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L'abominable homme des cons
Vous avez vu le Fric Show sur l’industrie de la musique? Moi aussi. J’ai bien aimé voir Fred Fortin, Vince Peake, Simon Trois Accords et Navet Confit se livrer à la création de la très bonne chanson intitulée 99 sous. De très bons moments. Si bons que je me suis surpris à imaginer que si on donnait un peu plus la chance aux artistes alternatifs d’occuper les heures de grande écoute dans des émissions grand public, ça ferait de la bonne télévision et ça ferait du bien à tout le monde… Comme un peu d’air frais. Cela dit, je ne veux pas péter votre balloune, mais il est assez désolant de voir qu’une émission dont l’image de marque est «de dire les vraies affaires» ait présenté un concept accrocheur au détriment de la vérité… Connaissant assez bien les habitudes de Radio-Canada en matière d’engagement d’artistes, je peux vous garantir que la création de cette chanson n’a pas coûté 99,00$ telle que mentionnée assez pompeusement… Engager quatre artistes musiciens et choristes pour une émission de télévision, ça coûte quelques milliers de dollars… Dommage qu’on n’ait pas inclus les négociations syndicales des associations d’artistes (Guilde, UDA) dans ce débat sur l’industrie de la musique… Ça aurait mis un peu de piquant… Toujours est-il que mis à part ce très stimulant moment de création en direct, l’émission en tant que telle était à l’industrie de la musique ce qu’un calendrier des Îles de la Madeleine est à la géographie… De beaux clichés qu’on peut accrocher sur un mur et qu’on jettera lorsqu’ils seront périmés, sans plus. Voulez-vous bien me dire qui a dirigé les recherchistes de l’émission vers Sébastien Fréchette, celui qui joue le rôle de Biz dans Loco Locass, pour intervenir dans le débat sur le téléchargement? À l’écouter, on avait peine à croire, malgré son joli chapeau au look presque branché, qu’il parvienne à prendre ses emails ou qu’il sache distinguer un blogue d’un forum. Ne me dites rien… Je sais… Il s’agit sans doute là encore d’une sorte de syndrome télévisuel selon lequel présenter un visage connu est plus important que de dire quelque chose d’intelligent. Mais bon. «Internet, c’est comme un dragon, disait-il, libre, ça peut détruire la planète, mais avec une selle et un bon cavalier, ça peut conquérir le monde…»… Je vous jure, ça ne s’invente pas! Quelle vibrante poésie! C’est un point de vue, me direz-vous, et vous avez raison, mais on a peine à imaginer une opinion plus déconnectée de l’actualité sur les nouvelles technologies de la communication et des thèses sociologiques, politiques et économiques qui concernent Internet. S’il y a un enjeu inhérent à la cybercivilisation, d’où émergent le peer-to-peer, les blogues et tout ce qui permet de parler désormais du web 2.0, c’est bien celui de la liberté de diffusion de contenus, du partage des fichiers sources sans contrainte aucune. Mis à part quelques vieux croûtons qui tremblent à l’idée de perdre quelques profits, ceux qui observent de près le phénomène Internet sont unanimes pour dire que le moteur de son développement, ce sont les initiatives individuelles libres et certainement pas les coups de fouet d’un éventuel cavalier apte à donner une direction précise à ce mouvement. Ce qui fait l’essence propre d’Internet, c’est justement le fait que ce n’est pas un «dragon» qu’il faudrait maîtriser dans le but d’aller quelque part. C’est tout l’inverse… La diffusion des produits et des informations n’est plus, dans ce contexte, verticale, mais bien horizontale. Il s’agit ni plus ni moins de l’aplatissement des règles hiérarchiques économiques traditionnelles. Il est là le réel débat sur les droits d’auteurs à l’heure de la cybercivilisation: comment les créateurs pourront-ils tirer profit de la diffusion de leurs produits alors que les règles économiques et sociologiques traditionnelles, essentiellement verticales, comme un cavalier sur son dragon, ne tiennent plus? Au lieu de se livrer à une creuse métaphore moyenâgeuse, ce gentleman aurait sans doute eu avantage à préciser un peu son prototype d’opinion sur Internet et nous dire qui donc devrait recevoir le noble titre de cavalier afin de diriger le monstre… Lui, avec son beau chapeau? Une grosse corporation médiatique? Une commission gouvernementale? L’Organisation des Nations Unies? Je vous parlais d’entrée de jeu du syndrome télévisuel selon lequel une tête d’affiche vaut mieux qu’une tête pensante… C’est bien vrai! Mais il en existe un autre qui me fera toujours sourire: celui des artistes pour qui la visibilité vaut plus cher que la crédibilité…
3 commentaires
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4 juillet 2007
Merci beaucoup!
27 juillet 2007
Haha! Merci de nous définir le concept de “dragon”, on en avait réellement besoin. Arrête de taper sur la bizounette, ça fait de l’ombre à ta réelle maîtrise du dossier.
31 juillet 2007
Phil a écrit : “Merci de nous définir le concept de “dragon”, on en avait réellement besoin.”
Y’a rien là cher Phil! Ça me fait toujours plaisir de prêter mes talents d’exégète quand vient le temps de vulgariser des concepts très complexes qui ne sont pas évidents pour le commun des mortels. S’il y a autre chose que tu ne comprends pas, fais le moi savoir.
Cela dit, je touve que le sobriquet de “bizounette” que tu utilises manque définitivement de classe. Je préfère m’en tenir à la notion de gentleman.
S.