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Reportages et entrevues
11 avril 2008
Alexis Charlebois-Laurin

«Tu sais, finalement on se fout pas mal du punk. On ne cherche pas à conceptualiser ou intellectualiser notre démarche. On fait ça sérieusement, oui, mais sans trop se prendre au sérieux. Tout est naturel», explique Till, guitariste-chanteur de la formation punk rock parisienne Guérilla Poubelle qui viendra nous rendre visite au cours des mois d’avril et de mai, le tout dans le but de faire la promotion de son album Punk = Existentialisme qui est ressorti par Slam Disques sur notre continent. Est-ce que l’engouement que le groupe a créé en France depuis quelques années sera aussi grand chez nous? À vrai dire, il n’y a pas de raison pour que ce ne soit pas le cas.

Né en 2003 de la séparation du groupe Les Betteraves, le quatuor qu’est Guérilla Poubelle a fait paraître son premier album Il faut repeindre le monde en juin 2005. L’album distribué de façon indépendante aurait vendu pas moins de 15 000 copies. Ce n’est donc pas très étonnant qu’un label québécois ait manifesté son intérêt pour promouvoir son nouvel opus chez nous. «On a sorti l’album d’Éric Panic en France en 2006 et ils sont venus tourner avec nous. Pierre-Luc de Slam Disques s’est arrangé pour qu’en retour son label s’occupe de notre disque pour le Canada. C’est un label indépendant et sûrement plus DIY qu’il ne le laisse paraître», affirme Till qui s’occupe aussi de la maison de distribution Guérilla Asso.

Le titre de ce nouvel opus laisse place à beaucoup d’interprétation et de questionnement. J’veux dire, Punk = Existentialisme, on m’explique s’il vous plaît? «Dans le livret du disque, on explique un peu plus en détail ce que ce titre représente pour nous. Il ne s’agit évidemment pas d’une tentative de définition du mouvement et du terme punk. Au contraire, on ne voit pas ça comme quelque chose de figé. Le punk est toujours en mouvement et chaque groupe, fanzine et même fan de punk le fait à son image…», précise Till. Bien dit. Mais maintenant, c’est quoi l’histoire avec le gros œil sur la pochette. Qui regarde qui? «Ne serait-ce pas toi qui te regarde, et qui te surveille?», commence par laisser tomber KOJ avant que Till ne tranche à nouveau: «Il y a beaucoup de références dans cette image. La plus évidente est celle du Chien Andalou, manifeste du Situationnisme, qui n’est pas à nos yeux très éloigné de l’existentialisme. Mais cet œil représente aussi la vigilance qu’on essaye d’avoir dans la vie, la responsabilité. Il ne faut pas essayer de voir ce que l’œil regarde, finalement l’objet regardé n’est pas important. C’est la démarche d’ouvrir les yeux, d’être attentif, sur soi et sur le reste qui est importante.»

C’est bien beau et intelligent tout ça mais c’est aussi très sérieux. Espérez-vous vraiment que votre musique et son contenu soit pris au sérieux par tout le monde? «Ce n’est pas à nous d’en décider. Il y quelques années, ça m’énervait de voir des kids aux concerts qui ne venaient que pour s’amuser. Mais finalement, chacun prend ce qu’il veut dans notre musique. Il y a plusieurs niveaux de lecture et c’est très bien. Mais effectivement, ça nous fait plus chaud au cœur de voir des gens s’intéresser à notre démarche et venir discuter avec nous après les concerts que de voir des mecs soûls crier “À POIL!!!” pendant le show», reconnaît Till.

Mais un groupe parisien à la pensée sociale bien aiguisée doit bien avoir quelque chose à dire à propos de son fameux super président… «Sarkozy n’est malheureusement qu’une mauvaise blague prise trop au sérieux. Il est en train de revenir sur toutes ses promesses et met ses échecs sur le dos de la “crise économique mondiale” partie de la crise des fonds américains et du dollar trop faible. Sans parler de la mascarade médiatique dans laquelle toute une partie de la population tombe. Il ment à peine aux exploités qui votent pour lui en leur disant qu’ils vont travailler plus pour être plus fatigués et n’avoir définitivement plus de temps pour penser par eux-mêmes», laisse échapper KOJ qui en avait long à dire sur le sujet.

Ça fait un bon bout de temps qu’on n’a pas vu un groupe avoir un discours aussi dérangeant débarquer au Québec. Du moins, c’est l’impression que j’ai. Reste à voir si on est prêts à les accueillir. Mais une dernière question Till: est-il vraiment si difficile de tenter de s’évader de l’ennui et des bouleaux merdiques comme tu le laisses entendre dans la pièce Tapis Roulant? «L’ennui est à mes yeux un des plus gros fléaux de notre société occidentale. Les individualités sont détruites dès l’enfance, les gens ne se sentent exister qu’en consommant comme des brutes, en s’abrutissant devant la télé ou à grand coup de bière ou en se reproduisant comme des lapins… La société est foutue et la majorité ne fait qu’accélérer le processus… J’ai peur mais j’ai hâte de voir comment ça va finir…» (Alexis Charlebois)

Punk = Existentialisme en magasin depuis le 1er avril

www.guerilla-poubelle.com

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Vous pouvez aussi aller voir l’entrevue vidéo fait avec le groupe ICI
Ou allez voir une performance du groupe au Foufoune Électriques juste ICI

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