation du groupe. «J’aime réfléchir à la scène en termes de destruction positive – quelque chose qui touche au rituel. Le fait de rassembler tous ces gens hyper énergisés à un même endroit et dans un but commun où ils lâcheront momentanément prise. Je le vois comme un rituel près de l’alchimie. To turn shit into gold. Comme Indiana Jones!»

Larmes de feu
Sur scène comme à la ville, Khan honore depuis toujours ses racines indiennes desquelles il affirme d’ailleurs tenir sa fascination pour le vaudou de sa mère et de sa grand-mère qui pratiquaient plusieurs rituels s’y rattachant. Le musicien y fait plus souvent qu’autrement référence tant pour présenter son personnage («Je l’utilise avant tout pour satisfaire mon insatiable soif sexuelle») que pour sa musique. Ainsi, le maharaja de la soul music fera bifurquer le propos en concluant par une légende qu’il affectionne particulièrement et renforcit au passage le rapport encore aujourd’hui singulier qu’il entretient avec Montréal. «St-Laurent était un saint chrétien [Laurits, de la religion estonienne et mépris pour un dieu: le Dieu du Feu] qui fut brûlé vif lors de l’Inquisition. On se souvient de lui pour avoir proclamé alors qu’il était dans les flammes “Je suis encrypté au côté du Roi” sous le regard ébahi des citoyens. Certaines personnes réfèrent d’ailleurs encore aujourd’hui aux pluies de météorites par the “firery tears of Saint-Laurent”, ce que je trouve particulièrement évocateur.» Quand rétro rime avec transcendance. (Stéfane Campbell)

The Supreme Genius of King Khan and the Shrines disponible depuis le 17 juin

www.myspace.com/kingkhantheshrines

25 juillet – Sala Rossa (Montréal)
26 juillet – Zaphod Beeblebrox (Ottawa)

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