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Reportages et entrevues
9 mai 2008
Stéfane Campbell

Il aura fallu deux années bien sonnées pour goûter la suite du très acclamé – et pour cause – Return To The Sea qui nous avait introduit les Montréalais de Islands. Court laps de temps somme toute mais à l’intérieur duquel la formation a été néanmoins en perpétuel mouvement. C’est donc entre quelques tournées de par le globe et à la suite d’un remaniement de personnel à l’interne qu’a été concocté l’attendu Arm’s Way pour le compte de la très coté Anti- (Tom Waits, Nick Cave). Un opus plus concis sur le fond au dire de son principal créateur Nick Thornburn et surtout sur lequel le groupe se présente pour la première fois comme une entité à part entière.

«C’est un album beaucoup plus concentré. Sur le premier, nous étions tous dans un état d’esprit exploratoire, tout allait un peu dans tous les sens. Nous touchions à plusieurs styles, plusieurs genres. Alors que pour ce coup-ci, nous étions beaucoup plus confiants et solides à jouer ensemble et nous avions un objectif plus clair. L’expérience a été plus concrète, plus direct, d’où peut-être cette impression d’expéditive, mais je crois surtout que c’est un album plus consistant, plus ramassé. Et qui s’écoute de façon beaucoup plus franche», nous en dit-il, à la fois fier et fébrile face à ce qui reste à venir.

Nous avons affaire à un Thornburn qui ne semble plus toucher terre lorsqu’il aborde le processus qui l’a porté tout au long de la création de ce deuxième album. Un parcours autrement plus imposant que ce à quoi le musicien était habitué, considérant que le premier opus avait été enregistré en partie dans la chambre de Jamie Thompson qui, au demeurant, a depuis quitté le groupe. Disons que le groupe avait dans le cas présent les moyens de ses ambitions, au clair tout comme au figuré. «La formation est très solide et je crois que ça s’entend au niveau du son. Lors des enregistrements, il y avait une différence majeure, nous avons beaucoup plus travaillé les arrangements, des heures durant… Et nous savions aussi beaucoup mieux comment interagir. Rien de ce qui se retrouve sur le disque n’a pas été réfléchi et retourné de tous les côtés, parfois même de façon obsessive. Alors que sur l’album précédent, on y entend beaucoup le résultat d’improvisations auxquelles souvent des amis se joignaient au groupe, il était question ici de focaliser sur les détails les plus pointus. Une opposition totale sur le plan de la construction: un processus obsessif-compulsif, le P.O.C.!»

Une obsession qui pourrait être due aux pressions à vouloir livrer face aux attentes? «Tu sais, je suis de nature assez névrosée et je fais énormément d’anxiété au sujet de plusieurs choses en général. Toutefois, lorsque j’en viens à la musique, c’est probablement l’un des seuls endroits où je n’éprouve pas de tels sentiments. Je le fais, c’est tout, c’est quelque chose de très naturel chez moi et avec quoi j’ai un rapport très particulier», esquisse-t-il sur un ton fragile. Puis de conclure: «je ne voudrais surtout pas commencer à surévaluer la situation: à un certain point, il faut tout simplement le faire. Je le vois un peu comme notre nouveau premier album. Nous venons de loin et sommes tous très confiants.»

De ce fait, les six musiciens, assistés de Ryan Hadlock (Blonde Redhead, The Gossip) à la console, ont su solidifier leur proposition qui a toutefois rebondi sur la toile un mois précédant sa sortie officielle. Revirement qui impose une réflexion chez le créateur. «C’est malheureux de réaliser que l’industrie ne peut rencontrer la demande mais c’est confortant de constater que les gens veulent entendre ce que l’on fait. Ça pourrait toujours être pire. Il faut absolument redéfinir notre rapport à la musique, ce qui est loin d’être une mauvaise chose. Cela dit, c’est un album qui, nous l’espérons, rejoindra le plus de gens possible donc, dans ce sens, nous pouvons espérer en tirer quelque chose de positif», conclut avec philosophie Thornburn… ou the artist formerly known as Nick Diamonds. «C’était un moment d’emportement théâtral très adolescent. J’essayais d’être comique en me distançant de ma propre personne. Mais je n’ai définitivement plus ce besoin… Il est mort dans les flammes d’une tragédie aérienne et j’ai agrafé son visage sur le mien!» Voilà qui nous rassure. (Stéfane Campbell)

Arm’s Way en magasin dès le 20 mai

www.islandsareforever.com

28 mai – National (Montréal)

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