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6 novembre 2008
BangBang

Il a commencé par me dire «Bang bang té mort est un titre intéressant». De toute évidence, il avait consulté le site Web.

Il y a deux façons de présenter Jacques Godbout. D’abord, par une œuvre littéraire et cinématographique importante et primée à plusieurs reprises. Quelques titres: IXE-13, Salut Galarneau!, récemment La concierge du Panthéon. Ensuite, par sa présence et son engagement social et politique. Il a entre autres participé à la fondation de la revue Liberté et à celle du Mouvement Souveraineté-Association, précurseur du Parti québécois.

Je l’ai rencontré pour parler de son dernier-né Autos biographie, un livre illustré par Rémy Simard et présenté en quatrième de couverture comme un «divertissement littéraire». Il y raconte les gens qu’il a connus, rencontrés, les événements vécus, en utilisant les différentes voitures qui ont jalonné sa vie comme prétexte à la parole.

Quelle était la nécessité de dire derrière ce projet?
Il n’y avait pas de nécessité. Je n’aurais pas publié ce livre que le monde aurait continué de tourner. C’est évident. Mais j’ai un gendre et ami, Rémy Simard, qui me parlait sans cesse de raconter ce que nous avions connu, ne serait-ce que parce que je racontais ça à mes petits-fils, sous une autre forme.
Ce n’est pas un livre sur les automobiles, c’est un livre où elles m’ont servi d’éveil à la mémoire. Je cherchais un fil conducteur parce que je n’avais pas d’événements tragiques dans ma vie où j’aurais pu dire: «La fois où je me suis fait couper les jambes, ç’a tout changé, ç’a tout bouleversé. Avec mes béquilles, j’ai traversé le monde.»

Il faut donc avoir un destin tragique pour parler de soi?
C’est une façon de me moquer aussi de ceux qui font de l’autofiction. Je ne peux pas croire que quelqu’un prenne la peine de nous raconter sa vie, qu’elle soit sexuelle, monétaire ou émotive, et croire que tout ça puisse intéresser. Il me semble qu’un auteur de roman devrait prendre la peine d’écrire de vrais romans avec un point de vue, des personnages, avec autre chose que soi-même.

Vous nous présentez une écriture de soi dans votre livre, mais une écriture de soi dans la société, dans une génération…
On n’a pas le choix. On appartient à une génération qu’on le veuille ou pas. J’ai toujours été un animal social. Je ne me vois pas au centre du monde. Une image qui me vient le plus souvent quand je pense à ça, et j’y pense de temps à autre, est celle des caribous. Ce que je trouve intéressant, c’est qu’il y en a toujours quelques-uns autour de la horde qui sont là pour prévenir les autres que les loups ou les chasseurs s’amènent, parfois même pour se sacrifier. J’aime beaucoup l’idée que, dans un groupe, celui qui est à la marge nous fait dire: « tiens, ce n’est qu’un marginal!» Mais il est là pour une raison…

///

Sur sa longévité dans le milieu, il dira:
«Je suis très heureux d’avoir encore des lecteurs et des lectrices et qu’à peu près tous mes livres et mes films soient encore disponibles, ce qui est quand même étonnant! Ça fait 50 ans que je fais ça, c’est beaucoup d’années. Et je sais qu’il y a beaucoup de jeunes qui aimeraient que je débarrasse la place parce que j’en occupe une qu’il voudrait avoir… mais c’est leur problème, ce n’est pas le mien.»

Sur sa relation avec les jeunes et son pessimisme quant à l’avenir (voir l’entrevue 2076: la fin du Québec qu’il avait fait pour L’Actualité en 2006), il nuance maintenant sa position:
«La technologie va permettre une liberté qui a disparu entre 1970 et 2000, à peu près. Pendant 30 ans, ce ne sont pas seulement les professionnels, mais aussi les structures d’argent qui ont tout contrôlé. La fin du contrôle sur la musique, du contrôle sur l’image, l’apparition d’Internet, les multiples sites, la fragmentation que tout le monde dénonce parce que Dieu le Père n’est plus là… mais cette fragmentation permet beaucoup plus de liberté qu’il n’y en avait. Je pense que vous arrivez au bon moment. Je pense que je suis né au bon moment aussi…»

C’est une époque, une mentalité, une façon révolutionnaire tranquille de voir les choses que l’on trouvera dans l’ouvrage Autos biographie et c’est une manière de dialogue pour ceux qui ne pensent pas qu’il faille tasser tous les mononcs. (Kathleen Gurrie)

Autos biographie disponible depuis le 7 octobre

Un commentaire
  1. Monsieur Pogo dit :

    Parmi les trois ou quatre livres en langue française –dont un sur les V-2 allemands…- que possédait en 1974 la bibliothèque publique de Campbell-River (BC), il y avait ce roman de Jacques Godbout.

    Sur l’île Cortes, où quelques rescapés du Jazz Libre du Québec s’étaient réfugiés après que des flics indélicats aient mis le feu au café l’Amorce (voir commission Keable), j’ai lu D’Amour PQ, un ouvrage qui a marqué mes dix-sept ans parce que Godbout avait mis en scène un personnage –une jeune femme, secrétaire de son état- qui, pour se détendre aux termes de sa journée de travail, raffolait sucer son ami de cœur ; je me souviens de mon émoi, moi qui alors dégoulinais d’un sperme teinté de romantisme.

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