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Semi-automatique
Lors du numéro de janvier, ma chronique portait sur la grue blanche. Un magnifique oiseau, certes, mais surtout une bête conne comme un balai qui est en voie de disparition (rassurez-vous, ce n’est pas un article sur le darwinisme). Le 19 avril dernier, une panoplie de disquaires participait au Record Store Day, une journée soulignant l’impact sur nos vies qu’ont ces sympathiques airs de bœuf qui jugent nos achats («non, non, cet exemplaire de Bleed American est… euh… pour mon coloc…, il s’appelle Steve… promis, m’sieur!) alors que les ventes de disques continuent de dégringoler et que le gros méchant Internet fait pleurer Wilfred, Boucher et compagnie. Journée de sensibilisation initiée par un collectif de propriétaires de boutiques du genre aux États-Unis, la question demeure: alors que les Anges Vagabonds sont morts et enterrés, est-ce que les magasins de disques pourraient vraiment rejoindre la grus Americana sur la liste des espèces menacées? Est-ce qu’à la place de la boutique Soundcentral par exemple, on pourrait vraiment retrouver des condos si gris, mais ô combien modernes un beau matin? Probablement, mais il faudra tout d’abord passer sur le corps du propriétaire Shawn Central. «C’est une longue histoire, mais je vais essayer de faire ça vite, vite, vite, s’exclame le volubile personnage lorsqu’on lui demande la petite histoire de son commerce. J’adore la musique depuis que je suis jeune, alors j’essayais tout le temps de trouver des jobs en rapport à ça comme travailler dans les bars, être DJ, travailler dans une compagnie de distribution, etc.» Titillé par l’idée d’un client désirant démarrer un magasin de disques, Shawn rebiffe tout d’abord l’idée puis revient à la charge. «Six mois après, ça ne lui tentait plus de poursuivre ça alors je lui dis que ça me tentait de continuer la bataille, poursuit-il. J’ai acheté l’inventaire pis j’ai continué. Anyways, j’adorais la musique pis c’est pas mal la seule chose que je savais faire!» Bonhomme d’affaires ès chercheur de trouble, Shawn et son Soundcentral résistent encore et toujours à l’envie de s’affilier aux grosses chaînes en plus de se spécialiser dans la musique punk et métal. «Tsé, moi j’ai grandi comme un “punk rockeux”, tsé, “l’individu” pis tout ça. Je ne peux pas me conformer. C’est pourquoi j’ai quitté les bars pis la distribution parce que j’avais toujours un patron. Pis je me disais que je pouvais travailler encore plus fort pis stresser encore plus, mais au moins ça serait pour moi, je vais voir le résultat, je serai en contrôle de mes affaires, de ma vie.» C’est bien beau ça, j’ai déjà lu ça sur le t-shirt d’ailleurs, mais l’argent là-dedans, Shawn? «J’veux pas faire de compromis pour une corporation parce que le bottom line, c’est l’argent. Oui, j’ai besoin d’argent pour survivre comme tout le monde, mais l’important ce n’est pas le montant, mais ce que tu fais avec. Ici, c’est toujours réinvesti dans la scène parce c’est ça mes racines, c’est de là que je viens.» Malgré les statistiques, les articles, les fichiers Excel et les présentations Powerpoint, Shawn demeure surtout persuadé que les disquaires continueront longtemps de rouler des yeux en soupirant “how original” lorsqu’on achètera le disque de Vampire Weekend. «Y’avait un temps que j’étais inquiet, mais maintenant non. Comme n’importe laquelle novelty, y’a un effet de trend, mais après un moment tu remarques que le monde s’ennuie quand même du disque, de l’objet. Pour le futur des magasins indépendants, il faut juste suivre les temps. C’est pourquoi on a un site web vraiment optimisé. En même temps, on essaie d’encourager les gens à venir quand même au magasin, pour sentir le feeling.» Hey Shawn, combien t’achèterais ça un exemplaire de Bleed American? www.bangbangblog.com/podmodernisme Soundcentral
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