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Reportages et entrevues
15 mai 2008
Stéfane Campbell

À cheval entre une alliance claire au mouvement psychobilly et un ferme désir à vouloir se démarquer d’un genre trop formulé ou sériel, Gutter Demons surfe sur l’ambiguïté avec un contagieux plaisir. En six années, trois albums (en plus d’un EP) et quelques ambitieuses tournées (il revient d’ailleurs tout juste de Tampere en Finlande après avoir été invité à participer au réputé Club Sin), le trio montréalais, né des cendres de Rosekill, a su se bâtir une réputation plus qu’enviable auprès des amateurs de bass slap et d’esthétique guimauve repiquée dans les b movies des années 50 et 60. Du coup, c’est dans un désir toujours grandissant à émanciper sa conquête qu’il nous présente le tout fumant Misery, Madness & Murder Lullabies, en magasin le 13 mai prochain. Flipper et Johnny Toxik, respectivement contrebassiste et chanteur-guitariste de la formation, nous parlent de la nouvelle galette.

Sortir de ses gonds
La rencontre entre le western spaghetti et le congrès des living freaks, voilà comment Flipper présente ce troisième tour de piste. «C’est définitivement ce qu’on a fait de mieux à ce jour. L’album le plus complet, tant musicalement qu’au niveau des textes. Il y a eu un travail et une recherche à ces niveaux-là que nous n’avions jamais autant poussé auparavant. Il y a aussi le fait que tout en restant nous-mêmes, nous avons vraiment voulu amener notre musique ailleurs, un son qui déborde du clan strictement psychobilly. Il peut y avoir un attrait pour un public plus large… sans qu’on ait pour autant compromis quoi que ce soit.» Voilà qui donnera le ton à l’entretien, au demeurant fort sympathique, au cours duquel les deux jeunes hommes, visiblement fébriles à la veille du lancement, se relanceront la balle à exprimer leur désir de ne pas trop se targuer d’étiquettes généralistes. En fait, ils ont cherché sur ce nouvel opus à se distancier quelque peu des zombies (sans toutefois s’en dissocier complètement) pour explorer, voire honorer, avec plus d’envergure les racines americana et country desquelles s’inspire également leur musique.

À cet effet, et sachant que le groupe est reconnu pour élaborer des trames narratives qui supportent chacun de ses albums, Johnny nous situe: «alors que sur le deuxième album il y avait toute l’idée du serial killer qui y était sous-jacente, chacune des pièces sur le troisième devient le chapitre d’une histoire menée par un personnage qui traverse différentes aventures. C’est très inspiré des thèmes du western spaghetti que j’ai utilisés pour les plonger dans un décor toutefois un peu plus urbain. Et sans nécessairement identifier l’époque où tout se déroule. Je voulais quelque chose de plus intemporel, de pas trop figé dans le temps.»

À la vie, à la mort
Questionnons donc le rapport qu’entretiennent aujourd’hui les deux hommes, vu par plusieurs comme faisant partie des chefs de file de la branche québécoise du psychobilly, avec ledit genre? «C’est certainement notre carte visite, ce par quoi nous sommes finalement pris au sérieux. Du coup, nous voulions surtout démontrer qu’il y avait encore de l’originalité et une fraîcheur malgré le fait que ce soit très typé comme genre», nous dira le chanteur. Ce à quoi Flipper renchérit: «en même temps, et bien qu’il serait probablement très facile de faire du psychobilly 101 en calquant une formule, c’est aussi l’un des genres qui puisent le plus dans toutes les autres sous-cultures qu’il y a: country, rockabilly, punk, hardcore, garage, métal, etc. Il y a forcément moyen d’en faire sans tous sonner pareil. Donc, sans renier quoi ou qui que ce soit, on a tout de même voulu sortir du carcan. [Nous ne pouvons que sourire en se souvenant que l’entrevue a été réalisée au très rockabilly friendly Roller Derby de Montréal.] Quand on a commencé, il n’y avait pas vraiment de groupes du genre à Montréal alors c’est le fun de constater l’engouement suscité avec les années, de voir que quelques groupes s’en sont inspirés mais il faut faire attention de ne pas tous faire la même chose. C’est certain que le psychobilly restera toujours mon truc et j’en serai toujours fier mais, en tant que musicien, il faut savoir se renouveler, sortir des sentiers battus.» Un équilibre somme toute pas si facile à atteindre pour qui ne veut pas sombrer dans la redite «et ne pas répéter notre propre moule à nous!», conclut Johnny.

Ainsi, après avoir joué à travers l’Europe et dans la plupart des points chauds de ce côté-ci de l’océan, la réflexion est devenue non seulement pertinente pour le groupe mais essentielle. «On voulait arriver avec quelque chose de solide. C’est un peu comme si les deux premiers albums avaient préparé le terrain pour le troisième. De se rendre là, c’est déjà bien mais on veut justifier du mieux qu’on peut le fait qu’on y soit arrivé», nous explique Flipper.

Sur le processus de création pour y arriver, Johnny précise: «on a pris un break quelques mois, des trucs à régler à l’interne. De toute façon, je ne peux pas écrire sur la route. Il fallait prendre une pause, se remettre sur le mode créatif, prendre le temps… J’ai toujours écrit mes textes comme si c’était le dernier. Quand je fais de la musique, chaque pièce doit me procurer ce sentiment d’avoir été au bout de ce que je pouvais accomplir. Ce qui aide à faire tomber les pressions quant au énième album. Et j’aime penser que chaque album représente une période donnée dans l’évolution du groupe. Ils sont un point dans le temps.» Repères temporels qui ne sont toutefois jamais immuables. «D’habitude, une chanson commence par être correcte et devient vraiment bonne au fil des réécritures. Au même titre, les pièces qu’on trimballe depuis nos débuts n’arrêtent jamais de se transformer avec le temps. Ce sont de petites bêtes qui évoluent suivant le groupe…» (Stéfane Campbell)

Misery, Madness & Murder Lullabies en magasin dès le 13 mai.

www.myspace.com/gutterdemons

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