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Ivy, en père consciencieux du slam québécois, ne pouvait se contenter de voir la ligue qu’il a fondé évoluer. Le voici qui s’amène avec un album solo, Slamérica, premier album dérivé du slam émanant de la Belle Province. Échange autour d’un phénomène qui ressemble de moins à moins à quelque chose d’éphémère. Il s’agit d’un retour sur disque pour Ivy qu’on avait pu entendre entre autres au sein du duo Ivy et Reggie. Différence cette fois-ci, Ivy s’en est remis à son collaborateur Philippe Brault (Pierre Lapointe, Tomàs Jensen) pour la composition d’une partie des musiques et surtout pour la réalisation. «On a essayé de trouver une manière pour que tu puisses muter la voix et que ça s’autosuffise et que tu puisses muter la musique et que ça s’autosuffise.» Exercice périlleux en effet que la création d’un album de slam, d’autant plus que le genre n’est pas exactement défini. «Chaque slammeur développe son propre style», affirme Ivy avant de convenir que le trait commun à chaque slammeur est le travail sur la sonorité de la langue. Si Slamérica baigne dans l’urbanité, c’est que le poète aime à nommer les lieux; il décrit le métropole en détails sur la pièce Montréal. Bien que répondant à ses propres goûts, l’importance de la ville dans les textes d’Ivy tient également à ce que le slam est pour lui à une démarche d’échange avec le public. «La plupart des gens aujourd’hui vivent dans les villes, c’est un lieu où tu peux venir de n’importe où et être quand même chez toi», dit-il avant d’ajouter que «la campagne a une forte influence au Québec». Concluons que le troubadour ne sera pas candidat pour l’ADQ aux prochaines élections… Preuve que le slam est un genre poreux, Slamérica comprend plusieurs sortes de textes, certains donnant dans l’imprécation, d’autres dans l’ode, quand ce n’est pas dans une forme s’apparentant à la nouvelle. C’est le cas de Volant voyant, un des rares textes écrits spécialement afin d’être posé sur une musique de Philippe Brault. Les textes des autres pièces ont d’abord été créés à l’occasion de soirées de slam auxquelles participe encore régulièrement Ivy. On retrouvera le slammeur en commentateur de l’actualité sur Tireur d’élite, inspiré des tueries perpétrées dans les écoles, comme quoi l’Amérique qu’il décrit n’est pas qu’une terre de rêves. À d’autres moments, Ivy aura été au-devant de l’actualité. Sur Immi_Grand_Slam par exemple, il ouvre grand les bras à l’apport des autres cultures au tissu social québécois, un texte pré-commission Bouchard-Taylor semble-t-il. «Le truc sur les immigrants, c’est un heureux hasard. J’avais développé sur ses thématiques-là dans des ateliers que je donne dans des écoles secondaires, sur qu’est-ce que c’est être Québécois.» Ivy fournit donc au Québec son premier «produit dérivé du slam» (c’est ainsi qu’Ivy nomme tout ce qui ressort du slam, sans qu’il s’agisse de la compétition opposant différents slammeurs jugés par des membres du public à proprement parler). Quant à savoir si certains de ses comparses suivront ses traces et produiront eux aussi leur album, Ivy prévoit ceci: «tôt ou tard il va y en avoir, je suis content d’être le premier parce que mon album ratisse large, c’est une manière d’ouvrir à plein de genres». En attendant la déferlante prévue, on peut attraper Slamérica sur scène. Ivy y sera accompagné de Liu-Kong Ha, Vincent Legault, Sylvain Carroll et Chloé Dominguez. (Dominic Tardif)
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